Deux manifestations politiques en deux semaines, sans heurts
Alors qu’il accuse le régime d’Alassane Ouattara de faire prospérer une dictature en Côte d’Ivoire, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a pourtant organisé une marche ce samedi 14 juin à Cocody, deux semaines après un grand meeting à Yopougon.
Sous une pluie tenace qui a arrosé la capitale économique ivoirienne depuis les premières heures du samedi 14 juin, les militants du PDCI ont marché, drapeaux au vent et slogans en bouche, jusqu’au siège de la Commission électorale indépendante (CEI) à Cocody. Ils entendaient, selon eux, exiger la réintégration de leur candidat, Tidjane Thiam, sur la liste électorale. Mais au-delà de l’enjeu politique, la scène donne à voir un paradoxe saisissant d’un parti d’opposition qui dénonce la dérive autoritaire du pouvoir tout en bénéficiant d’un espace d’expression démocratique inédit.
Une réalité qui fait mentir Tidjane Thiam
Initialement programmée pour le 11 juin, la marche a finalement eu lieu trois jours plus tard. Sans heurts. Encadrée par les forces de l’ordre, autorisée par les autorités administratives, et conclue par la remise en main propre d’une motion à la CEI. Une démonstration politique, mais aussi une preuve que la démocratie ivoirienne respire encore.
« Non à l’exclusion », « Thiam président ! », « 2025 ne sera pas 2020 ! »
scandaient les milliers de militants, qui ont manifesté sans que le ciel ne leur tombe sur la tête.
L’exclusion à laquelle ils font référence remonte au 22 avril 2025, date à laquelle une décision judiciaire a radié Tidjane Thiam de la liste électorale, invoquant sa renonciation implicite à la nationalité ivoirienne suite à l’acquisition de la nationalité française en 1987.
Le contraste entre discours et réalité sur la démocratie ivoirienne
Mais si cette marche était une démonstration de force pour le PDCI, elle révèle surtout une évolution notable du climat politique en Côte d’Ivoire. À peine deux semaines plus tôt, le 1er juin, lors d’un meeting de l’opposition, Tidjane Thiam qualifiait le régime en place d’« autocratie ». Pourtant, son parti a, en l’espace de quinze jours, organisé deux manifestations d’envergure, encadrées pacifiquement par la police.
Une liberté d’expression politique qui contraste fortement avec les pratiques d’une époque que le RHDP, au pouvoir, n’a pas manqué de rappeler à l’ancien patron du Crédit Suisse et ses partisans.
Quand le RDR était dans l’opposition : un rappel historique
Sur les réseaux sociaux, un cadre du parti présidentiel rappelait une autre marche, celle du RDR, le 27 octobre 1999. À l’époque, le parti d’Alassane Ouattara, alors dans l’opposition, avait tenté de manifester contre la mainmise de l’ex-parti unique sur les médias publics.
« Contraints de regagner à pied le siège du parti à la rue Lepic, les dirigeants du RDR furent délogés de leurs bureaux, arrêtés, jugés, condamnés à des peines de prison ferme et détenus à la MACA. C’était sous le règne du PDCI-RDA »,
a témoigné le cadre du parti au pouvoir.
Une démocratie ivoirienne en actes
Les autorités, accusées aujourd’hui de verrouiller le jeu démocratique, ont pourtant permis au PDCI de marcher. Aucune interpellation. Aucun heurt. Aucune entrave. Les forces de l’ordre étaient bien présentes, mais dans un rôle de sécurisation, loin des logiques répressives du passé.
Une évolution positive que le cadre du RHDP n’a pas manqué de mettre en avant pour souligner les progrès de la démocratie ivoirienne en matière de libertés publiques.
« C’est ainsi que fonctionne une démocratie dans un État de droit. La Côte d’Ivoire d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui »,
a-t-il relevé dans sa publication.
Marc Dossa
