Le Produit intérieur brut (PIB), qui mesure l’ensemble des richesses produites chaque année dans un pays, change désormais de visage en Côte d’Ivoire. Le gouvernement a annoncé un « rebasage », c’est-à-dire un changement de l’année de référence servant de base au calcul du PIB. Jusqu’ici, c’est la base de 1996 (19 595 milliards FCFA) qui était utilisée. Elle est désormais remplacée par l’année 2015 (27 086 milliards). Résultat ? Une hausse de 32 % du PIB, attribuable notamment à l’intégration de nouvelles activités économiques telles que la prostitution (239,9 milliards F CFA), la consommation de drogue (385 milliards F CFA) et les importations de drogue (158,3 milliards F CFA), selon un document de l’Agence nationale de la statistique publié en mars 2020.
Ce rebasage s’inscrit dans l’adoption des normes du système de comptabilité nationale des Nations unies (SCN 2008), en remplacement du système de 1993. Concrètement, le passage à ce nouveau cadre méthodologique élargit le champ des activités prises en compte. Ainsi la Côte d’Ivoire passe de 44 à 48 branches, de 111 à 135 sous-branches et de 273 à 337 produits. En effet, outre la drogue et la prostitution, plusieurs autres secteurs auparavant non comptabilisés viennent désormais enrichir les statistiques.
Face aux interrogations suscitées par ce choix, le gouvernement a apporté des clarifications. « Ce sont des normes internationales. Ce n’est pas la Côte d’Ivoire qui définit les règles de calcul. Notre rôle a été d’actualiser les méthodes, car cela faisait vingt ans que la Côte d’Ivoire ne l’avait pas fait », a expliqué le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, en marge du conseil des ministres du 17 septembre.
À ceux qui s’étonnent de voir apparaître dans les comptes nationaux des activités condamnées par la législation ivoirienne, il a apporté une précision de fond. « Certains secteurs peuvent être considérés comme illégaux ici, quoiqu’en ce qui concerne la prostitution, certains pays l’ont légalisée. Pour la drogue, certains produits sont autorisés ailleurs. Vous comprenez donc que dans les normes internationales, ces secteurs soient pris en compte dans le calcul du PIB. Cela permet d’actualiser le PIB et de le rendre conforme à la réalité. Ce n’est pas la Côte d’Ivoire qui, de façon unilatérale, a décidé d’introduire ces normes, nous avons juste actualisé les méthodes », a indiqué le ministre de la Communication.
Si à l’international, certains pays ont préféré ne pas intégrer la prostitution ou la drogue dans leurs comptes nationaux, Abidjan a fait le choix d’adapter ses statistiques économiques aux standards globaux pour refléter fidèlement la réalité économique. Une approche qui, au-delà de l’incompréhension suscitée, des sensibilités morales qui y voient un quitus à l’immoralité, traduit la volonté la Côte d’Ivoire de s’inscrire dans les nouvelles règles méthodologiques de calculs du PIB. Ce, quitte à faire entrer dans ses calculs ce que la loi, elle, continue de proscrire.
Charles Assagba
