Maurice Kakou Guikahué et Narcisse N’Dri ont été libérés le mardi 19 janvier mais placés sous contrôle judiciaire. Des sources bien introduites indiquent que la mise en liberté du secrétaire exécutif du Pdci et du directeur de cabinet d’Henri Konan Bédié a été l’objet d’un marchandage – un tantinet sordide – d’un ancien parti au pouvoir qui s’accroche à toutes les branches pour sortir ses cadres de prison après l’épisode du conseil national de transition.
L’on en apprend un peu plus précisément sur les termes du marchandage : Paraphe et signature du dialogue politique contre prononcé de liberté provisoire.
Vous avez bien lu : le parti de Henri Konan Bédié a mis dans la balance la libération de ses cadres contre la signature du rapport qui a sanctionné la troisième phase du dialogue politique avec les partis politiques et les organisations de la société civile du 21 au 29 décembre 2020 à Abidjan.
A l’issue de ces échanges, qui se sont déroulés dans une ambiance pourtant détendue, l’opposition avait contre toute attente différé la signature du rapport final, dans l’attente «des éclaircissements» sur certains points. En réalité, les éclaircissements en question pour le Pdci consistaient à «pousser» pour obtenir la libération de Maurice Kakou Guikahué, le numéro deux du parti ainsi que de Narcisse Ndri , le directeur de cabinet du président du Pdci, mis tous les deux aux arrêts le 3 novembre 2020, en échange de la signature de ce document. Chantage ? Manœuvres politiciennes ? Les Ivoiriens jugeront.
Pendant deux semaines, ils n’ont cessé de pousser le bouchon, de tirer sur la corde pour contraindre le gouvernement. Au sein du cabinet du Premier ministre Hamed Bakayoko, on avait du mal à dissimuler son agacement. D’autant plus que la troisième phase du dialogue politique avec les partis politiques et les organisations de la société civile avait été engagée par le chef du gouvernement, conformément aux instructions du Président Alassane Ouattara, pour apaiser le climat politique. On comprend dès lors que tôt ou tard, ces proches collaborateurs d’Henri Konan Bédié, interpellés à sa résidence à Abidjan Cocody, le mardi 3 novembre 2020, recouvriraient, sans extinction des procédures, la liberté. Question de temps.
Une fois le principe de ces libérations acquis avec le gouvernement, le Pdci avait une nouvelle exigence : Signer le communiqué final du dialogue politique en catimini. Mais, toujours selon nos sources, le pouvoir a opposé un niet catégorique. Pas de contrat d’arrière boutique. Les paraphes et les signatures se feraient face à la nation, devant les cameras. Comme pour les deux séquences précédentes du dialogue politique. L’opposition a dû s’y plier. Ainsi le vendredi 15 janvier 2021 à Abidjan, en présence du Directeur de Cabinet du ministre de l’Intérieur et de la sécurité, Benjamin Effoli, le Pdci et le groupement Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), proche de Laurent Gbagbo, ont paraphé et signé le rapport final des discussions résultant du dialogue politique avec le gouvernement. «Aujourd’hui, nous pensons qu’il est temps et opportun de venir signer ce rapport parce que, bientôt, la situation sociopolitique va connaître des mesures d’apaisement», avait déclaré Niamkey Koffi, le Secrétaire exécutif par intérim du Pdci. C’était tout dire.
Bakayoko Youssouf
