Dossier / Psychose liée à la présidentielle 2025 : moins de peur chez les consommateurs

par nordsud.info
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À quelques semaines de la présidentielle, les habitudes des consommateurs n’ont pas beaucoup varié. Si certains font des stocks alimentaires, beaucoup restent confiants quant au bon déroulement du scrutin.

Supermarché Sococé des Deux-Plateaux, ce samedi 20 septembre. L’ambiance est l’une des plus mouvementées dans la succursale. Au niveau des rayons alimentaires, clients et employés échangent. Alignés en file indienne devant les caissières, ceux qui ont déjà fait leurs emplettes, débordent. Les caddies sont remplis de provisions, pour la plupart. Des pâtes alimentaires, du riz de 25 kg, de l’huile, etc. Mais aussi des articles divers. Les files sont si longues qu’elles s’étendent jusque dans les rayons, bloquant le passage aux autres encore concentrés sur leurs achats.  « Mes produits n’ont rien à voir avec la situation politique. Il est vrai que nous sommes inquiets mais, rien n’indique qu’il faut faire des provisions », relativise Aïcha Sidibé, occupée à choisir du sucre dans le rayon alimentaire. Envoyé par sa patronne Paterne, lui, souligne que s’il doit y avoir des stocks à faire à la maison, ce sera dans le début du mois d’octobre. « Surtout pour ceux qui ont des familles nombreuses. Pour le moment, c’est de l’argent qu’on garde de côté, parce que les activités sont au ralenti », informe-t-il.  

Stocks alimentaires

Cette affluence des acheteurs n’est donc pas une ruée, d’après Angèle, l’une des caissières du supermarché.  « C’est souvent comme ça ici. Beaucoup de familles ont l’habitude de faire des achats en gros une ou deux fois dans le mois », relate-t-elle. À l’approche de la présidentielle, poursuit la dame, difficile de dire qu’il y a un réel changement dans les habitudes des consommateurs. Cela n’était pourtant pas le cas en 2020, à la même date, reconnait-elle.

Même analyse à Ivoire Center à Abobo. Contrairement à la période de la Covid-19 et de la dernière élection présidentielle, selon le gérant, on ne relève pas une volonté de faire des stocks alimentaires importants dans les habitudes d’achats. Une situation qu’il attribue plutôt à un climat plus au moins rassurant.

Toutefois, à Sicomex, on souligne une légère hausse dans les produits alimentaires, comme le riz, les pâtes. Mais, difficile de lier cela à l’approche de la présidentielle.

« Oui, il y a une certaine psychose au sein de la population. On ne peut pas le nier. Et elle est légitime, après les évènements de 2010 et de 2020 que nous avons vécus. Mais cette année, les Ivoiriens sont plus matures », justifie Soumahoro Ben Nfaly, président l’Association pour la protection des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire. Et M. Soumahoro d’ajouter qu’il a « fait le tour des supermarchés et le constat qui ressort, c’est qu’il n’y a pas d’affolement dans les rayons. En 2020, à cette même période, c’était très tendu et les Ivoiriens faisaient énormément de provisions, parce que le climat n’était pas rassurant. Ce n’est pas le cas cette fois-ci ».

Provisions

Ouattara Lamine, président du Conseil fédéral des commerçants de Côte d’Ivoire (CFC-CI) va dans le même sens. « Il n’y a pas d’études pour évaluer si les Ivoiriens font beaucoup d’achats dans cette période. Le constat que nous faisons, c’est qu’il n’y a pas de ruée véritable vers les magasins pour les provisions », souligne le commerçant.

Mais il s’agit là d’une analyse un peu faussée, selon Drissa Bamba, président du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH). « Le contexte ivoirien nous amène à nous inquiéter. On n’a pas besoin d’experts pour savoir qu’il y a une psychose à l’approche des élections. Les rumeurs, les réactions sur les réseaux sociaux et le déploiement des forces de l’ordre dans la ville d’Abidjan, le démontrent », indique Drissa Bamba. Les habitudes de consommation de la population, ne sont pas les seuls indicateurs, soutient-il, pour autant qu’on puisse réellement établir qu’il y a plus d’achats ou moins d’achats dans les supermarchés. 

Une vision appuyée par les travailleurs, dont pour beaucoup, l’avenir dépend du climat socio-politique. « Relativement aux expériences passées, chaque période électorale en Côte d’Ivoire, s’accompagne malheureusement de tensions, qui pèsent lourdement sur la vie des familles. A l’approche du scrutin, nous constatons déjà une véritable inquiétude chez nos compatriotes », mentionne Jean-Yves Abonga, président de la centrale Intersyndicale des travailleurs de Côte d’Ivoire (ITCI).

Travailleurs

À l’entendre, faute de faire des provisions, certains travailleurs ont déjà pris des billets pour le village. Ils veulent y passer la période électorale, avec leurs familles, pour échapper à d’éventuels échauffourées. « Beaucoup craignent pour leur sécurité, d’autres pour la stabilité de leur emploi et de leurs revenus », ajoute-t-il.

Tout comme M. Abonga, la population espère un climat apaisé. Et les autorités veillent à cela depuis plusieurs mois. En 2020, après les troubles liés à la présidentielle, le bon esprit dans lequel se sont déroulées les législatives, donnent de l’espoir aux Ivoiriens. Mais les prochaines semaines seront déterminantes dans ce sens.

Georges Dagou

Jean-Yves Abonga, président de l’ITCI :

« Que les travailleurs gardent leur sérénité »

« Dans le secteur informel, les activités tournent au ralenti. Les petits commerçants et artisans, qui vivent au jour le jour, peinent à joindre les deux bouts. L’inquiétude est palpable jusque dans les foyers : certaines filles de maison, par peur des troubles, préfèrent rentrer dans leur village. Elles laissent derrière elles des mères de famille, souvent avec de jeunes enfants, privées de l’aide et de l’assistance qui leur permettaient d’aller travailler l’esprit tranquille. Ces réalités, nous les entendons, nous les voyons et nous les comprenons. Mais, nous voulons dire aux travailleurs de garder leur sérénité. L’élection doit rester un moment démocratique, elle ne devrait pas se transformer en facteur de paralysie économique ou de division sociale. L’ITCI appelle donc les autorités à rassurer et à protéger les populations, car la stabilité est le premier droit des travailleurs ».

Soumahoro Ben N’Faly, président de l’Association pour la protection des consommateurs actifs :

« Les consommateurs ne sont pas affolés »

 « La Côte d’Ivoire n’est plus prête à retomber dans ses travers. Les leaders politiques ont retenu les leçons des années passées. C’est pour cela que pour ces scrutins, nous pensons qu’il n’y aura pas de grabuge. Nous le voyons, les consommateurs ne sont pas affolés, ils ne se ruent pas vers les magasins ou dans les gares ».

Propos recueillis par GD

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