A deux mois de la présidentielle d’octobre 2025, le climat politique ivoirien reste tendu. Les principaux leaders de l’opposition – Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé – demeurent radiés de la liste électorale par la justice, ce qui les rend inéligibles. Malgré cette situation, le pays assiste depuis plusieurs semaines à une série de manifestations de la part des partis de l’opposition, organisées et encadrées sans incidents majeurs, un fait notable au regard de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.
Une marche bien encadrée
Ce samedi 9 août 2025 à Yopougon, le Front commun, regroupant principalement le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) a rassemblé des milliers de personnes pour réclamer une présidentielle inclusive et transparente, ainsi que le refus d’un éventuel quatrième mandat du président sortant, Alassane Ouattara. Le cortège, parti de Saguidiba et arrivé à Ficgayo, s’est étendu sur plusieurs kilomètres. Les slogans affichaient des revendications parfois hostiles au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) : « Non à l’exclusion » ; « Pas de vraie démocratie sans vraie justice » ; « Trop, c’est trop ! ». Encadrée par les forces de sécurité, la marche s’est achevée sans violences ni interpellations.
Une succession de manifestations
Le 14 juin dernier, les militants du PDCI avaient déjà marché pacifiquement jusqu’au siège de la Commission électorale indépendante (CEI) à Cocody pour exiger la réintégration de leur candidat, Tidjane Thiam, sur la liste électorale. Autorisée par les autorités administratives et encadrée par les forces de l’ordre, la marche s’est déroulée sans heurts, conclue par la remise officielle d’une motion à la CEI. Deux semaines plus tôt, un meeting de l’opposition d’ampleur avait déjà été organisé à Yopougon, également sans incidents.
Cette liberté de manifestation tranche avec les épisodes répressifs du passé. A plusieurs reprises, ils ont inspiré une peur réelle aux autorités en place — tant sous le long règne du PDCI que sous la présidence de Laurent Gbagbo — et ont souvent débouché sur des répressions, des arrestations ou des violences.
Régimes répressifs
Dans la fin des années 1990, alors que le PDCI conservait la mainmise sur l’Etat, les tentatives de mobilisation de l’opposition ont été durement contenues. Une manifestation du Rassemblement des républicains (RDR) – le parti d’origine d’Alassane Ouattara – le 27 octobre 1999, a été dispersée sans ménagement et des dirigeants du mouvement arrêtés, illustrant la faible tolérance des autorités de l’époque envers des démonstrations publiques.
La période au cours de laquelle Laurent Gbagbo était aux commandes du pays, (2000–2011) a elle aussi laissé des traces durables. Les manifestations de l’opposition, comme la marche du 25 mars 2004, organisée entre autres par le PDCI, le RDR et les ex-Forces Nouvelles de Guillaume Soro, ont été durement réprimées. Des soutiens du chef de l’Etat de l’époque, notamment les fameux « Jeunes patriotes » et des éléments des forces de sécurité ont été impliqués dans des attaques ciblées contre des opposants et des civils, tandis que le locataire du Palais présidentiel lui-même se montrait prêt à recourir à la force pour contrer des mobilisations perçues comme menaçantes. Les enquêtes et rapports internationaux décrivent des exactions graves commises pendant cette période.
Changement d’époque
Aujourd’hui, pour les partisans du pouvoir, ces mobilisations pacifiques de l’opposition, sont la preuve que la démocratie ivoirienne a progressé sous Alassane Ouattara. « C’est ainsi que fonctionne une démocratie dans un État de droit. La Côte d’Ivoire d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui », affirme un cadre du parti présidentiel. « Depuis l’arrivée au pouvoir du président Alassane Ouattara, les forces de défense et de sécurité sont devenues totalement républicaines. Les gens qui critiquent aujourd’hui, n’ont pas fait mieux, quand ils étaient eux-mêmes aux affaires. En dépit d’un faisceau d’indices qui laissent penser que l’opposition prépare des actions subversives, il n’y a eu aucune répression. Les forces de sécurité étaient bien présentes pour encadrer la manifestation », insiste notre interlocuteur à nordsud.info.
Marc Dossa
