L’heure du procès a enfin sonné au burkina Faso. Plus de trois décennies après l’assassinat du président burkinabè Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, les audiences ont démarré ce lundi 11 octobre 2021 devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Le leader de la révolution burkinabè, qui a pris le pouvoir par un coup d’État en 1983, a été tué avec 12 de ses collaborateurs, le 15 octobre 1987.
Le juge Urbain Méda, qui préside les débats lors de ce procès, a fait son entrée dans la salle d’audience à 9 heures.
Selon plusieurs témoins dans la salle, il a d’abord lu l’ordonnance n°004 sur la délocalisation du tribunal dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 – une mesure exceptionnelle à la mesure de ce procès. Il a ensuite procédé à l’appel des accusés et constaté l’absence de deux d’entre eux – Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando. Blaise Compaoré a refusé de comparaître. L’ancien président burkinabè, en exil en Côte d’Ivoire, est accusé d’avoir joué un rôle direct dans l’assassinat de son ancien camarade. Également absent, Hyacinthe Kafando, qui dirigeait le commando qui a tué Thomas Sankara.
Qui sont les accusés ? Quatorze des principaux accusés seront jugés, dont Blaise Compaoré, qui vit en exil en Côte d’Ivoire où il a obtenu la nationalité ivoirienne. Bras droit de Sankara, Blaise Compaoré a toujours nié avoir commandité l’assassinat de son frère d’armes et ami intime, bien que le putsch de 1987 l’ait porté au pouvoir.
Le général Gilbert Diendéré, 61 ans, est l’autre accusé principal de ce procès. Il était l’un des principaux chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Devenu ensuite chef d’état-major particulier du président Compaoré, le général Diendéré purge déjà au Burkina Faso une peine de vingt ans de prison pour une tentative de coup d’État en 2015. Lui comme Blaise Compaoré sont accusés de « complicité d’assassinats », « recel de cadavres » et « d’attentat à la sûreté de l’État ».
1ère difficulté du procès. Le juge Urbain Méda qui est le président du tribunal de première instance, a demandé au greffier en chef de procéder au tirage au sort de trois juges militaires qui officieront en tant qu’assesseurs et de deux suppléants. Mais une difficulté est apparue qui a contraint à suspendre temporairement l’audience.
Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans pour que le procès s’ouvre enfin ? Quelles seront les conséquences de l’absence de Blaise Compaoré ? Pourquoi les thèses de la «main de l’étranger » dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè ne sera pas abordée lors des audiences ? Ce procès n’évoquera pas non plus la question du complot international. Malgré des faisceaux d’indices évoquant une implication possible de la Côte d’Ivoire ou de la France, le juge d’instruction n’a pas pu réunir suffisamment d’éléments probants. La France notamment, n’a pas fourni toutes les archives déclassifiées qui avaient été promises.
Un procès « nécessaire ». Bien que ce procès soit imparfait, il reste néanmoins nécessaire pour le Burkina, selon Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des Affaires étrangères et président du parti Le Faso autrement : « Moi, je vois que ce procès a trois mérites : le premier, c’est de permettre d’avoir tout au moins une partie de la vérité. Le deuxième sera de permettre aux gouvernants actuels d’avancer sur la question de la réconciliation nationale. Et ce qui est très important, c’est de tourner définitivement cette page triste du Burkina Faso. Le dossier Thomas Sankara a contribué à rendre délétère l’ambiance socio-politique pendant plus d’une trentaine d’années. C’était devenu insupportable. »
Bakayoko Youssouf avec Internet
