Un nouveau président à la tête de la BAD face à une crise financière
L’exercice est difficile pour la Banque africaine de développement (BAD). Face au retrait de la contribution américaine, qui creuse un fossé déjà béant entre les besoins financiers de l’institution et ses ressources, la question se pose : quels pays membres non africains pourront compenser cette perte cruciale ?
Si les États-Unis, le Japon ou l’Allemagne figurent parmi les principaux actionnaires non africains, leur capacité ou volonté d’augmenter significativement leur soutien est limitée par leurs propres contraintes budgétaires et priorités géopolitiques. Dans ce contexte, les pays du monde arabe émergent comme des partenaires naturels, grâce à leur puissance financière croissante, leur proximité géographique et culturelle avec l’Afrique, ainsi que leur volonté stratégique d’investir massivement dans le développement du continent.
Sidi Ould Tah, un atout stratégique pour la BAD
Pour aller récolter ces fonds indispensables, la BAD dispose désormais d’un atout de poids : son nouveau président, Sidi Ould Tah. Ancien ministre des Finances mauritanien et président sortant de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), il cumule expérience, réseaux et légitimité dans les cercles financiers arabes et africains.
« Il tombe à pic, dans un contexte où les besoins de financement du continent africain ne cessent de croître et que les offres de financement traditionnelles se raréfient. Le nouveau président de la BAD doit impérativement trouver de nouveaux mécanismes pour mobiliser davantage de ressource », contextualise le professeur Séraphin Prao, enseignant d’économie à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.
Un contexte mondial instable et défavorable à l’Afrique
Le désengagement américain du Fonds africain de développement (FAD), principal guichet concessionnel de la BAD, survient alors que le continent fait face à des besoins colossaux : plus de 1 300 milliards de dollars seront nécessaires d’ici 2030 pour atteindre les Objectifs de développement durable, avec un déficit annuel en infrastructures estimé entre 68 et 108 milliards de dollars.
À cela s’ajoutent :
- la hausse des taux d’intérêt,
- la volatilité des marchés,
- les tensions géopolitiques,
- les chocs climatiques.
Ces facteurs rendent la mobilisation de capitaux pour l’Afrique encore plus difficile.
Un parcours solide et une vision claire
Un profil reconnu dans les cercles financiers arabes
Dans un contexte marqué par de tels enjeux, l’élection de Sidi Ould Tah intervient à point nommé. Fort de 35 ans d’expérience, il a transformé la BADEA, en :
- multipliant par quatre son capital,
- obtenant une notation AAA,
- diversifiant ses partenariats, notamment par des émissions obligataires internationales.
Son réseau s’étend des chefs d’État africains aux fonds souverains du Golfe. Polyglotte et habile négociateur, il a su bâtir des liens solides avec les bailleurs arabes et les marchés financiers internationaux.
« Ce sont des pays avec lesquels j’ai noué de fortes relations, et qui disposent d’immenses excédents de liquidités. Leurs fonds souverains brassent des milliers de milliards de dollars. Ils ont un fort intérêt pour l’Afrique mais ont besoin d’un partenaire comme la BAD pour atténuer le risque, réel ou supposé, associé au continent. »

Des financements alternatifs nécessaires pour l’Afrique
Des alliés arabes pourraient représenter des poches de financement alternatives, face au tarissement du soutien occidental. À ce propos, le spécialiste de l’économie souligne :
« Le profil de Sidi Ould Tah est particulièrement intéressant, compte tenu de ses liens solides avec le monde arabe, qu’il connaît très bien. Il l’a déjà démontré par sa gestion remarquable de la BADEA. L’enjeu est qu’il fasse encore plus et mieux avec la BAD, notamment pour mobiliser les financements auprès des pays du Golfe. Sur ce point, son profil se démarquait clairement des autres candidats. »
Un mandat crucial pour le développement de l’Afrique
L’urgence du financement africain n’a jamais été aussi grande. Les espoirs placés dans Sidi Ould Tah, le nouveau président de la BAD, sont énormes pour :
- surmonter la crise,
- attirer de nouveaux partenaires,
- permettre à la BAD de poursuivre son rôle moteur dans le développement du continent.
Son projet des « quatre points cardinaux » – mobiliser les capitaux, réformer l’architecture financière, valoriser le dividende démographique et industrialiser l’Afrique – réussira-t-il à orchestrer cette dynamique ?
Début de réponse le 1er septembre 2025, date marquant le début officiel de son mandat.
Charles Assagba
