Après le rationnement: Ce que deviennent les prix sur le marché

par nordsud.info
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Le ciment, l’huile de palme raffinée, le lait infantile, etc. Certains produits ont été impactés par le rationnement de l’électricité. Mais d’autres, comme la viande de bœuf, le fer, ont connu des hausses à cause de certains facteurs ‘‘extérieurs’’. Comment se comportent ces produits sur le marché, trois mois après ?  

Ce lundi 27 septembre, c’est à 3 000 FCFA que Mohamed vend le kilogramme de la viande de bœuf, «avec os», au Plateau-Dokui, Allocodrome. Idem à Abobo-Menuiserie. Près de 3 mois après l’annonce des mesures contre la flambée des prix, le coût du kilogramme de viande n’est toujours pas descendu. C’est le même constat au niveau de la tomate. Le kilo est resté à 1200 FCFA. Le prix de l’oignon sur le marché demeure également élevé: entre 500 et 650 FCFA. Toutefois, dans le secteur du vivrier, la banane, l’igname, le manioc ont connu des baisses en termes de prix. À entendre Mme Baya épouse Vanié, présidente de la Confédération nationale des acteurs du vivrier de Côte d’Ivoire, c’est une situation purement saisonnière. Chaque année, dit-elle, le vivrier vit les mêmes variations.

«Lorsque la production nationale prend un coup, les prix flambent. En ce moment, certains produits vivriers sont en abondance sur le marché. D’où la baisse des prix. C’est le cas de l’igname, du manioc, par exemple», explique-t-elle. Et si le prix de la tomate n’a pas baissé depuis, ajoute la présidente de la Confédération nationale des acteurs du vivrier de Côte d’Ivoire, c’est parce que la Côte d’Ivoire importe cette denrée du Burkina Faso.

Ciment

Dans les quincailleries, les prix des matériaux de construction n’ont pas connu de baisse. Le fer notamment. La botte de fer connaît une hausse de 4 à 5 000 FCFA, depuis plusieurs mois. Entre 63 et 66 000 FCFA. Statu quo pour le lait infantile, l’huile.

Par contre, le prix du ciment a, lui, baissé. Le ciment PJ 42, par exemple, est passé de 115 000 à 82 000 FCFA au niveau de Songon. Et de 77.000 à 110.000 FCFA, à San Pedro. Pour Philomène Tsoh, directrice de communication, des relations publiques et du développement durable du groupe LafargeHolcim, cette baisse est une promesse tenue par les cimenteries de Côte d’Ivoire, après les concertations avec l’Etat. «Mais cela nous coûte cher», explique-t-elle. La fin du rationnement dans la fourniture de l’électricité, a abouti en effet à des concessions faites par les cimenteries.

Conseil des ministres

Bref, environ 3 mois après les mesures annoncées le 21 juillet dernier en conseil des ministres pour, entre autres, encadrer les prix sur le marché, faciliter la tâche aux bouviers dans le transport des bêtes, on assiste à une situation mitigée. Pour les associations de consommateurs, c’est normal puisque les facteurs qui ont influencé les hausses sur le marché sont multiples. «Les produits qui ont été impactés par le rationnement de l’électricité ont vu naturellement leurs prix revenir à la normale. Mais il y a eu des hausses causées par la pandémie à coronavirus. Ces hausses sont plus étendues. Elles touchent les matériaux de construction, les articles divers, les intrants dans la fabrication de plusieurs produits», explique Soumahoro Ben N’Faly, président de la Fédération ivoirienne les consommateurs le réveil (Ficr).

Les raisons de ces hausses ? D’abord, les frais maritimes. Pour décharger un bateau d’environ 3000 conteneurs, avant, il ne fallait que 20 000 dollars, soit environ 11 millions FCFA. Aujourd’hui, pour décharger le même bateau, il faut 64 000 dollars. 35 millions FCFA. La majorité des marchandises importées en Côte d’Ivoire viennent de la Chine. Avant la pandémie à coronavirus, les opérateurs économiques louaient les conteneurs dans le pays de l’empire du milieu à 7 000 dollars pour un conteneur de 20 pieds (environ 4 millions FCFA). Depuis que ce virus terrorise le monde, ces mêmes conteneurs sont loués à 14 000 dollars (près de 8 millions FCFA).

