Créateur de génie, Tenena Tuo a décidé de s’exprimer d’une manière assez originale qui ne laisse personne indifférent.
Ce sont des nattes de couchage, tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Si personne n’en voit d’autre usage que de s’étendre simplement dessus, lui, a décidé d’en faire des toiles pour ses peintures. Depuis un an, Tenena Tuo est devenu un phénomène sur les réseaux sociaux, pour ses œuvres qu’il expose.
Peinture acrylique
Ce mardi 28 novembre, c’est pourtant un jeune homme ordinaire qui travaille dans le hall d’une habitation décente, située à environ trois cents mètres de l’Eglise Saint Pierre de Blockauss. Il porte un tee-shirt pour le boulot et le short qui va avec. 23 ans, le mètre 68, frêle avec le sourire réservé. Pendant qu’il peint, derrière lui, des dames qui squattent le même espace que lui, mangent. Des enfants jouent. Des passants traversent dans son dos. Mais le peintre reste concentré. Le bâtiment défraichi comporte plusieurs pièces en location, avec le hall comme espace commun. Tenena Tuo doit donc faire avec le voisinage. Ce qui n’altère en rien sa créativité. À l’aide de peinture acrylique dans des pots, l’artiste est en train de terminer un tableau. Avec cette étonnante caractéristique : c’est une natte de couchage qui sert de toile. « Contrairement à une toile ordinaire, la natte est faite de plastique. C’est pour cela que j’utilise de la peinture acrylique, sinon elle ne va pas adhérer », explique le virtuose de Blockauss.

150 000 FCFA
Son pinceau en main, il donne de petits coups subtils pour achever son œuvre. C’est une commande. D’ailleurs, la plupart de ses productions sont des commandes. « Je vends mes œuvres autour de 150 000 FCFA. Il m’arrive d’en offrir à des mentors. C’est ce que j’ai fait pour le responsable de Communication de la Première Dame, Brahima Coulibaly, parce que nous venons du même village et qu’il est une source d’inspiration pour moi», raconte-t-il.
Le bouche à oreille est essentiel dans son travail. « Tous ceux qui voient ce que je fais, sont émerveillés. Quand ils le peuvent, ils me demandent de faire une peinture sur une natte pour eux », ajoute Tenena Tuo. Pourtant, le garçon est encore en formation à l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (INSAAC). Master 2, option peinture. D’où lui est-il venu l’idée de faire de la peinture sur des nattes de couchage?

« Je peignais normalement sur les toiles. C’est depuis l’an dernier, que j’ai commencé à faire également de la peinture sur les nattes de couchage. Cela est dû au fait que je suis moi-même un ancien sans-abri. Je logeais derrière l’INSAAC quand j’ai commencé mes cours, parce que je n’avais pas de tuteur. L’année dernière, le lieu a été déguerpi. C’étaient des cabanes. Alors, je me suis retrouvé ici. La natte de couchage est un symbole. C’est ce que le sans-abri emporte avec lui pour pouvoir dormir là où la nuit le trouve », explique-t-il. Avant d’ajouter : « je veux être le porte-parole de ces sans-abri».
Son objectif est de terminer son master et se faire connaître de tous.
Georges Dagou
