Koffi Oumar : « les fonctionnaires se soignent mieux qu’avant »

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 342 vues

Oumar Koffi est le secrétaire général du Syndicat national des infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat de Côte d’Ivoire. Il travaille à la direction générale de la Couverture maladie universelle (CMU). Dans cet entretien, l’expert revient sur la cohabitation entre la CMU et la Mutuelle générale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (MUGEFCI).

 Plusieurs années après, l’arrimage CMU-MUGEFCI permet-il aux fonctionnaires de mieux se soigner  ?

C’est un mariage qui a permis aux fonctionnaires de mieux se soigner aujourd’hui qu’avant. 70% des médicaments sont pris en charge par la MUGEFCI, avec plus 4000 dénomination commerciales. Les consultations, les examens paracliniques, les hospitalisations, les chirurgies, également. En clair, l’arrimage est avantageux pour le fonctionnaire qui se soigne dans le public. Avant la MUGEFCI ne permettait que l’achat des médicaments. Aujourd’hui plusieurs pharmacies sont agrées par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et servent leurs médicaments distribués par les grossistes.

Y a-t-il des inconvénients dans cet arrimage ?

L’arrimage permet à la MUGEFCI de continuer à exister sous sa forme actuelle. Car seule la CNAM est autorisée à effectuer les prélèvements systématiques sur les salaires à la source. L’arrimage permet de bénéficier du panier de soins de la CMU sans faire de cotisation supplémentaire. Seul 3% du salaire indiciaire avec un plafond de 7.000 F est exigé aux fonctionnaires pour les deux couvertures. A ce jour, les uniques inconvénients sont la réduction des avoirs de la MUGEFCI, la non activation des cartes CNAM pour plusieurs fonctionnaires. Et l’absence de déploiement de la CMU en clinique privée.

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Les ivoiriens estiment que le panier de soins qu’offre la CMU n’est pas suffisant pour assurer des soins de qualité dans les hôpitaux. Partagez-vous cela?

Le panier de soins est différent de la qualité des soins. La CMU a commencé avec moins de pathologies, moins de dénominations communes internationales de substances vénéneuses pour les médicaments. Mais aujourd’hui la tendance est à la croissance de ces deux éléments. Le panier de soins de la CMU est en constante augmentation. La politique de la CMU a pour finalité la qualité des soins. Cependant cette qualité des soins ne vient pas de la CNAM, mais plutôt des hôpitaux, à travers leurs équipements, les prestataires de soins (médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, etc.) et le management des structures sanitaires.

Le gouvernement a mis en place la politique de couverture maladie universelle à travers la création de la CNAM, pour casser la barrière financière. Puis, il a mis à niveaux le plateau technique des hôpitaux existants et construit de nouveaux hôpitaux équipés de matériels de dernière génération. Cela,  pour rapprocher les structures sanitaires des populations. Et enfin, il a recruté des spécialistes qui travaillent dans les coins les plus reculés du pays. Voici les éléments qui vont entraîner la qualité des soins. Aujourd’hui ce sont les prestataires de soins qui doivent être la prunelle des yeux des décideurs publics, afin qu’ils appliquent correctement les directives éditées par la DG CMU, en collaboration avec la CNAM.

Que faut-il faire dans ce cas pour améliorer la situation?

La situation s’améliore au fur et à mesure. Bientôt la base de la pyramide sanitaire (les soins de santé primaires) sera l’objet de prise en charge des assurés CNAM avec un taux modérateur nul (zéro franc contre 30%)  pour les détenteurs de carte ou de récépissé. Cela concernera les premiers soins dans les établissements de premiers contacts tels que les dispensaires ruraux, les maternités ruraux, centres de santé ruraux et les centres de santé urbains.

Avec la CMU, il faut obligatoirement d’autres assurances pour mieux se soigner. Etait-ce cela le but?

Non. La CMU ouvre le droit à l’assuré CNAM d’avoir deux assurances complémentaires qui vont l’aider à payer son ticket modérateur. Sachez que le ticket modérateur peut être difficile à honorer. 30% peut correspondre à 100.000 FCFA voire 500.000 F. Cette disposition contribue à aider les assurés dans le paiement de leur ticket modérateur.

Peut-on valablement se soigner en ne cotisant que 1.000 F CFA?

Oui, cela est plus que possible. Car c’est une politique de distribution de la richesse nationale. Ce ne sont pas les cotisations seulement. C’est le régime de base qui est contributif. Mais il y a également le régime d’assistance médicale qui est non contributif.

Dix ans que la CMU est lancée, a-t-elle atteint selon vous sa vitesse de croisière?

Oui, la CMU a atteint sa vitesse de croisière. Plus de la moitié de la population a été enrôlée (environ 18 millions) et 8 millions de cartes produites dont 2 millions non retirées. Il faut ajouter à cela ce qui précède. Nous pouvons affirmer que le panier de soins est plein.

On a beaucoup pointé du doigt la réforme hospitalière qui n’était pas encore appliquée et aussi le plateau technique défaillant. Aujourd’hui, ces problèmes constituent-ils encore un frein à la CMU?

Tout à fait, car seuls les CHU (niveau 3 de la pyramide sanitaire) ont commencé à appliquer la réforme hospitalière. Nous attendons que les autres structures se mettent au même niveau.

Entretien réalisé par Raphaël Tanoh

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