Abidjan: La bulle immobilière risque de s’éclater

par NORDSUD
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Le loyer a toujours été au cœur des préoccupations des Abidjanais. Mais la solution pour y remédier pourrait devenir problématique. Attention aux dérapages.

Le déficit de logements en Côte d’Ivoire est estimé à 600.000, avec environ 20.000 logements par an dans le grand Abidjan. Depuis les dernières études, c’est une course effrénée pour réduire ce gap. Selon Yaya Sanogo, le président des locataires de Côte d’Ivoire, la donne est en train de changer. «Les gens construisent de plus en plus. Abidjan est en chantier. Ce ne sont pas des chantiers bas, mais des immeubles», explique M. Sanogo. L’une des données à prendre à compte, d’après le président des locataires, c’est la voirie qui connaît un grand boom dans la capitale économique. «D’Abobo à Anyama, en passant par Angré et la Riviera, les nouvelles voies sont en train d’ouvrir d’autres opportunités. Les terrains qui n’avaient plus de valeurs ont vu leur appréciation tripler. Les zones qu’on qualifiaient de quartiers précaires deviennent des sites de construction», poursuit Yaya Sanogo.

La voie Y4 en est l’illustration. Cette ceinture qui enveloppe une grande partie d’Abidjan dégage le terrain à des promotions immobilières.

Les travaux de la voie de contournement du Grand Abidjan suivent leur cours.

Depuis leur département, le ministère de la Construction, du logement et de l’urbanisme flaire l’énorme potentiel qu’amène les nouvelles routes. Après l’échec de la première phase des logements sociaux, le ministre Bruno Koné et ses hommes sont au laboratoire pour faire de la seconde phase un évènement historique qui marquera les Ivoiriens.  La liste des promoteurs a été ouvertes aux entreprises internationales. L’objectif sera de réaliser au minimum 50 à 60.000 logements tous les ans. Près de 30 milliards FCFA seront mobilisés chaque année pour le financement de la politique de logement social. Notamment, la purge des droits coutumiers afin de constituer une réserve foncière de 6 000 hectares de superficie à Abidjan et l’intérieur du pays.

Banques

 «Les promoteurs immobiliers ne sont pas les seuls à s’engager. Nous avons de nombreux particuliers qui y participent à leur manière. La délivrance des permis de construire a considérablement augmenté ces dernières années à Abidjan. Ce qui montre la hausse du nombre de constructions. Une fois qu’on aura réussi à équilibrer l’offre et la demande, le problème de logements à Abidjan sera terminé et le coût des loyers va baisser », indique un proche collaborateur du ministre Bruno Koné.

Une situation qui ne peut qu’aller crescendo, selon Souleymane Kanté, propriétaires de plusieurs maisons à Abidjan et secrétaire général de l’Union nationale des propriétaires de maisons baillées de Côte d’Ivoire (Unapromab). «Mais, il faut faire attention à ne pas se retrouver avec des logements sans locataires», met-il en garde.

Bulle immobilière

Il n’est pas le seul à prévenir. Séraphin Prao, docteur en économie, spécialiste en théorie monétaire, tire, lui aussi, la sonnette d’alarme. «Je fais partie des ceux qui ont proposé au gouvernement l’adoption du système de 3 mois de loyer et trois mois de caution en Côte d’Ivoire. Mais, aujourd’hui, nous constatons que les gens construisent n’importe comment. Les sociétés immobilières pullulent. C’est une bonne chose, certes, mais il faut offrir un bien qui entre dans la capacité de payer des consommateurs. Or, ce n’est pas le cas. Les sociétés immobilières se basent sur le besoin annuel. Donc, elles construisent sans se soucier si ces maisons seront achetées. Il va y avoir une bulle immobilière. Parce que les gens ne voudront pas de ces maisons, à cause des conditions. On a déjà connu une crise similaire aux Etats-Unis. Voulant aider les pauvres, les banques leur ont accordé des crédits, les ‘‘subprimes’’. Ils n’ont pas bien regardé comment les crédits étaient ficelés, parce qu’il y avait une période probatoire où les taux d’intérêt étaient fixes. Passée cette période, les taux étaient variables. Du coup, les gens se sont retrouvés dans l’incapacité de rembourser et les banques ont fait faillite. Il faut attirer l’attention des gens sur ce secteur immobilier en Côte d’Ivoire. Je l’ai toujours dit : il va y avoir une bulle immobilière. À un moment, il y aura des maisons sans preneurs. Les sociétés qui se sont endettées pour construire ces maisons seront incapables de rembourser les banques. Cela va déstabiliser le système bancaire et entraîner une crise», met en garde Séraphin Prao.

Alors, promotion immobilière d’accord, mais contrôle d’abord.

Raphaël Tanoh

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