Côte d’Ivoire. 60 000 logements promis aux enseignants : Ce qui bloque

par NORDSUD
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Confié à l’opérateur immobilier Opes Holding S.A, le projet de 60 000 logements pour les enseignants, a déjà abouti à un choix de terrain. Notamment à Bingerville, Elokato. Mais l’adhésion au projet commence à faire couler beaucoup de salive.

24 janvier 2020. Dans le cadre du programme présidentiel de logements sociaux, le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle annonce avoir signé un protocole d’accord avec le ministère de la Construction, du logement et de l’urbanisme. Le but est de réaliser 60 000 logements pour les enseignants.

Ils sont environ 100 000, la plus grande ‘‘force de frappe’’ du secteur public ivorien. Ils n’arrêtent pas de donner de la voix pour exiger la revalorisation de leur indemnité de logement.

Avec une formule de location-vente, le projet de 60 000 logements est lancé sur des chapeaux de roue. Mais, environ un an après, il n’a jamais suscité autant de réticence de la part des enseignants.

Motif du mécontentement : le coût des logements. «19 500 000 FCFA pour une chambre-salon !», proteste Jérôme Ourizalé, secrétaire général du Syndicat autonome de l’enseignement primaire public de Côte d’Ivoire (Saeppci).

Deux chambres-salon

«40 000 000 FCFA, pour deux chambres-salon !», charge Kouamé Bertoli, secrétaire général de la Coalition des syndicats du secteur éducation/formation de Côte d’Ivoire (Cosefci).

Destiné à la Mutuelle des personnels du ministère de l’Education nationale et de l’enseignement technique de Côte d’Ivoire (Mupemenet-CI), le projet était voué à l’échec, selon Bertoli Kouamé, parce que tous les enseignants ne sont pas inscrits à cette mutuelle, son adhésion n’étant pas obligatoire.

 «Aujourd’hui, la Mutuelle compte environ 60 000 adhérents. Elle ne compte même pas la moitié des enseignants», souligne Jérôme Ourizalé.

Ensuite, notent les enseignants, il y a eu la question du coût des maisons. «Les enseignants ont un salaire moyen de 250 000 F, en comptant les instituteurs-adjoints. Si nous avons salué le principe, avec notamment la location-vente, aucun enseignant ne peut s’offrir une maison qui va lui revenir à 40 millions F, au final», ajoute Jérôme Ourizalé. Alors, pourquoi ont-ils salué le projet au début ?

«Nous ignorions que les coûts des maisons seraient aussi élevés», justifie M. Ourizalé.

Une affirmation démentie par le ministère de la Construction.

Contacté, un proche collaborateur du ministre précise que les informations concernant la réalisation du projet ont été mises à la disposition des intéressés. «Ils savaient combien coûteraient les maisons, avant de s’engager», signale notre informateur.

Pour Ekoun Kouassi, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (Synesci), là n’est pas le problème. «Le projet n’est pas obligatoire. On a dit dès le départ que ceux qui étaient intéressés viennent souscrire», explique-t-il. Ce qu’il y a à faire, d’après Ekoun Kouassi, c’est de voir comment rendre les maisons plus accessibles.

Le 29 décembre prochain, promet Jérôme Ourizalé, ils vont rencontrer les autorités. Lui, qui est aussi membre de l’Intersyndicale de l’enseignement préscolaire et primaire de Côte d’Ivoire (Iseppci), informe que le problème des coûts sera abordé.

«Nous allons faire part de notre réticence face au projet. Parce que nous ignorions que les coûts seraient aussi élevés. L’Etat a promis qu’il prendrait en charge une partie des coûts, dont les VRD (ndlr, voiries et réseaux divers). Et que le promoteur serait exonéré des taxes et impôts. Comment se fait-il que le coût des maisons soit malgré tout élevé ?», questionne-t-il.

Une interrogation à laquelle le ministère de la Construction répond: «L’Etat jouera sa partition. Nous mettons à leur disposition de l’espace, nous les aidons à faire les purges. Mais comment voulez-vous qu’on s’occupe, par exemple, de VRD alors que les constructions n’ont pas encore commencé ?»

200 000 travailleurs

L’autre aspect qu’il faudrait sûrement voir, selon les enseignants, c’est la méthode d’acquisition desdites maisons. «C’est de la location-vente. Le principe est bon parce qu’il n’y a pas d’apport initial. Mais, pour que les coûts soient plus supportables, il faut que l’Etat construise lui-même les maisons et ensuite, fasse la location-vente. Avec un opérateur économique, c’est beaucoup plus compliqué», reprend M. Ourizalé.

Aujourd’hui, confesse Ekoun Kouassi, si rien n’est fait pour revoir les coûts, le projet n’attirera pas grand monde.

La situation actuelle donne surtout raison à la Cosefci, qui a toujours refusé d’adhérer au projet et réclame plutôt une revalorisation des indemnités de logements. Pour lui, c’est la clé pour régler la question du logement des fonctionnaires.

 «Comme ça, celui qui veut souscrire à un autre projet, il est libre de le faire. Ceux qui le peuvent, peuvent construire doucement leurs maisons, parce que c’est moins coûteux. Ce que nous voulons, c’est la revalorisation de l’indemnité de logement», note Bertoli Kouamé, le secrétaire général de la Cosefci.  

Une question qui pourrait continuer à faire du bruit. Car, elle devient de plus en plus transversale et touche environ tous les fonctionnaires.

Près de 200 000 travailleurs du secteur public sont (ou seront) confrontés à la question du logement.  Et pour les autorités, toujours le même casse-tête : faut-il tabler sur la revalorisation de l’indemnité de logement ou investir dans de coûteux projets immobiliers destinés à calmer les ardeurs des syndicats ? 

C’est l’un des dossiers brûlants à suivre en 2021.

Raphaël Tanoh

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