Marius Comoé : « 3 000 entreprises ne font pas certifier leurs produits »

par NORDSUD
109 vues

Marius Comoé est le président du Conseil national des organisations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Cnoc-CI).

La police a saisi plusieurs tonnes de laits frelatés il y a quelques jours. Ce n’est pas la première saisie du genre, d’où l’inquiétude des Ivoiriens sur la nature des produits qui entrent dans le pays. En tant que leader des consommateurs, direz-vous qu’on doit s’inquiéter ?

En tant que leader du mouvement consumériste en Côte d’Ivoire, je peux vous informer que le pays fait environ 22 000 milliards de FCFA d’importation de produits chaque année. Mais en dehors de cela, le marché est inondé par une floraison de produits douteux. Les quantités qu’on arrive à saisir sont infimes par rapport à celles qui sont sur nos étals, dans les boutiques, etc.

Comment, selon vous, ces produits dangereux arrivent-ils à franchir le contrôle ?

Nos frontières sont très poreuses. En dehors des circuits officiels, il y a des marchés parallèles, méconnus de nos autorités. Seuls les contrebandiers les connaissent. Mais ce n’est pas seulement en Côte d’Ivoire que ce problème existe. C’est partout.

Une fois sur le sol ivoirien, pourquoi n’arrive-t-on pas différencier ces produits des vrais ?

Il faut dire que l’appareil de contrôle souffre d’un manque de ressources. Les directions départementales du commerce travaillent souvent avec 12 personnes. Comment ces agents peuvent-ils contrôler tout un département ? Ce sont des milliers de boutiques à vérifier. C’est impossible.

Que dire aux consommateurs pour identifier ces faux produits ?

Beaucoup de produits portent la marque de Côte d’Ivoire normalisation (Codinorm). Pour le Consommateur, il suffit de vérifier si ce qu’il achète est estampillé Codinorm. Hélas, la normalisation ne touche pas de nombreux produits. Près de 3 000 entreprises ne font pas certifier leurs produits par Codinorm. C’est un dysfonctionnement qui fait qu’il est difficile de vérifier la qualité d’un produit en Côte d’Ivoire.

Quelle est la conséquence sur le vécu des Ivoiriens ?

Ce sont tous les secteurs qui sont touchés. Dans la construction, le fer n’est pas parfois de bonne qualité. Pareil pour le ciment. Sur 15 entreprises de cimenterie qui vendent leurs produits dans le pays, seules 7 sont reconnus par Codinorm. Les pharmacies sont également touchées. Avec l’existence de circuits parallèles, tous les médicaments ne sont pas certifiés. Ce qui pose un problème de santé publique.

Comment lutter alors contre les produits contrefaits ?  

Il existe une loi obligeant les structures à faire authentifier leurs produits avant de les mettre sur le marché. Mais elle n’est pas respectée. Codinorm n’a pas de pouvoir de coercition. C’est à l’Etat de durcir la répression. Beaucoup de services doivent converger leurs efforts.

Entretien réalisé par Georges Dagou

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite