Mars 2020-février 2022. 18 matchs. 10 victoires, 5 nuls, 3 défaites. 32 buts inscrits et 17 buts pris. Stricto sensu, du point de vue statistiques, Patrice Beaumelle, le coach ivoirien, est crédité d’un bilan acceptable, mieux, d’une expérience et d’une connaissance indéniable de l’effectif orange-blanc-vert. Le bât blesse toutefois pour le 35è coach de l’histoire footballistique ivoirienne relativement aux résultats lors des rencontres couperets. A cet effet, la défaite face au Cameroun qui a rabattu les cartes de qualification au mondial 2022 et le revers aux tirs au but face à l’Egypte pour une élimination précoce à la CAN Cameroun 2021 remontent naturellement à la surface. 700 jours après sa nomination au titre de sélectionneur des pachydermes, l’ex-lieutenant d’Hervé Renard semble à la croisée des chemins, sur un fauteuil éjectable. A l’aube d’un nouveau jour pour le ballon rond ivoirien avec l’élection d’un nouveau président de la FIF en mars (la FIF est l’employeur des coachs de l’équipe nationale de football) et à l’aune des ambitions du pays pour la CAN Côte d’Ivoire 2023, les interrogations fusent quant à la continuité de l’idylle de Beaumelle avec les Eléphants.
Beaumelle dans de beaux draps. Initialement engagé pour un bail d’une année, parvenu à expiration en mars 2021, le 13è coach d’origine française à prendre les rênes de l’équipe ivoirienne avait vu son contrat rallongé par le Comité de normalisation, conformément à une annonce en date du 6 avril 2021 sur fond d’objectifs clairement définis. «Le contrat de Patrice Beaumelle sera forcément renouvelé. Je puis vous assurer qu’il sera renouvelé pour que non seulement on gagne la CAN et qu’on vise plus haut (le Mondial, ndlr)».
7 mois plus tard, la Côte d’Ivoire qui aurait pu se qualifier avec un match nul, pliait l’échine face au Cameroun, et voyait s’envoler ses chances de qualification au mondial Qatar 2022. Premier objectif manqué pour le coach parallèlement à la feuille de route dument communiquée par la maison de verre. En janvier 2022, seconde déconvenue. Les Ivoiriens ne déméritent pas sur le rectangle vert lors des 120 minutes, mais, sortent perdants de la confrontation face à l’Egypte suite à la fatidique séance des tirs au but le 26 janvier 2022 au stade omnisports de douala au Cameroun. Outre l’impréparation réelle des pachydermes pour cette compétition du fait des aléas de la Covid-19 et des calendriers des athlètes, cette deuxième ligne de mire loupée pourrait constituer un talon d’Achille à la continuation de Beaumelle avec les Eléphants. D’autant qu’en dépit d’une élimination en quart de finale aux tirs au but face à l’Algérie en 2019, avec des choix tactiques mi-figue, mi-raisin à l’instar de Beaumelle, Ibrahim Kamara, qui était doté d’un effectif moins nanti avait été dégommé de son poste. Autre facteur qui pèse dans la balance : l’élection en mars 2022 du nouveau président de la FIF. Sa vision et ses ambitions iront-elles de pair avec la philosophie, les choix tactiques et les résultats de Beaumelle, dans un contexte où les Ivoiriens sont appelés à garder la coupe à la maison en 2023 ? Wait and see. Pis, crescendo, dans l’opinion, des bribes de voix nationalistes subrepticement insufflée dans l’opinion s’élèvent pour réclamer un coach ivoirien pour les Ivoiriens.
Le choix de Beaumelle , le choix par défaut ? Ex-lieutenant d’Hervé Renard lors du sacre de 2015 à la CAN avant sa nomination comme capitaine à bord en mars 2020, sa relative bonne connaissance de l’équipe ivoirienne et ses expériences avec ces derniers au cours de ces deux dernières années sont indéniables. «Patrice connaît mieux cette équipe et tous les cadres. Il a été champion d’Afrique en 2015 comme adjoint de Renard. Ce choix est celui de la prudence, de la continuité», avait annoncé Sory Diabaté en justifiant sa nomination en 2020. Deux années plus tard, la patte Beaumelle n’a pas eu l’effet Renard. Cependant, à une année de la CAN 2023, pour laquelle la Côte d’Ivoire a placé la barre haut, c’est-à-dire remporter le graal à la maison, trouver un profil de sélectionneur capable de reconduire les Eléphants au firmament en un laps de temps relève de la croix et de la bannière. Un dilemme, une équation à milles et une inconnues que le comité de normalisation s’évertuera à priori à délaisser au futur patron de la maison de verre. Au bilan des nationalités des sélectionneurs auréolés des meilleurs palmarès en Côte d’Ivoire, l’égalité est parfaite entre les 14 coachs français et 11 coachs ivoiriens qui se sont succédés sur les 35 coachs de l’histoire du football ivoirien. Hervé Renard avec son sacre en 2015 et Henri Michel avec sa défaite en finale en 2006. Yéo Martial, sur le banc lors de la victoire en 1992 et François Zahoui au cours de la déconvenue en finale de la coupe d’Afrique des nations de 2012.
Charles Assagba
