Stéphane Sucré, agripreneur: «Moi, révolutionner l’agrobusiness?»

par NORDSUD
Publié: Dernière mise à jour le 183 vues

Stéphane Sucré sur les réseaux sociaux ou Tia Gueu Rock, à l’état civil, force l’admiration. Porté par sa passion pour l’agriculture, cet agripreneur a lancé plusieurs entreprises qui prospèrent. Il exhorte la jeunesse à s’intéresser à l’agriculture pour résorber le chômage en Côte d’Ivoire. Interview.

Qui est Stéphane Sucré, votre nom à l’état civil ?

Je m’appelle Stéphane Sucré sur les réseaux sociaux mais Tia Gueu Rock à l’état civil.

Quel est votre parcours académique ?

J’ai fait le primaire et le secondaire à Man. J’ai obtenu une licence en réseau informatique à Abidjan-ESTAM. J’ai fait que des formations qualifiantes en Transit et Douane, Commerce international et comptabilité à l’ISFM.

D’où vous vient votre amour pour l’agriculture, ou disons tout ce qui touche aux questions agricoles?

Avant d’investir dans l’agriculture, j’ai des entreprises dans le transport, l’immobilier, la restauration et la mode. Mes activités dans l’agriculture tournent autour de ces secteurs parce que la nourriture est primordiale. Etant issu d’une famille agricultrice, c’est donc naturellement que j’ai embrassé l’agriculture et c’est devenu mon secteur favori.

Vous considérez-vous comme un agripreneur, un agriculteur moderne ?

Je suis un agriculteur moderne parce que je fais tout : élevage, culture, mécanisation du secteur. J’interviens partout dans l’agriculture, même dans la transformation et la distribution.

Des anecdotes par rapport à votre orientation vers le secteur agricole.

Pas d’anecdote en tant que telle. Je peux juste dire qu’on soit en temps de guerre ou en temps de paix, le ventre de l’homme reçoit toujours la nourriture. Et cette nourriture vient de l’agriculture. Pour moi, c’est une orientation noble et promotrice.

Est-ce que vous êtes l’objet de railleries ou de moqueries de vos amis, parents ?

Au début, la famille se disait :  «mais avec tous tes diplômes, pourquoi revenir à la brousse». En le disant, l’on se moquait de moi. Mais quand elle a commencé à recevoir des millions, elle me suit aujourd’hui pour aller en brousse (rires). Les jeunes sur internet se moquent beaucoup de moi parce qu’ils pensent que mes secrets de réussite sont un mensonge et de l’exagération. Pourtant, ils voient toutes mes entreprises sortir de terre, et sont même les clients de ces produits. Quand j’ai parlé de l’élevage d’escargot, de cafards, d’asticots, ils se sont également moqués de moi. Mais des gens deviennent des millionnaires aujourd’hui avec ces activités. Quand je lançais Ranch Ivoir avec 200 millions de FCFA, ils se sont moqués. Aujourd’hui, ils consomment les produits de Ranch Ivoir. Quand je lançais mes associations de jeunes entrepreneurs, ils également ri de moi. Et pourtant ils voient toutes nos entreprises communes sortir de terre partout dans le pays. Oui, j’ai été l’objet de moqueries. D’autres ont compris. Mais certains suivent juste ceux qui se moquent sans me connaître. Je suis la première personne sur internet à leur montrer des centaines de business qu’ils peuvent faire avec 10.000 francs. Je fais beaucoup pour cette jeunesse mais elle est plutôt concentrée sur la distraction.

Quelles sont les cultures que vous pratiquez ? L’on voit aussi que vous êtes dans l’élevage des escargots, des poulets…

Pour les cultures, il s’agit des fraises, la pomme, le raisin, le riz, le manioc, le maïs, le gombo, la tomate. Sans oublier la laitue, le piment, le concombre, la pastèque, la feuille de l’ail, l’aubergine et la pomme de terre. Quant à l’élevage, nous sommes dans les lapins, l’escargot, les aulacodes, la grenouille, les asticots, les poulets de chair, les pondeuses, la pintade et le porc. Également le poisson silure et le poisson carpe.

Pensez-vous qu’avec un soutien plus accru et l’implication de plusieurs opérateurs de votre acabit la Côte d’Ivoire puisse atteindre l’autosuffisance alimentaire en riz et d’autres cultures dans la décennie à venir ?

Oui effectivement, si plusieurs personnes s’impliquent dans l’agriculture, on pourra atteindre l’autosuffisance alimentaire. Mais sans la formation et sans les machines, ce sera très compliqué.

De quel réseau disposez-vous sur le plan local et international pour vendre vos productions ? Les débouchés existent-ils vraiment pour les productions que vous faites ?

Sur plus de 6 millions de ménages en Côte d’Ivoire, je n’ai fidélisé seulement que 2500. Mais je continue de chercher et d’avoir de nouveaux clients. Malgré cela, les 2500 ménages m’aident à avoir un chiffre d’affaires important pour continuer l’aventure. Ce sont des familles qui ont été obtenues en faisant du porte-à-porte, il y a 6 ans de cela. Le marché est très vaste, je n’ai même pas encore les 0,01%.

Peut-on considérer que vous venez révolutionner l’agrobusiness qui n’avait pas bien fonctionné pour des centaines d’Ivoiriens dans le temps ?

Révolutionner l’agrobusiness? Non, je ne peux pas dire cela. Je peux dire que j’ai juste mes entreprises agricoles qui tournent très bien sans l’aide de quelqu’un parce que je les ai faites sur fonds propre. Et cela tourne très bien. Des associés viennent s’associer juste pour avoir un peu dans mon bénéfice. Donc je ne promets pas grand-chose comme les autres le font.

Avez-vous des solutions pour la vie chère dont beaucoup d’Ivoiriens se plaignent ?

Oui la solution, c’est de baisser le prix des intrants et autres aliments. Il faut qu’on fabrique nos propres insultants et nos propres aliments pour les animaux. Même si l’Etat ne nous subventionne pas, on pourra faire baisser le coût des produits sur le terrain. Augmenter la production, créer ses propres aliments d’élevage et ses propres intrants, tout cela pourra aider l’agriculture à vendre des produits de qualité et moins coûteux.

Quels conseils pouvez-vous donner à tous ces jeunes Ivoiriens qui ont du mal à trouver l’emploi de leur choix après leur formation?

À ces jeunes qui peinent à trouver un emploi, j’aimerais juste dire que l’Etat ne peut pas embaucher tout le monde. Qu’ils ne pensent pas qu’ils peuvent réussir seulement avec leur formation. Qu’ils ne trient pas d’activité, ils peuvent se reconvertir même s’ils n’ont pas cette formation à la base. Je suis un informaticien de formation mais aujourd’hui je fais partie des jeunes les plus influents dans l’agriculture ici en Côte d’Ivoire. Et je gagne très bien ma vie.

Interview réalisée par Bakayoko Youssouf

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