Du Mali au Bénin: Le cancer terroriste se propage

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 186 vues

Que se passe-t-il ? Le 1er février 2021, Bernard Emié, le patron du renseignement extérieur français, s’était inquiété des projets d’extension vers le golfe de Guinée du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un groupe dont les combattants opèrent au Mali depuis le début de la guerre en 2012, ainsi qu’au Burkina Faso et au Niger. «Pour desserrer l’étau dans lequel ils sont pris, et pour s’étendre vers le sud, les terroristes financent déjà des hommes qui se disséminent en Côte d’Ivoire et au Bénin», soulignait à l’époque le chef de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Ces derniers jours ont été le témoin d’une évolution rapide d’actes de terrorisme violent dans la partie occidentale du continent africain.

Mercredi 8 décembre 2021 au Mali : 7 casques bleus de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (Minusma), ont perdu la vie ce jour, dans la région de Bandiagara dans le centre du Mali, suite à l’explosion d’une mine placée sur le passage de leur convoi. Selon l’ONU, trois autres soldats ont été grièvement blessés.

Samedi 4 décembre 2021, au Niger. Au moins 29 militaires nigériens étaient tués et 79 présumés terroristes neutralisés, dans une attaque dans le département de Téra, région de Tillabéri, dans l’ouest du Niger, près de la frontière du Burkina Faso. Le département de Téra est dans la zone dite des « trois frontières » entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

Jeudi 2 décembre 2021, au Bénin. La menace terroriste qui planait sur le nord du Bénin s’est concrétisée. Dans la nuit, deux soldats des Forces armées béninoises (FAB) ont été tués dans la localité de Porga, près de la frontière avec le Burkina Faso. C’est que le 1er mai 2019, l’enlèvement de deux touristes français et l’assassinat de leur guide béninois, lors d’un safari dans le parc de la Pendjari, l’un des derniers sanctuaires de la vie sauvage en Afrique de l’Ouest, étaient venu signaler aux autorités béninoises que, désormais, la menace sécuritaire du Sahel était bel et bien à leurs portes. Les deux enseignants avaient été libérés par les forces spéciales françaises neuf jours plus tard, au prix de la vie de deux officiers mariniers.

Samedi 12 juin 2021, en Côte d’Ivoire. Deux soldats et un gendarme ivoiriens étaient tués lors du passage de leur véhicule sur un engin explosif dans la région de Tèhini (nord-est de la Côte d’Ivoire), moins d’une semaine après l’attaque de djihadistes dans la localité de Tougbo, toujours proche de la frontière avec le Burkina Faso.

Cette attaque était la quatrième en un peu plus de deux mois, commise dans cette région. Les dernières attaques dans le Nord de la Côte d’Ivoire, près de la frontière du Burkina Faso, remontaient au 29 mars, lorsque deux positions de l’armée à Kafolo et Kolobougou ont été prises pour cibles par des hommes armés, faisant six morts, trois soldats et trois terroristes.

Le Burkina Faso occupe en effet une position centrale, reliant le Sahel aux pays côtiers et partageant des frontières avec quatre d’entre eux: le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo. Le Burkina entretient aussi des relations historiques, humaines, économiques et politiques particulières avec ses voisins méridionaux. Tout ceci en fait une porte ouverte sur le Golfe de Guinée. Désormais implantés au Burkina, les groupes djihadistes occupent une position idéale pour se projeter vers le sud.

Face à la percée djihadiste au Burkina Faso, porte ouverte sur les pays du Golfe de Guinée, ceux-ci devraient davantage se préparer à contrer et tuer dans l’œuf des attaques sur leurs territoires.

Pour cela, les Etats de la région devraient améliorer le partage du renseignement, renforcer les contrôles aux frontières et renouer un lien de confiance avec la population. Le spectre de la contagion du djihadisme au Golfe de Guinée hante l’Afrique de l’Ouest. L’expansion rapide du militantisme islamiste au Burkina Faso a considérablement accentué cette inquiétude.

La stabilité du Burkina devrait préoccuper tous ses voisins. Ne dit-on pas que «quand le feu est à la maison de ton voisin, la tienne est en danger» ?

C’est pourquoi, en plus de l’aider à rendre plus performant son appareil sécuritaire, les partenaires du Burkina devraient contribuer à désamorcer la colère publique en soutenant financièrement le gouvernement du président Roch Marc Christian Kaboré, mais aussi en facilitant le dialogue entre celui-ci, l’opposition et la société civile.

Comment agir ? Les pays côtiers comme la Côte d’Ivoire devraient se concentrer sur des mesures moins onéreuses et sans doute plus efficaces : la collecte et le partage de renseignements, des arrestations ciblées, et l’amélioration des relations avec des communautés négligées du Nord, comme recommandé lors de la 5ème édition de la Session internationale de réflexion stratégique (SIRS) qui s’est tenue du 22 au 26 novembre 2021 à Cocody-Abidjan. Le ministre ivoirien de la Défense, Ténin Birahima Ouattara, avait bien situé les enjeux: «les menaces qui auparavant se limitaient à nos frontières, se développent désormais à l’intérieur de nos pays avec des proportions plus graves. Il s’agit entre autres de la cybercriminalité, des trafics illicites transnationaux, de la piraterie maritime, et du terrorisme. Nos Etats font davantage face à des guerres non conventionnelles, des guerres asymétriques auxquelles nos forces de sécurité intérieure ne sont pas préparées». C’est donc dire que la mutualisation des forces et des moyens logistiques et techniques restent une necessité.

Les groupes djihadistes montrent sans cesse qu’ils veulent étendre leurs activités à la côte de l’Afrique de l’Ouest. Certes, il n’est pas certain qu’ils en aient immédiatement les moyens : ils n’ont encore commis aucune attaque (revendiquée) dans le septentrion des pays côtiers ; et n’ont frappé le Sud qu’une seule fois, en Côte d’Ivoire en mars 2016. Mais les militants agissent souvent plus par opportunisme ou en exploitant les désordres qu’en suivant une stratégie élaborée.

Les attaques du 2 décembre 2021 au Bénin pourraient être une conséquence de la vaste opération conjointe entre les armées du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo, qui s’est déroulée entre le 21 et le 27 novembre. Selon le ministre burkinabé de la sécurité, Maxime Koné, elle aurait provoqué la mort de dizaines de terroristes et l’interpellation de «300 suspects».

Il importe donc que la Cedeao et ses partenaires internationaux, en particulier l’Union européenne et la France, intensifient leurs efforts diplomatiques pour prévenir les crises électorales potentiellement violentes, qui pourraient menacer la stabilité de ces pays au même titre que les groupes djihadistes, et créer pour ces derniers un terrain fertile.

La Cedeao est l’organisation la mieux placée pour coordonner la lutte contre la violence jihadiste à l’échelle régionale. Cette lutte est actuellement répartie entre plusieurs organisations, dont les trois principales sont le G5, la Force multinationale mixte qui associe le Nigéria, le Tchad, le Cameroun et le Niger dans la lutte contre Boko Haram, et l’Initiative d’Accra qui réunit le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo dans des actions ponctuelles de lutte contre le crime organisé et l’extrémisme violent aux frontières des pays membres. La plupart des pays de la région étant dotés d’un système présidentiel et leurs chefs d’Etat d’un pouvoir étendu, c’est un atout crucial pour la prise de décision.

Bakayoko Youssouf

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?
error:

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite

-
00:00
00:00
Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00