Une initiative citoyenne en mal de souffle
En perte de vitesse depuis l’échec cuisant de son parti aux dernières élections locales, l’ancien président ivoirien tente un retour par la société civile avec le lancement de son mouvement « Trop c’est trop !». Mais, l’initiative interroge autant qu’elle divise. Physiquement diminué, Laurent Gbagbo se dit prêt à se battre. Reste à savoir avec qui.
Mobilisation en berne malgré le discours
En pleine déconfiture politique et fragilisé au sein de son propre camp, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo vient de donner un coup d’accélérateur de son nouveau mouvement citoyen, “Trop, c’est Trop !”. Une tentative de repositionnement politique aux accents populistes, qui laisse pourtant une impression tenace de confusion stratégique, de contradictions assumées… et de nostalgie du temps jadis.
Car, si la plume est alerte et le ton toujours combatif, l’homme de 80 ans semble naviguer à vue, entre posture de rassembleur et logique d’isolement, alors qu’il peine à mobiliser les foules comme dans les années 1990.
Un bilan électoral lourd à porter
C’est dans une atmosphère de lent déclin que l’annonce du mouvement “Trop, c’est Trop !” survient. Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA‑CI), fondé à son retour au pays en 2021, n’a jamais réussi à s’imposer. Le verdict des urnes en 2023 fut sans appel : deux maigres communes remportées sur 201, aucune région sur 31.
Loin du tribun charismatique capable d’embraser les foules, Gbagbo peine désormais à mobiliser au-delà d’un cercle de fidèles vieillissants. Pis, les voix discordantes se multiplient : l’appel au “rassemblement” lancé à Bonoua en juillet 2024 est resté sans véritable écho, tandis que Simone Ehivet‑Gbagbo et Tidjane Thiam avancent main dans la main.

Une volte-face qui interpelle
Difficile de ne pas voir dans cette initiative un virage à 180 degrés. En août 2023, Gbagbo déclarait qu’il n’avait « pas vocation à rassembler l’opposition ». Moins d’un an plus tard, il se rêve chef d’orchestre d’une grande coalition citoyenne, appelant à l’union des “déguerpis”, des chômeurs, des précaires, des artistes, des enseignants, des paysans… tous marginalisés.
Sauf que ce glissement rhétorique s’opère sans réelle autocritique. Celui qui fustige les “dérives autocratiques” et la “vie chère” n’a toujours pas fait le bilan de ses années au pouvoir, ni de son management du Front populaire ivoirien, dont il a été évincé.
Il présente “Trop, c’est Trop !” non comme un parti, mais comme un “levier citoyen”.
Baroud d’honneur ou cheval de Troie ?
Le lancement du mouvement suscite la question : dernier acte politique avant le retrait, ou cheval de Troie pour la présidentielle de 2025 ? Rien n’est moins clair. Ce flou renforce l’image d’un Gbagbo enfermé dans ses contradictions, oscillant entre sage républicain et combattant revanchard.
MD
