La junte au pouvoir au Mali veut changer son fusil d’épaule au sujet de sa collaboration avec les organisations régionales, sous-régionales et internationales. Sur le gril de la Cedeao, de l’Union africaine (UA) et de la communauté internationale, après avoir fait la sourde oreille aux recommandations sur le calendrier d’un retour à l’ordre constitutionnel, les autorités de transitions maliennes se ravisent et veulent faire volte-face. La junte désire renouer le fil du dialogue et retourner à la table des négociations sur la durée de la période la transition, l’un des sujets de discorde.
Un communiqué signé du porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga, annonce en effet la mise sur pied d’un dispositif de concertation entre les autorités de la transition, la Cedeao, l’UA et les organisations internationales. «Ce mécanisme a pour but de rechercher une solution conciliant les aspirations du peuple malien et les demandes de la communauté internationale, notamment à travers l’adoption d’un chronogramme consensuel», fait noter la circulaire.
Outil deux-en-un, ledit mécanisme comprend un groupe de dialogue au niveau ministériel, composé du Ghana (Présidence en exercice de la Cedeao), la Mauritanie, le Niger, le Sénégal (Présidence en exercice de l’Union africaine), la Sierra Léone, le Togo, la Cedeao, l’Union africaine et les Nations Unies. Chapeauté par le chef de la diplomatie malienne, cet instrument a une feuille de route clé. «Faciliter le dialogue entre les parties prenantes» et «œuvrer à un rapprochement des positions et à la recherche de compromis sur les questions en suspens». La seconde arme des putschistes afin de mettre en route le retour à la case négociations est un groupe de travail élargi. Il est orchestré par un triumvirat : le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le ministre de la Refondation de l’Etat et le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des réformes politiques et institutionnelles. Sous leur férule, les représentants du gouvernement malien et des membres du Comité local du suivi de la transition (Cedeao, l’Union africaine, les Nations Unies, le Ghana et le Nigeria), assistés de personnes ressources et d’experts compétents procèderont à «l’évaluation technique du projet de chronogramme présenté à la Cedeao».
Par ce biais, le gouvernement de la transition entend s’engager «pour le retour à un ordre constitutionnel normal» tout en mettant en exergue «sa disponibilité au dialogue et au consensus pour la réussite de la transition». Un premier retournement de veste donc pour l’équipe gouvernementale du colonel Assimi Goïta qui se dévêtit ainsi de son costume de ‘’dur à cuire droit dans ses bottes’’ qui exige un quinquennat quasiment un mandat présidentiel, en guise de durée de la transition. Il tourne casaque et arbore la tunique de l’autorité de transition souple et encline aux négociations qui entend prêter une oreille attentive à la communauté internationale.
Charles Assagba
