Séraphin Prao, docteur en économie: «ECO : ce que la décision de la France change»

par NORDSUD
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Ressassée depuis des années, la transformation du franc CFA en ECO a été ‘‘actée’’ ce jeudi par l’assemblée nationale française. Mais pour que l’ECO voie le jour, il faudra encore du temps. Du moins, selon Dr Séraphin Prao, docteur en économie, spécialiste en théorie monétaire.

Comment jugez-vous l’adoption par l’Assemblée nationale française du projet de loi autorisant l’approbation de l’accord de coopération entre la France et les Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), relativement à la création de l’ECO ?

Cela va dans la droite ligne de la déclaration du Président français Emmanuel Macron, lors de sa visite en Côte d’Ivoire. Donc, pour moi, cette décision n’est pas surprenante.

Quelle sera la prochaine étape après cette adoption par l’Assemblée nationale française?

D’abord, il faut dire que cela ne signifie pas que les chef d’Etat africains auront l’ECO très prochainement. L’acte de l’Assemblée nationale française va simplement accélérer le cadre de concertation de l’ECO au sein de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Les grands pays comme le Nigéria, le Ghana ne sont pas d’accord avec la manière dont les choses seront mises en place.  Ce qui veut dire qu’il y a de nombreux points fondamentaux à régler avant de parler de naissance de l’ECO.

Quels sont ces points ?

J’avais proposé, par exemple, qu’on mette en place un comité d’experts constitué de tous les pays concernés par l’ECO. Cela n’a pas encore été fait. Or, c’est ce comité d’experts qui va réfléchir et voir, entre autres, quel pays respecte les critères de création de l’ECO. Le Ghana, notamment, demande un régime de change flexible. Or, aujourd’hui, la version de l’ECO que l’on présente, c’est avec un régime de change fixe. Il y a la question des liens entre les pays qui vont adhérer à l’ECO, qui n’a pas encore été étudiée.

Tout cela sera fait

Oui, mais il y a du travail. Les pays d’Afrique doivent s’asseoir et discuter. L’ECO originel, depuis 1983, imposait un régime de change flexible. Mais ce n’est pas ce régime de change qui est proposé aujourd’hui. Les critères de convergence demandent de rester en dessous de 3 % du Produit intérieur brut (PIB) de déficit, de 10 % d’inflation, avec une dette inférieure à 70 % du PIB. Beaucoup de pays ne respectent pas cela.

Est-ce une mission impossible, selon vous ?

On peut y arriver, seulement en discutant et en posant les vrais problèmes. Comme je l’ai dit, il faut des experts pour en parler. Et les experts de tous les pays. Certains pays ont une économie robuste, d’autres ont une économie moyenne, et d’autres encore ont une économie faible, comment les intégrer ? Quand je vois le projet de l’ECO actuel, je me dis que ce n’est rien d’autre que le FCfa qui va changer de nom. Et beaucoup de pays ne vont pas aimer cela.

Réalisé par Raphaël Tanoh

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