Enfin, le troisième facteur qui influence les prix, reste la situation d’insécurité dans la sous-région. Pour convoyer les bœufs du Mali ou du Burkina, jusqu’en Côte d’Ivoire, les bouviers prennent des risques et les bêtes se font rares. Voilà pourquoi le prix du kilogramme de la viande de bœuf n’a pas diminué.

Quid des missions de facilitation du transport des bêtes promises par le gouvernement ? À l’abattoir de Port-Bouët, on dit n’avoir pas encore vu ces missions. Certes, l’ambiance de ces derniers mois est différente de celle qui prévalait en juin et en juillet où, chaque semaine, on annonçait ici de nouvelles hausses. La tension a baissé. Même si les prix, eux, n’ont pas chuté.

Bouvier

Aboudramane Diarra, bouvier, explique que les conditions de transport des bêtes n’ont pas changé, en réalité. «Nous continuons à être confrontés aux mêmes problèmes qu’avant. D’abord, les frontières sont restées fermées. Pour transverser, c’est compliqué. Ensuite, les zones où nous allons chercher les animaux au Mali ou au Burkina sont toujours dangereuses, à cause du djihadisme. Le gouvernement a mis en place une opération pour lutter contre le racket. Nous saluons cela, mais ça ne suffit pas », explique le bouvier. On assiste selon lui, à une forme d’impuissance dans le contrôle des prix.

Mais, que peuvent faire les autorités face à cette situation ? Au ministère du Commerce et de l’industrie, on a multiplié, les rencontres sectorielles avec les opérateurs économiques pour ramener certains prix à leur cours normal. Du moins, ceux qui ont été impactés par le rationnement de l’électricité et, quelques fois, la Covid-19. Les concertations, par exemple, ont permis jusque-là de maintenir le prix de la baguette de pain à 150 FCFA.  Mais cette opération ne touche pas tous les produits sur le marché, et les discussions continuent.

Le conseil national de lutte contre la vie chère qui est chargé de la régulation des prix sur le marché, travaille de concert avec le ministère du Commerce et de l’Industrie. Selon un membre de ce conseil, la mobilité des agents contrôleurs a été augmentée, ainsi que l’effectif. « Aujourd’hui, vous constatez que la tension autour des prix a baissé. C’est grâce aux rencontres que le conseil a entreprises. Mais l’Etat ne peut pas amener les opérateurs économiques à baisser leurs prix, parce que nous sommes dans un marché de libre concurrence», explique notre interlocuteur. Il n’y a que 7 produits sur lesquels l’Etat peut agir, selon lui : l’eau, l’électricité, les médicaments pharmaceutiques, les livres scolaires, le gaz, le carburant, la baguette de pain.

Pour contrer les effets du coronavirus, la seule chose à faire, selon Smaïla Silué, président de l’Association des boulangers de Côte d’Ivoire, section Bouaké, c’est de baisser les taxes et les impôts. Enorme comme sacrifice. Problème : le gouvernement veut également que les entreprises fassent des efforts de leur côté. Et c’est là que le bât blesse.

Le blé, l’huile de palme raffiné, le lait infantile, les matériaux de construction, etc. sont concernés par cette situation. Malheureusement, tant que ce problème n’est pas entièrement réglé, les structures de contrôle de prix restent impuissantes.

L’autre solution à moyen et à long terme concerne la production nationale. Pour les bouviers, le problème avec le prix du kilo de viande vient de l’autre côté de la frontière. Et aucune mesure interne ne peut changer cela. Mme Baya, épouse Vanié, tout comme Aboudramane Diarra, préconisent d’investir dans l’agriculture et dans l’élevage pour ne pas toujours dépendre de l’extérieur. Le message est clair : pour la viande, il faudra serrer la ceinture.

Raphaël Tanoh

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