Dernière ligne droite pour la présidentielle de 2025. En ordre de bataille, le leader du Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI) a fait une sortie ce week-end, pour plaider sa cause.
C’est la bataille en 2025 pour l’ancien numéro 1 ivoirien, Laurent Gbagbo : s’inscrire sur la liste électorale. Ce week-end, dans un discours d’orientation tenu devant le comité central, le fils de Mama a non seulement reconnu que ce combat reste « le plus difficile », mais aussi que son issue ne dépendra pas lui. Un aveu d’impuissance souligné par l’évocation de la candidature du Chef de l’Etat Alassane Ouattara, pour les scrutins de 2010, dans laquelle il dit avoir agi favorablement afin qu’il soit éligible. Laurent Gbagbo n’hésite pas également à rappeler comment l’ex-président de la République sud africain, Thabo Mbéki et lui se sont arrangés pour que Ouattara participe aux élections. Employant le mot « sacrifice » à son sujet, il s’attend donc à un retour d’ascenseur de la part du Chef de l’Etat.
Malaise
Le Woody de Mama va plus loin : l’Organisation des nations unis (ONU) a écrit aux autorités ivoiriennes pour sa réintégration sur la liste électorale. En pleine plaidoirie pour sa cause, Laurent Gbagbo jette pourtant un malaise dans l’assemblée. La foule murmure, gênée, lorsque l’orateur lance : « Ils vont nous expliquer les mesures que j’ai prises, qui allaient contre les boubous ». L’épisode des charniers de Yopougon, de la crise militaro-politique, la crise poste-électorale de 2010, etc., occupent l’essentiel de son discours. Et entre deux applaudissements, le public marque sa réserve. « Pendant que nous, on préparait les élections, eux, ils préparaient la fraude (…) Ils préparaient la guerre aussi (…) Nous ne sommes pas des silencieux (…)», martèle le président du PPA-CI. Avant de tempérer: « Mais ça, c’est du passé ». Du passé ? D’après le politologue, Landry Kuyo, le discours de Seplou doit évoluer. Il n’a pas su s’adapter, au dire de l’expert, et reste sclérosé dans un passé qu’aucun Ivoirien ne souhaite revivre. Pas de véritable projet de développement, seulement des rappels constants et parfois rébarbatifs de ce qu’on lui a fait. Ce sont là, les attributs d’un homme qui ne désire que se venger, si on lui en donne l’occasion.
Loi d’amnistie
Condamné à 20 ans fermes dans l’affaire du braquage de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) intervenu en 2003, Laurent Gbagbo ne peut intégrer légalement la liste électorale que de deux manières. D’abord, compter sur un esprit de réconciliation du président de la République Alassane Ouattara. Dans ce cas, selon Kuyo, Ouattara devra accepter de porter un projet de loi d’amnistie qui passera au parlement, à l’effet de décharger Gbagbo de sa condamnation. L’ex-Chef de l’Etat peut aussi compter sur le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-RDA). « Si le Pdci est vraiment son allié, alors Laurent Gbagbo doit se rapprocher de lui et lui demander de porter le projet de loi d’amnistie pour être à nouveau éligible», note le politologue. Même si cela venait à se produire, malgré l’incompatibilité flagrante entre les deux formations politiques, ce n’est pas gagné. Car, l’opposition est minoritaire à l’Hémicycle.
Georges Dagou
