Vendredi 19 novembre, cela faisait 24 heures qu’un convoi de ravitaillement de l’armée française était bloqué aux portes de la ville de Kaya, dans le centre nord du pays. Des milliers de Burkinabé se sont rassemblés pour empêcher les troupes, qui doivent rejoindre le Niger, de traverser la localité. Plusieurs rassemblements, au cours desquels les manifestants s’indignent contre l’insécurité et réclament le départ des troupes françaises, se sont tenus dans plusieurs villes du Burkina Faso.
Comment expliquer les récentes protestations contre la présence militaire française au Burkina Faso ? C’est François Giovalucchi, enseignant chercheur en économie politique, qui donne des éléments de réponse à Tv5. Selon lui, c’est « assez délicat parce que nous ne connaissons pas exactement la nature de ce mouvement. On ne sait pas qui sont les gens qui ont bloqué le convoi. Traditionnellement, il n’y a pas de grand sentiment anti-français au Burkina Faso ». Il souligne également qu’il y a un certain nombre de facteurs qui peuvent l’activer. « Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, fait qu’un certain nombre de personnes s’interrogent sur un possible rôle de la France dans l’assassinat de cet ancien président, qui reste très populaire auprès des jeunes ».
Pourquoi la France est prise à parti ? « Ce que l’on voit souvent dans la région, c’est que lorsqu’il y a un échec gouvernemental majeur, on cherche des raisons et on cherche un bouc émissaire. La position de la France fait qu’elle se constitue en parfait bouc émissaire en revendiquant une responsabilité particulière dans la région », analyse François Giovalucchi. Pour lui, la France donne le sentiment qu’elle s’accroche et qu’elle veut continuer à jouer le rôle de grande puissance qu’elle n’est plus. « Par exemple, elle revendique une responsabilité particulière au Sahel, ce qui l’a conduite à mener l’opération Barkhane, alors que les pays européens sont très en arrière de la main et que les alliés américains fournissent simplement du renseignement et de la logistique. À partir du moment où la France veut jouer un rôle particulier, les gens s’interrogent. Sans le vouloir, la France s’est placée dans la position de s’offrir en bouc émissaire ».
Bakayoko Youssouf
