À moins de trois mois de la présidentielle, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et une partie de la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP CI), brisent la glace. Le parti présidentiel et des membres de cette alliance de l’opposition se sont parlé le 16 juillet dernier. Une rencontre inattendue qui relance le dialogue politique dans un climat marqué par la méfiance et les tensions.
Attendue depuis plusieurs semaines, la première entrevue entre le RHDP et la CAP CI s’est finalement tenue le 16 juillet dernier. Elle visait à détendre un climat socio-politique jugé préoccupant par l’opposition. À l’origine de cette initiative inédite, Simone Ehivet Gbagbo, porte-parole de la CAP CI, qui avait sollicité par courrier une rencontre avec le parti présidentiel.
Mamadou Touré, porte-parole adjoint du RHDP, avait rappelé sur le plateau de la NCI, le 29 juin 2025, qu’un premier rendez-vous était prévu quelques jours après la sollicitation, mais que la délégation de la CAP CI n’avait pas répondu présent. Malgré ce couac de calendrier, la volonté de dialoguer l’a finalement emporté, et le 16 juillet, une délégation de haut rang du RHDP, comprenant plusieurs ministres, s’est rendue au domicile de la présidente du Mouvement des générations capables (MGC). Le premier signal fort à décrypter, c’est que le parti au pouvoir entend montrer qu’il n’esquive pas le dialogue.
Geste fort et symboles
« Nous avons décidé de nous retrouver pour entrer dans le détail des questions, via un comité technique que nous allons instituer »,
— Ibrahima Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP
Sur sa page Facebook, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur a souligné que les échanges avaient porté sur les actions déjà engagées « pour renforcer la cohésion, prévenir les tensions et garantir une présidentielle libre, transparente et apaisée en octobre prochain ».
« Nous avons exposé à la délégation du RHDP, les questions que nous évoquons toujours et qui concernent la réforme du système électoral. »
— Simone Ehivet Gbagbo
Le second enseignement témoigne que le RHDP est prêt à des discussions avec une opposition qui s’inscrit dans le cadre républicain et respecte les institutions. Cette ouverture contraste avec la posture plus radicale d’autres partis de la CAP CI — tels le Front populaire ivoirien (FPI), membre de l’alliance mais qui a préféré boycotter l’entrevue ou le Parti des peuples africains (PPA CI), dans une logique de ‘’bagarre’’, selon les propos de son leader, Laurent Gbagbo.
« Ensemble, nous avons la responsabilité de préserver la paix et de poursuivre la construction d’une Côte d’Ivoire stable et démocratique. »
— Cissé Bacongo
Une dynamique de paix assumée


Le geste du RHDP s’inscrit dans la continuité de la main tendue par le chef de l’État, Alassane Ouattara, depuis son arrivée au pouvoir. Pas moins de cinq cycles de dialogue politique ont déjà été conduits par ses Premiers ministres. En novembre 2020, M. Ouattara n’avait pas hésité à se rendre chez son ‘’aîné’’, Henri Konan Bédié, pour apaiser les tensions post-électorales, malgré la création du Conseil national de transition (CNT) qui visait à contester sa réélection. De même, il avait reçu Laurent Gbagbo au Palais présidentiel dès le retour de ce dernier, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI), rétablissant à son profit sa rente viagère.
En renouant aujourd’hui le fil du dialogue avec la CAP CI, le RHDP confirme sa disposition d’esprit à désamorcer les crispations avant l’échéance d’octobre 2025 et démontrer qu’il reste disponible pour une décrispation durable du paysage politique ivoirien.
Marc Dossa
