La décision de la justice ivoirienne du 21 avril 2025, qui a radié Tidjane Thiam de la liste électorale, a plongé le PDCI dans une crise, à six mois de la présidentielle prévue en octobre 2025. L’ancien ministre du Plan et du développement, candidat désigné du parti, perd ainsi son statut d’électeur, annulant toute possibilité pour lui de se présenter.
Ce n’est pas au chef de l’État de décider
Réagissant à cette décision, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a rappelé lors du conseil des ministres de ce 23 avril l’importance de respecter le verdict des autorités judiciaires. « La justice a rendu une décision sur la base de l’article 48, qui n’est pas à sa première application dans notre pays. Je veux inviter tout le monde à respecter cette décision de justice. C’est une décision de justice qui peut avoir des conséquences sur les élections, mais c’est avant tout une décision de justice », a déclaré le ministre de la Communication.
Interpellé sur une possible intervention du président Ouattara pour réintégrer Tidjane Thiam dans le jeu électoral, le ministre a précisé que cela n’est pas possible, au nom de la séparation des pouvoirs. « Ce n’est pas au chef de l’État de décider qui va aux élections et qui ne va pas », a indiqué le porte-parole du gouvernement.
À ceux qui y voient une manœuvre orchestrée par l’exécutif pour éliminer un concurrent sérieux, Amadou Coulibaly rétorque que : « c’est facile de voir la main de l’État partout, mais le chef de l’État est en train de construire un État de droit. Je ne veux pas faire de comparaison, mais en France, la candidate d’un parti dont tout le monde a vu le score aux récentes législatives a été frappée d’inéligibilité. Je ne crois pas que le citoyen français y ait vu la main de l’État. »
Le Conseil constitutionnel, seul juge
Amadou Coulibaly a également souligné que les candidats doivent respecter les règles et que la décision finale appartient au Conseil constitutionnel. « Tous les candidats qui remplissent les conditions peuvent déposer leurs candidatures, et le Conseil constitutionnel va décider », a-t-il argumenté.
Tout en réaffirmant l’engagement du président Ouattara pour des élections transparentes, Amadou Coulibaly a rappelé que le respect des décisions judiciaires est un principe fondamental, soulignant qu’aucun « arrangement politique » ne doit déroger aux textes en vigueur. « Quand vous regardez d’où nous venons, avec toutes les violations régulières de nos textes que nous avons connues depuis les années 1995, il était important de revenir aux fondamentaux d’un État de droit, qui est basé sur le respect des textes. Je ne vois pas où le gouvernement intervient. Nous devons respecter la loi, et il est important que nos institutions fonctionnent correctement », a expliqué Amadou Coulibaly.
Dialoguer, pour quoi faire ?
Pour le porte-parole du gouvernement, le dialogue requis par l’opposition est inopportun dans les circonstances actuelles. « Lors du dernier dialogue politique, on a convenu que nos institutions fonctionnent et que pour les questions qui relèvent de celles-ci, il fallait s’adresser à elles. Je ne vois pas la nécessité d’un dialogue politique, si ce n’est pour aller vers des arrangements qui ne sont pas conformes aux textes. Dialogue pour quoi ? Une nouvelle révision de la liste électorale ? C’est de façon consensuelle que la CEI a décidé d’enrôler les jeunes de 17 ans pour qu’à leurs 18 ans révolus, ils soient sur la liste. Une loi a été prise pour lui permettre d’être membre de la CEI. Dialogue, pourquoi, si ce n’est pour demander des arrangements ? Il faut que nous respections la loi », a-t-il répondu.
Le désordre ne sera pas toléré
Cette position s’inscrit dans un cadre où le gouvernement cherche à éviter tout débordement politique, insistant sur la stabilité du processus électoral. « Le désordre ne sera pas toléré. Ce n’est pas une menace, mais un conseil. »
Charles Assagba
