49 soldats : Goïta-Ouattara, je t’aime, moi non plus !

par NORDSUD
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Assimi Goïta était désireux de se rapprocher d’Alassane Ouattara. Il a mis les petits plats dans les grands. De guerre lasse, il a décidé d’aller à l’affrontement.

Il fut un temps où il y avait une coopération entre les armées maliennes et ivoiriennes dans le cadre de la prévention du terrorisme. Ce temps est bien derrière nous. Sinon la simple affaire de procédure administrative autour de l’arrivée le 10 juillet 2022 à Bamako de 49 soldats ivoiriens ne serait pas autant amplifiée par la junte au pouvoir.

L’on se rappelle en effet combien Assimi Goïta et ses camarades se sont donné un mal fou pour se rapprocher d’Abidjan, dans la conduite de la transition.

1er acte. L’arrestation à Bamako de Ben Souk, l’un des bras droits de Guillaume Soro. Alors qu’il pesait sur l’ancien député-maire de Dabou (Côte d’Ivoire) de très fortes présomptions de manœuvres visant des recrutements de combattants aux frontières ivoiro-maliennes, les puschistes au pouvoir n’avaient pas hésité à lui mettre le grappin dessus le 10 août 2021. Guillaume Soro et ses compagnons espéraient bâtir une relation d’intérêt et de confiance avec la junte militaire d’Assimi Goïta pour déstabiliser Abidjan.

Ce que Soro et son équipe ignoraient, c’est que les choses avaient radicalement changé. Abidjan et Bamako, raison d’Etat oblige, avaient un temps resserré leurs ponts diplomatiques, économiques et sécuritaires.

Parce qu’une semaine avant la mise aux arrêts de Ben Souk, un émissaire de Bamako était arrivé à Abidjan pour en informer Alassane Ouattara. Le 4 août 2021, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération, Abdoulaye Diop, était porteur d’un message d’amitié, de solidarité et de fraternité du Président de la transition et chef de l’État du Mali, Assimi Goïta, à son aîné, le Président Alassane Ouattara.

Hasard du calendrier. Le 10 août, jour de l’arrestation de Ben Souk à Bamako, Choguel Maïga participait en grande pompe au 27ème congrès de l’Union postale universelle (UPU) à Abidjan du 9 au 24 courant. Il avait également porté un message du chef de la junte malienne au président ivoirien Alassane Ouattara.

Après les attaques terroristes de Kafolo et de Téhini, la coopération militaire entre Abidjan et Bamako s’était raffermie. L’arrestation de Ben Souk était un signal qui s’inscrivait dans cette nouvelle doctrine.

2ème acte. Don de 30 moutons à Ouattara. Sentant que ses messages ne portaient pas les effets escomptés, Assimi Goïta avait opté pour la fibre paternelle pour embarquer Alassane Ouattara. Il avait alors fait fort en posant un acte significatif dans la tradition africaine, pour rentrer dans les bonnes grâces d’Alassane Ouattara. Dans le cadre de la célébration de la Tabaski 2021, le chef de la transition malienne avait offert et fait convoyer 30 moutons au Président ivoirien Alassane Ouattara. L’information avait été donnée le 13 juillet dans une note signée du directeur du protocole malien, l’ambassadeur Ibrahim Aboubacar Maïga. Et ce sont Siaka Konaté et son suppléant Hamadoun Sarre qui avaient été commis au transport dudit troupeau de moutons de Bamako à Abidjan en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara était toujours resté de marbre.

Le revirement

La junte malienne : Chercher le soutien de Ouattara à tout prix. Assimi Goïta avait à coeur de bénéficier du soutien du président ivoirien dans ses efforts et manoeuvres pour rallonger la transition.

C’est à partir du 3 janvier 2022 que le dépit amoureux s’est installé dans le cœur d’Assimi Goïta. Ce jour-là, chef de l’État ivoirien avait reçu au palais présidentiel du Plateau à Abidjan des ministres du président de la transition malienne venus lui présenter leur nouveau chronogramme. Abdoulaye Diop (Affaires étrangères) et Abdoulaye Maïga (Administration territoriale) étaient commis à l’opération séduction.

Ils ont tenté de convaincre Alassane Ouattara qu’ils étaient crédibles avec un plan de sortie de la transition : Tenir un référendum constitutionnel en décembre 2023, organiser un scrutin local en juin 2024, ainsi que des échéances législatives et sénatoriales en mai 2025. Un plan qui, selon le colonel Maïga, aujourd’hui Premier ministre intérimaire, devrait aboutir à la « restauration du Mali ». Abdoulaye Diop avait quant à lui expliqué que ce chronogramme pourra être modifié en fonction de l’évolution de la situation.

Alassane Ouattara, qui n’est pas né de la dernière pluie, n’a pas voulu cautionner leur mascarade au détriment du peuple malien. Selon des sources proches des échanges à l’époque, le président ivoirien, après s’être opposé à ce plan de sortie de la transition, avait précisé que le Mali s’exposait à de sévères sanctions économiques sur le plan international.

L’on se rappelle pourtant que c’est Alassane Ouattara qui, sur la base de ses liens particuliers avec le Mali, avait demandé à certains de ses pairs de la région d’être indulgents vis-à-vis de la junte. Après les vraies fausses démissions en mai 2021 de Bah N’Daw, le premier président de la transition, et de son Premier ministre, Moctar Ouane.

