Saison des pluies : la gestion des quartiers précaires à Abidjan interroge

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 396 vues

Depuis des décennies, la pluie tue en Côte d’Ivoire. La solution à cette situation pourrait résider dans une nouvelle politique de gestion des sites à risques, notamment dans les quartiers précaires à Abidjan.

Une urbanisation incontrôlée au cœur de la précarité

200 quartiers précaires pour une superficie de plus de 8 000 ha. 17 % de la surface urbanisée ! 1,9 million d’habitants ! 500 000 ménages.

C’est ce qu’annonce le Système intégré de gestion du foncier urbain (SIGFU), concernant le district autonome d’Abidjan. Une réalité qui concerne un peu plus du tiers de la population abidjanaise estimée à environ 7 millions. Le constat est donc amer : avec le temps, la précarité urbaine à Abidjan va en grandissant.

« La Côte d’Ivoire a mené plus d’opérations de déguerpissement durant ces dix dernières années qu’à aucune autre période de son histoire. Mais cela n’a rien changé en termes de bilan, pendant la saison des pluies. Il y a toujours autant de morts et d’inondations »,
Gaoussou Drabo, ex-responsable de la coordination des mesures d’assainissement à Mossikro

Les échecs répétés des déguerpissements

Depuis 2012, avec le Plan organisation de secours (Orsec), chaque opération de déguerpissement s’est accompagnée de comités de suivi, avec des résultats mitigés. Mossikro, Banco, Abobo-Coulétcha… Les quartiers aidés sont souvent recolonisés, car les surveiller ou les valoriser coûte plus cher que les déguerpir.

« Trouver des sites pour les déguerpis ? Cette solution a montré ses limites. Non seulement il y a de moins en moins de terrains, mais les gens reviennent habiter les zones à risques même quand ils sont dédommagés »,
Gaoussou Drabo

« C’est de l’argent jetée par la fenêtre. D’ailleurs, les dernières opérations de déguerpissement ont été faites sans dédommagement. Pour en finir avec les quartiers précaires, il faut en revenir au plan d’urbanisation du Grand-Abidjan »,
Un proche collaborateur du ministre de l’Hydraulique, de l’assainissement et de la salubrité

Le désordre urbain hérité d’une politique mal appliquée

Établi avant les années 2000, le Schéma directeur d’urbanisme du Grand-Abidjan (Sduga 2000) devait répondre au désordre urbain. Mais il n’a jamais été réellement appliqué. Selon les experts, il a été perturbé par « des facteurs économiques, politiques et sociaux » et a engendré des installations illégales.

Depuis 2015, un nouveau schéma a vu le jour. Trop tard : les quartiers précaires à Abidjan s’étaient déjà largement étendus, sans intégrer les plans d’assainissement ni les projets routiers.

Une politique d’assainissement encore au stade des intentions

Pour accompagner le nouveau Sduga, le gouvernement a commandé une étude au cabinet Merlin. Celui-ci a proposé un schéma directeur d’assainissement et de drainage du district d’Abidjan, publié en 2016, axé sur l’amélioration du système existant.

Mais neuf ans après, les conséquences des intempéries persistent et frappent toujours les habitants des quartiers précaires.

Vers une solution durable : viabiliser les quartiers précaires

« On ne peut plus revenir en arrière. Le premier plan d’urbanisation n’a pas été respecté. Le nouveau plan est plus difficile à mettre en œuvre, parce qu’il faut casser plus de maisons et tenir compte des quartiers précaires »,
Source au ministère de l’Hydraulique

Le ministre Bruno Nabagné Koné a évoqué en janvier dernier le Projet d’assainissement et de résilience urbaine (Paru). Ce programme, longtemps annoncé, entre en phase d’étude pour profiler les quartiers précaires à Abidjan et proposer des solutions adaptées à chaque site.

En parallèle, le ministre a lancé le Projet d’aménagement des quartiers restructurés d’Abidjan (Paqra). Ce projet vise cinq quartiers précaires restructurés, en y renforçant les infrastructures sociales de base et d’assainissement, grâce à un financement de 32,8 milliards FCFA.

« Déguerpir ou dédommager, est plus aisé que viabiliser un quartier précaire »,
Salif Coulibaly, ancien chargé des questions de salubrité à Attécoubé


Raphaël Tanoh

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