Les ministres russe et ukrainien des Affaires étrangères se sont rencontrés jeudi pour la première fois depuis le début de la guerre, il y a deux semaines. La discussion qui s’est déroulée à Belek, la station balnéaire paradisiaque près d’Antalya, n’a débouché sur aucun résultat tangible mais représente un succès pour Ankara, qui espère voir Zelensky et Poutine négocier en Turquie. Les deux chefs de la diplomatie russe et ukrainienne se sont rencontrés en présence du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Même si la rencontre n’a pas donné un résultat positif, elle est considérée comme un succès pour la diplomatie turque qui appelle au cessez-le-feu en Ukraine.

Pour que cette réunion se concrétise, il aura fallu un intense effort diplomatique de la part d’Ankara. Le week-end dernier, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a renouvelé son appel au cessez-le-feu lors d’un entretien téléphonique d’une heure avec le chef du Kremlin, Vladimir Poutine et a surtout milité pour des « couloirs humanitaires » et pour la signature d’un accord de paix. Avant cet entretien, Recep Tayyip Erdogan avait parlé au téléphone avec le président ukrainien, Volodymyr Zelenskyy.
La Turquie, qui est membre de l’OTAN, entretient des liens étroits aussi bien avec l’Ukraine que la Russie. Ankara milite donc pour un règlement pacifique du conflit.
Ce qui pour le moment semble loin d’être acquis puisque les deux parties ne sont pas encore parvenus à se mettre d’accord sur un cessez-le-feu. Même si le président ukrainien s’est dit prêt à trouver un compromis sur le statut des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine lors d’un entretien accordé à la chaîne américaine de télévision ABC.
Enlisement. Sur le terrain purement militaire, l’invasion de l’Ukraine est semée d’embûches pour l’armée russe. Elle s’enlise. Elle doit composer avec la « raspoutitsa », un phénomène climatique qui gêne l’avancée des soldats et des véhicules blindés. Bien connue en Ukraine, en Russie et en Biélorussie, la « raspoutitsa » ou « le temps des mauvaises routes » désigne le dégel qui intervient au printemps, qui transforme les terrains plats gorgés des pluies de l’automne en véritables piscines de boue.
Les difficultés des troupes russes à avancer sur ces terrains boueux semblent se concentrer à l’est et au nord de l’Ukraine. Selon les experts militaires, ce phénomène climatique expliquerait en partie la progression erratique vers Kiev de l’immense colonne de blindés russes aperçue sur les images satellites.
Selon le général Dominique Trinquand interrogé par France 24, Vladimir Poutine aurait lancé son offensive fin février dans l’espoir de faire tomber le pouvoir ukrainien en quelques jours et d’éviter le dégel, synonyme d’entrave à l’avancée des troupes.
« Cependant, le ‘Blitzkrieg’ [guerre éclair] initial n’a pas fonctionné. Aujourd’hui, les opérations se heurtent à une défense ukrainienne extrêmement efficace et la ‘raspoutitsa’ gêne considérablement la manœuvre des troupes russes », explique l’expert en stratégie militaire.
Incapables d’évoluer sur les terrains boueux, les véhicules russes sont contraints de progresser en colonne sur des axes routiers. Or en cas d’attaque ou de problèmes de ravitaillement, nombreux depuis le début de l’offensive russe, c’est toute la colonne qui doit s’immobiliser, la rendant vulnérable aux attaques de drones et de lance-roquettes Javelin.
Selon un bilan du Pentagone dévoilé mardi, entre 2 000 et 4 000 soldats russes auraient perdu la vie depuis le début de l’offensive et plusieurs centaines de véhicules auraient été détruits ou saisis par les Ukrainiens.
Devant le coût exorbitant de la guerre, le Kremlin pourrait donc être amené à négocier sans avoir pris la capitale. Lors d’une conférence de presse, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a déclaré mercredi que la Russie ne cherchait pas à « renverser le gouvernement » ukrainien. Un changement de ton notable après plusieurs semaines de menaces proférées à l’encontre de Volodymyr Zelensky et »sa clique de drogués et de néonazis ».
Bakayoko Youssouf
