Un parti sans candidat officiel à l’approche de la présidentielle
A six mois de la prochaine présidentielle ivoirienne, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire, l’une des principales forces politiques du pays, se retrouve sans candidat officiel. La conséquence d’un casting inopérant, depuis le décès d’Henri Konan Bédié.
Près de deux ans après la disparition de son deuxième président légendaire, tout est à refaire pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). C’est que, à six mois du prochain scrutin présidentiel, l’ancien parti unique n’a plus de candidat officiel pour le représenter. Tidjane Thiam, plébiscité à la tête de cette formation politique et présenté comme le cheval gagnant, se retrouve sur la touche.
Radiation de Tidjane Thiam : la justice s’en mêle
Ce mardi 21 avril 2025, la justice ivoirienne, sur saisine de citoyens ivoiriens, dans le cadre du contentieux de la liste électorale, a prononcé la radiation de l’ancien ministre du Plan et du développement. Alors que la loi en Côte d’Ivoire proscrit la double nationalité, le successeur d’Henri Konan Bédié, s’était prévalu depuis longtemps, de la nationalité française. Ses partisans ont beau expliquer qu’il a acquis cette nationalité française par filiation, cet argument se trouve en totale incohérence avec les ambitions de l’ancien patron du Crédit Suisse.
Des ambitions anciennes, une régularisation tardive
C’est en effet, au moins à la disparition de l’ex-chef de l’Etat, le 1er août 2023, que son ancien ministre, a commencé à nourrir des appétits pour le fauteuil présidentiel. Ceux qui suivent bien l’actualité en Côte d’Ivoire, savent que l’intérêt de Tidjane Thiam pour la fonction suprême en Côte d’Ivoire, remonte à plus que cela et se situe aux alentour de 2020, où il a activement renoué le contact avec son prédécesseur à la tête du PDCI.
Une stratégie d’évitement aux conséquences politiques
Toutefois, aussi curieux que cela puisse paraître, le fils de l’ancien ministre de la Communication de Félix Houphouët-Boigny, n’a pas jugé utile, sinon urgent de se conformer aux dispositions en vigueur dans son pays, en renonçant à sa nationalité française. Pourtant, des exemples de leaders politiques africains, dont la candidature aux élections dans leurs pays, a été invalidée pour double ou absence de nationalité, sont légion. Au nombre des derniers cas, en la matière, l’on peut évoquer la disqualification de Karim Wade au Sénégal, qui voulait candidater lors de la présidentielle de l’année dernière.
Un jeu trouble de calculs personnels
Dans son cas, Tidjane Thiam a attendu tranquillement, l’année 2025, sous la pression de l’opinion publique nationale, pour engager la procédure de renonciation à la nationalité française. Etait-ce une stratégie de provocation pour voir jusqu’où iraient les institutions ivoiriennes le concernant ? Cela est bien possible. Mais, en réalité, cette posture cache mal en réalité le jeu d’intérêts auxquels est habitué le frère cadet du gouverneur du district de Yamoussoukro.
Il a toujours mis en avant ses propres intérêts, avant ceux de son pays ou de sa famille politique. C’est ce qui explique, la possibilité évoquée en juillet 2020 par Jeune Afrique de son entrée dans le gouvernement français, démarché qu’il avait été par Emmanuel Macron. C’est aussi ce qui justifie sa très longue absence de la Côte d’Ivoire, qu’il a quittée, suite au coup d’Etat de décembre 1999, qui a renversé le pouvoir d’Henri Konan Bédié, dont il était l’un des jeunes ministres. Alors qu’il aurait pu valablement servir son pays, il a préféré les meilleurs salaires de grands groupes financiers ou bancaires.
Une élection contestée dès le départ
Revenu dare-dare en Côte d’Ivoire après la disparition de l’ancien président de l’Assemblée nationale, il a été porté à la tête du PDCI, quand bien même il ne remplissait pas forcément toutes les conditions, notamment d’appartenance aux organes de l’ancien parti unique. Ce qu’avaient dénoncé en son temps, Jean-Louis Billon et Thierry Tanoh. « Aujourd’hui, grande est notre déception de constater l’opacité dans laquelle est conduit le processus électoral devant aboutir à l’élection du nouveau Président du PDCI-RDA. Quelle crédibilité et légitimité aura un Président élu dans de telles conditions ? », s’étaient interrogés à juste titre les deux anciens ministres.
Le verdict à venir : un tournant pour le parti
Ce sont justement les tours de passe-passe mis en œuvre pour le porter à la présidence du PDCI qui rattrapent aujourd’hui et Tidjane Thiam, avec lui, cet appareil politique, qui court le risque de se retrouver sous administration provisoire, l’élection du 23 décembre 2023, pouvant désormais être invalidée. Le verdict relatif à la plainte déposée contre M. Thiam devant le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, sera rendu le 8 mai prochain. A cette date, la justice dira si l’ancien directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement remplissait la condition de nationalité requise, au moins, pour son élection à la présidence du PDCI.
D’ici là, l’ancien parti unique, doit sérieusement songer à se trouver un nouveau et un autre candidat, qui remplissent les conditions définies par les textes internes du PDCI et les lois de la République.
Marc Dossa
