Accusations de déstabilisation : 24 ans après, c’est le Burkina qui accuse la Côte d’Ivoire

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 161 vues

ANALYSE. Il fut un temps où la Côte d’Ivoire pointait du doigt le Burkina Faso, l’accusant d’être la base arrière de la rébellion qui a secoué le pays au début des années 2000. Aujourd’hui, dans un revirement inattendu, c’est Ouagadougou qui joue le rôle de l’accusateur. Jusqu’ici, sans aucune preuve formelle…

Sur la télévision nationale burkinabè, ce 23 septembre 2024, la grille de programme est suspendue. Au programme, une édition spéciale. En tenue d’apparat, petit drapeau du Burkina Faso sur la table, le Ministre de la Sécurité, le Commissaire divisionnaire de Police Mahamadou SANA fait une déclaration sur les tentatives de déstabilisation du régime en place. Sur la liste des accusés, plusieurs personnalités et un pays indexé comme une base-arrière de déstabilisation : la Côte d’Ivoire.

« Il est porté à la connaissance du public burkinabè et de la communauté internationale que des individus résidents en République de Côte d’Ivoire se sont activés dans une entreprise de subversion contre notre pays ». Le ministre burkinabè relate ainsi un plan de putsch incluant la prise du Palais de Koulouba, des attaques terroristes contre des civils et des zones névralgiques du pays comme les bases armées. Le Ministre de la Sécurité du pays des hommes intègres a par ailleurs énuméré une liste d’une vingtaine de personnalités. Y figurent :  l’ancien patron de la junte, Paul-Henri Sandaogo Damiba, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Isaac Newton Barry et d’autres figures du paysage politique, militaire burkinabè ainsi que des civils qui seraient liés à l’opération. La junte assure avoir déjoué plusieurs tentatives de déstabilisations et avoir interpellée plusieurs suspects.  En l’état actuel, le gouvernement ivoirien n’a pas réagi à ses graves accusations. Mais ce n’est pas la première fois que les autorités du Burkina voisin, pointe la Côte d’Ivoire.

Une seconde accusation en quelques mois

En août 2024, le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition burkinabè, accusait la Côte d’Ivoire de déstabilisation. Des propos battus en brèche par le ministre de la Défense ivoirien, Téné Birahima Ouattara et confirmé par le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly. « Nous sommes un pays de paix qui ne sert pas de base pour déstabiliser un pays quel qu’il soit. »

Un an plus tôt, en juillet 2020, c’était l’affaire des 49 soldats ivoiriens détenus au Mali auxquels des velléités déstabilisatrices avaient également été prêtées. Cette affaire avait négativement impacté les relations entre les deux pays.

Les juntes n’aiment pas la Côte d’Ivoire

Derrière ces accusations contre la Côte d’Ivoire, se dissimulent les relations qu’entretiennent les présidents des transitions malienne et burkinabé avec le Président ivoirien, Alassane Ouattara. Perçu comme une figure influente de la CEDEAO qui aurait pesé de tout son poids pour l’adoption de sanctions contre le Burkina, le Mali et le Niger, le numéro un ivoirien est depuis lors pris pour cible. Pis, le patron de l’exécutif ivoirien a également vu comme l’un des partisans de l’envoi de militaires au Niger pour la réinstauration de l’ordre constitutionnel. Des antécédents qui expliquent les relations tumultueuses entre ces pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Côte d’Ivoire. Si le Burkina accuse aujourd’hui la Côte d’Ivoire d’être une base-arrière pour ses déstabilisateurs, aucune preuve tangible n’a encore été rendue publique. Un schéma qui rappelle l’implication présumée du Burkina dans la rébellion ivoirienne du début des années 2000. À l’époque, Abidjan accusait Ouagadougou d’abriter des rebelles. Dans un article de la revue scientifique Cairn info, l’histoire de l’implication présumée du Burkina Faso dans la crise ivoirienne est relatée.  « Très vite, les autorités d’Abidjan ont désigné le voisin burkinabè comme le responsable de cette opération de déstabilisation de la Côte d’Ivoire. Blaise Compaoré lui-même a été stigmatisé comme le principal soutien et le grand maître d’œuvre d’un mouvement rebelle dont les principaux dirigeants étaient jusqu’alors réfugiés à Ouagadougou ».

Plus de deux décennies après, les jeux d’influence et les rivalités géopolitiques entre ces deux voisins de l’Afrique de l’Ouest refont surface. Alors que la Côte d’Ivoire se défend de toute implication, les accusations burkinabés soulèvent de nouvelles questions sur l’avenir d’une coexistence pacifique dans la région partagée entre des régimes militaires et civils à la tête de nos États.

Charles ASSAGBA

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