ANALYSE. Lors de la réunion des partis d’opposition à Bonoua, l’absence de partis significatifs comme le PPA-CI et le FPI soulève des questions sur le véritable poids de ce groupement, alors que Simone Gbagbo semble jouer un rôle clé pour redéfinir les rapports de force au sein de l’opposition. Le PDCI en position d’observateur privilégié, pourrait être le véritable bénéficiaire de ce groupement. Mais rien n’est moins sûr…
Cette réunion du Groupement des partis d’opposition et de la société civile, tenue le samedi à Bonoua, a vu la participation de plusieurs partis, mais les absents de marque ne sont pas passés inaperçus. Il s’agit du PPA-CI de Laurent Gbagbo, ainsi que du FPI de Pascal Affi N’Guessan, grands majeurs du paysage politique ivoirien. Leur absence fragilise la crédibilité de ce rassemblement, alors même qu’il prétend représenter une partie significative de l’opposition ivoirienne. Ces absences s’expliquent probablement par des stratégies politiques divergentes, mais il pose aussi une question plus fondamentale : ce groupement a-t-il vraiment le poids politique nécessaire pour peser dans le débat électoral à venir ? Sans ces formations majeures, peut-on réellement parler d’un front commun de l’opposition ?
Simone Gbagbo réécrit les règles de l’opposition
Cette réunion a surtout mis en lumière le rôle central que joue Simone Gbagbo dans la recomposition de l’opposition. En prenant le devant cette initiative, elle affirme son ambition de s’imposer comme un leader incontournable à côté du PDCI, tout en isolant son ex-mari, Laurent Gbagbo. La querelle entre les deux figures historiques de la politique ivoirienne n’est plus un secret, et cet « Appel de Bonoua bis », lancé par Simone Gbagbo à l’issue de la rencontre, entre directement en concurrence avec l’appel initial de Laurent Gbagbo, également fait à Bonoua. Cette stratégie de Simone Gbagbo vise clairement à redéfinir les alliances au sein de l’opposition. En se positionnant comme une alternative crédible au leadership de Laurent Gbagbo, elle aspire à attirer à elle des forces politiques qui pourraient hésiter à suivre un PPA-CI. Cette posture stratégique pourrait bien lui permettre de devenir l’une des figures de proue de l’opposition, au même titre que le PDCI.
PDCI, le grand bénéficiaire de cette reconfiguration ?
Dans ce contexte, le PDCI de Tidiane Thiam, pourrait tirer profit de cette dynamique nouvelle. Si Simone Gbagbo parvient à isoler son ancien mari et à rallier autour d’elle, une partie des forces de l’opposition, elle pourrait se positionner comme une alliée de choix pour le PDCI. Cette situation pourrait favoriser un scénario dans lequel le PDCI, plutôt que de s’allier avec Laurent Gbagbo, trouverait plus aisément un accord avec Simone Gbagbo, créant ainsi un front commun contre la machine électorale redoutable du RHDP lors des élections de 2025.
Ce partenariat permettrait au PDCI de s’assurer du soutien d’une opposition unifiée dès le premier tour, sans avoir à composer avec le PPA-CI. En optant pour Simone Gbagbo, le PDCI pourrait espérer éviter des alliances difficiles et complexes, tout en renforçant sa position face à un RHDP de plus en plus dominant. Cette reconfiguration de l’opposition, si elle se confirme, pourrait redéfinir les équilibres politiques en Côte d’Ivoire les mois à venir. Mais pour l’instant, ce n’est qu’une intention.
Armand BLEDOU
