Installés au palais de Koulouba suite au coup de force du 18 août 2020, les putschistes emmenés par Assimi Goita sont à la croisée des chemins. Sur la table de la junte au pouvoir, deux dossiers brûlants : la date de la tenue des élections selon le calendrier prescrit par la Cedeao et l’accord militaire avec la firme russe Wagner.
Bamako et Niamey se chamaillent
Sur les ondes de RFI, le 17 septembre, Hassoumi Massaoudou, le ministre des Affaires étrangères du Niger mettait les pieds dans le plat. D’abord, sur la tenue des élections aux dates indiquées. «En ce qui concerne le Mali, il y a un renforcement de la volonté de mettre ces militaires-là au ban de la société. Nous considérons que l’évolution actuelle de la situation au Mali ne préjuge rien de bon, parce qu’ils marquent leur volonté, lorsqu’ils disent que les élections ne sont pas leur priorité. Pour la Cedeao, et cela a été réaffirmé : les élections, c’est notre priorité. En février 2022, les élections doivent avoir lieu, sinon nous allons associer l’ensemble de la communauté internationale aux sanctions contre les militaires maliens. Donc, nous exigeons une feuille de route claire pour qu’on aille aux élections», avait précisé le chef de la diplomatie nigérienne, dans la foulée du sommet extraordinaire de la Cedeao qui s’est tenu jeudi 16 septembre à Accra.
A Bamako, le message est mal perçu. Dans un communiqué en date de ce lundi 20 septembre, la transition ‘‘s’interroge sur les motivations réelles de cette sortie’’ de Niamey et ‘’s’interroge à quel titre son ministre s’érige en porte-parole de l’organisation dont les décisions et recommandations sont clairement énoncées dans le communiqué final du sommet, dans la mesure où le Niger n’assume pas la présidence en exercice de la Cedeao’’.
Tout en clouant au pilori ‘’ces propos inacceptables, inamicaux et condescendants’’, les dirigeants de la transition malienne ont clairement dit qu’ils ne respecteraient pas l’agenda de la Cedeao. «Il n’y aura pas d’élections sans les réformes. Lorsqu’on arrivait à la primature, 9 mois avaient déjà été épuisés dans le délai de 18 mois accordé aux autorités de la transition afin d’organiser l’élection présidentielle et passer le flambeau à un pouvoir démocratiquement élu. (…) Rien ne justifie de se précipiter à faire des élections sans refondation. (…) Aucune intimidation de la part de la classe politique qui nous a mis dans ce chaos à cause de sa mauvaise gestion et par-delà la Cedeao et la communauté international ne nous fera dévier de notre trajectoire», a souligné le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, ce 17 septembre, suite à une rencontre avec un mouvement de jeunesse.
Le dossier Wagner
L’autre pan des propos du ministre nigérien qui a fait sortir la junte de ses gonds était relatif à l’accord avec la firme russe Wagner.
«Deuxièmement, nous n’acceptons pas que, dans notre sous-région, des mercenaires viennent s’impliquer, viennent dégrader davantage encore la situation sécuritaire. Donc, par conséquent, la Cedeao condamne cette velléité de vouloir signer un accord avec cette société Wagner de mercenaires russes. Cela est très clair. Donc, là aussi, on tire la sonnette d’alarme. Nous ne pouvons pas accepter que les militaires maliens nous amènent un autre élément hétérogène constitué de mercenaires étrangers dans notre zone. Donc, la Cedeao tient à ce que des mercenaires russes ne soient pas dans notre région pour dégrader davantage la situation sécuritaire», martelait Hassoumi Massaoudou au micro de Christophe Boisbouvier.
Au créneau, les réponses maliennes se sont étendues à la question. ‘’S’agissant de la volonté prêtée aux autorités maliennes d’engager des mercenaires, le gouvernement de la République du Mali s’étonne et s’interroge sur ces allégations basées uniquement sur des rumeurs et des articles de presse commandités s’inscrivant dans le cadre d’une campagne de dénigrement de notre pays et de diabolisation de ses dirigeants», fait remarquer le communiqué.
La France a dépêché Florence Parly, la ministre des Armées qui a pris langue ce lundi avec son homologue malien, Sadio Camara ‘’afin de parvenir à clarifier la position des autorités maliennes et de réitérer des messages’’. Les Français demeurent toutefois droits dans leurs bottes : « On ne va pas pouvoir cohabiter avec des mercenaires », a-t-elle signifié relativement à la société paramilitaire Russe. Alors que la transition déclare qu’elle ‘’ne permettra à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il doit solliciter ou pas’’, les conclusions de cette rencontre entre ces deux acteurs manifestement aux antipodes sont attendues.
Charles Assagba