Alassane Ouattara avait compris qu’Assimi Goïta manquait de sérieux. Il demandait carrément le temps du mandat d’un président élu au Mali.

3ème acte : Le temps de la revanche.  

Les gamineries de Goïta. Le nouveau maître du Mali avait alors commencer à jouer à se faire peur. Deux actes posés par le colonel Assimi Goïta montrent que ce dernier réagit au quart de tour : La libération en catimini de l’Ivoirien Sess Soukou Mohamed dit Ben Souk et la réception à Bamako de Franklin Nyamsi, un conseiller de Guillaume Soro.

Comme s’il voulait courroucer Alassane Ouattara, le colonel Assimi Goïta avait fait libérer le 10 janvier 2022, Ben Souk, proche collaborateur de Guillaume Soro. Une audience était pourtant prévue le 11 janvier à 10 heures devant la chambre d’accusation. Mais Ben Souk avait finalement été libéré plus tôt et en catimini.

Cette libération surprise de Ben Souk était interprétée à Bamako comme la réciproque des sanctions prises par la Cedeao contre le Mali, le 9 janvier 2022. Pour une certaine opinion, à Bamako, Alassane Ouattara a toujours été présenté comme le chef de file de la ligne dure au sein du collège des chefs d’Etat de la Cedeao qui avait ordonné un train musclé de sanctions comme le gel des avoirs du Mali par la Bceao.

Le deuxième acte de la gaminerie – certainement pas le dernier auquel l’on devrait s’attendre-  à laquelle se livre Assimi Goïta aura été la réception dans un des salons du palais de Koulouba de  Franklin Nyamsi, le conseiller de Guillaume Soro, le 8 février 2022.

En acceptant de recevoir un émissaire de l’ex-chef du Parlement ivoirien, Assimi Goïta, dans son entendement, envoyait un autre message à Alassane Ouattara. Donner une visibilité diplomatique à Guillaume Soro qui est en rupture de ban avec le pouvoir ivoirien. Il avait voulu faire sienne la citation de Jean-François Kahn qui dit : « Les ennemis de nos ennemis sont nos amis. . . jusqu’à la disparition de l’ennemi. »

Il y a eu ensuite la séquence d’un audio d’écoute.

La junte malienne s’était empressée, pour diffuser sur Whatsapp le 11 février 2022, un audio d’une conversation téléphonique non authentifiée entre le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, et le Malien Boubou Cissé, ancien Premier ministre sous Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Il s’agissait là pour les militaires d’un butin de guerre. Ils en avaient fait leur chou gras. La justice malienne s’en était même saisie et annoncé que l’enregistrement était en cours d’authentification. Le parquet de la commune IV de Bamako avait annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « atteinte ou tentative d’atteinte et complicités à la sûreté intérieure et extérieure du Mali ». Il n’y plus eu de suite.

Ce n’était que partie remise.

La présence de soldats ivoiriens le 10 juillet 2022 était du pain bénit, un levier diplomatique inespéré pour faire pression sur Alassane Ouattara.

Lire également: Affaire 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali: La Minusma clarifie encore

Tout porte à croire que la junte au Mali a «planifié, orienté et manipulé» une simple affaire de rotation de soldats ivoiriens sur son territoire.

Pour des soldats bien entraînés et qui comptent dans leur rang des éléments forces spéciales ivoiriennes arrivés par avion en plein jour, les autorités maliennes soutiennent mordicus qu’il y a eu une « violation flagrante » du code pénal national. Le colonel Assimi Goïta et ses hommes accusent ces soldats ivoiriens d’atteinte « à la sûreté extérieure de l’État dont l’atteinte à l’intégrité du territoire ».

Bamako s’est empressé d’expliquer dans un communiqué le 11 juillet que ces 47 hommes et 3 femmes étaient soupçonnés d’être des “mercenaires” entrés de façon illégale dans le pays.

Et le dossier est désormais aux mains de la justice malienne. Les soldats ivoiriens ont été été inculpés pour « tentative d’atteinte à la sûreté de l’État » et écroués les 10, 11 et 12 août 2022.

Bamako se livre aujourd’hui à un honteux chantage. L’extradition d’opposants malien en exil à Abidjan contre la libération des soldats ivoiriens. Alors qu’Assimi Goïta dit tenir le bon bout dans cette affaire, c’est lui qui a sollicité la médiation du président togolais, Faure Gnassingbé. Pour bien maquiller son forfait.

Les premières négociations le 28 juillet à Lomé n’ont pas permis d’enregistrer de progrès car ayant buté sur des points farfelus. Une présentation d’excuses publiques de la part d’Abidjan et le rapatriement de maliens réclamés par la justice malienne. Abidjan a toujours dit niet.

C’est donc avec surprise que la libération des soldates du groupe a été accueillie le 3 septembre 2022, à titre « humanitaire », pour Bamako.

Les soldates Bakayoko Awa, Bledou Kanga Adèle et Bamba Sita ont regagné Abidjan le même jour.

Cette affaire illustre les suspicions à l’égard d’Alassane Ouattara, accusé par Bamako d’avoir incité les autres chefs d’Etat ouest-africains à durcir les sanctions contre la junte auteurs de deux coups d’État depuis 2020. Ces sanctions ont finalement été levées début juillet 2022.

Cette affaire des 49 soldats -3 est la conséquence des vains efforts d’Assimi Goïta pour faire adouber par Alassane Ouattara son calendrier irréaliste pour sortir le Mali de la transition.

Juste un dépit amoureux.

Bakayoko Youssouf

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