Reportage/ Yopougon, Quartier Doukouré: Déguerpissement mouvementé

par NORDSUD
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Après le quartier de Fromager d’Attécoubé, c’était au tour de Yopougon «Nouveau quartier» et «quartier Doukouré» d’être déguerpis ce jeudi.

Yopougon, «quartier Doukouré». Les habitants se sont réveillés ce jeudi, dans un branle-bas de combat. L’angoissant bruit des bulldozers a remplacé le chant du coq. C’est le jour tant redouté du déguerpissement annoncé depuis maintenant plusieurs années!

Les trois destroyers loués pour l’occasion sont bien réels. Et c’est un cauchemar éveillé que la plupart des riverains ont l’impression de vivre.

Aussitôt arrivés sur les lieux, les agents de l’Agence de gestion des routes (Ageroute) qui les accompagnent n’ont eu que deux ou trois mots à l’endroit des retardataires qui n’ont pas encore plié bagages, bien qu’ils aient été déjà dédommagés. Ensuite, les machines se sont mis à tout démolir avec une rapidité déconcertante.

Une baraque est là et l’instant d’après, elle n’est plus qu’un tas de miettes. Les grosses dents des pelleteuses enfoncent les murs les uns après les autres. Elles les font plier, les fracassent, les broient, les aplatissent. Les toits sont soufflés tels des poupées de chiffon.

Bulldozers

Les cris de la foule attroupée aux abords et les regards hagards des éternels incrédules ne perturbent pas les conducteurs des bulldozers. Un cargo de la police a été mobilisé pour les escorter. Les policiers marchent sur les débris de briques, les morceaux de taules, les tuyaux roses des murs effondrés, leurs armes en main.

Derrière eux, les badauds  retirent ce qu’ils peuvent des maisons démolies.  Le fer se vend bien. Les morceaux de taule peuvent servir à quelque chose d’autre.

Dans la mêlée, des familles surprises par l’arrivée des machines ont réussi à faire sortir leurs bagages. Il faut maintenant trouver un endroit où aller loger. On marchande avec les tricycles qui obstruent les voies. Ils se sont rués sur les lieux pour proposer leurs services. C’est un bon moyen pour se faire de l’argent. Comme on dit, le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Tricycles

Ce premier jour de déguerpissement a été organisé de sorte à toucher tous ceux qui ont déjà été dédommagés dans le cadre du déguerpissement des sites du 4ème pont.

L’opération a donc débuté du côté du «quartier Doukouré». Il va s’étendre au fur et à mesure vers  «Nouveau quartier, Bureau Sodeci», situés de l’autre côté de la route. C’est là qu’habite Hadj Adama Diomandé, le chef du quartier qui suit l’opération depuis le début.

«Les gens ont été informés que les machines allaient venir casser ce jeudi. Donc personne ne peut dire qu’il a été surpris», fait-il remarquer. Ceux qui n’ont pas encore été dédommagés, se trouvent du côté du «Nouveau quartier», où les bulldozers arriveront dans quelques jours.  D’ici là, indique Hadj Adama Diomandé, ces derniers seront dédommagés.

Les personnes vigilantes comme Issa Traoré, le propriétaire du «Garage Multiservices» ont déjà quitté le site depuis plusieurs semaines. Beaucoup parmi ceux qui ont déjà reçu leur argent s’empressent de démolir leurs baraques eux-mêmes afin de retirer ce qu’ils peuvent, avant l’arrivée des destroyers sur les lieux.

Reloger les propriétaires

Dans les ruelles glauques du quartier, beaucoup de familles, affolées par la vue des machines de l’autre côté, s’activent à plier bagages. Konhon Elise, elle, n’a pas encore reçu son dédommagement. «On m’a dit que je serais payée avant que les machines arrivent dans notre zone », note-t-elle ce matin, assise devant sa maison, pendant que ses voisins démolissent leurs murs.

L’autre problème à régler d’après El Hadj Adama Diomandé, c’est la relogement des propriétaires de maison. «16 personnes sont dans ce cas. Elles ont construit ici des maisons en brique et les autorités ont promis de trouver des maisons pour elles vers Ndotré. Mais il y a aussi 13 propriétaires qui ont demandé à être relogés. Au début, les autorités avaient accepté. Mais dernièrement, on a refusé de leur trouver des nouveaux logements, parce que leurs maisons n’étaient pas en briques. D’après ce qu’on nous a dit, leurs maisons n’ont pas de valeur», regrette El Hadj Diomandé. Pour lui, c’est une injustice qu’il faut réparer. En attendant, les bulldozers arrivent.

Raphaël Tanoh

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