Incapacité à trouver un consensus autour de son futur Chef; les décisions du président intérimaire contestées ; des erreurs dans le processus électoral du congrès électif ; une poignée de militants mécontents, qui arrivent à suspendre à eux seuls le congrès le jour même de l’évènement, sans que personne n’ait vu cela venir ; des cadres qui s’accusent par presses interposées, etc. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) ne s’est jamais senti aussi fragile. Alors que son bureau politique vient de calmer le jeu, lors d’une rencontre ce mardi avec ses différents cadres, on est en droit de se demander si le congrès remis à ce vendredi à Yamoussoukro, suffira à dissiper les doutes.
En effet, les erreurs successives commises coup sur coup, depuis le décès d’Henri Konan Bédié, interrogent. La maison pâtit-elle déjà de la retraite définitive du Sphinx de Daoukro ? Pour le politologue Kuyo Landry, c’est le mal qui a frappé le Front populaire ivoirien (FPI) et qui menace tous les grands partis politiques du pays. « Bédié aurait dû préparer sa succession, mais il ne l’a pas fait. Parce qu’en pays Akan, tant que le chef est là, c’est lui qui commande jusqu’à sa mort », explique-t-il. L’autre erreur que le parti a commise, à l’entendre, c’est d’avoir confié l’intérim du parti au cadre le plus âgé qui était encore en capacité d’exercer. En l’occurrence, c’est Philippe Cowppli-Bony. « Que fait-on du charisme et du management ?», souligne-t-il.
Cacophonie
Cette cacophonie, pour M. Kuyo, ne s’est pas produite en 1993 lorsque le vieux est mort. Henri Konan Bédié était là pour prendre les rênes du parti. Et il a su réunir tout le monde autour de sa vision. Mais à son tour, Bédié laisse un vide derrière lui. Ce qui explique, selon lui, la confusion qui a régnée un moment dans la maison et qui ne s’est pas encore dissipée, malgré les assurances de certains élus. Parce qu’au Pdci, aujourd’hui, tout le monde a le sentiment d’être l’égal de tout le monde, à cause de la qualité des cadres.
« À la vérité, le Pdci est confronté à deux phénomènes. Un phénomène conjecturel, avec une autorité politique défaillante ; et un phénomène structurel, qui est le respect des textes. Pour éviter que le parti soit mis sous tutelle, au cas où personne n’est élu président, à la fin du mandat de Cowppli-Bony, on a voulu précipiter les choses, à tort », indique le politologue. Ce qui a conduit à une série d’erreurs. « Concernant les candidatures à la présidence, c’est le congrès qui devrait les valider. Sauf que les candidats ont affirmé, les uns après les autres, qu’ils ont été exclus, ou qu’ils se sont retirés, sans que nous ayons vu une trace écrite de cela. On se rend compte que les dirigeants intérimaires ont du mal à conduire le processus. La preuve est que Maurice Kacou Guikahué dit qu’il a été éliminé et le président intérimaire répond que personne n’a été exclu », ajoute-t-il. De plus, la suspension du congrès aurait pu être évitée, pour Landry Kuyo. Deux membres du parti ont saisi la justice pour des erreurs sur la liste et le référé a été prononcé par défaut. Ce qui veut dire que les avocats du Pdci n’étaient pas représentés au débat. Pourquoi ? Il n’y avait pas de permanence juridique au sein du parti. C’est étonnant pour un parti politique de cette qualité », indique le politologue. Mais, au fond, à l’entendre, la suspension du congrès a été une belle manouvre. Parce qu’elle a permis de forcer la main aux dirigeants qui ne voulaient rien entendre, afin qu’ils revoient leur copie. Mais, au terme du congrès du 22 décembre, il faudra encore œuvrer à réunir les cadres autour du futur présent. Une union sincère.
Georges Dagou
