Côte d’Ivoire : La défiance de Soro à Ouattara

par NORDSUD
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Il y a quelque temps, il a été brièvement question de conciliation entre Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale et le Président de la République, Alassane Ouattara.

Le ministre de la Réconciliation nationale, Kouadio Konan Bertin, avait pris langue, le 3 septembre 2021, avec les membres de l’Union Des Soroïstes (UDS), mouvement politique proche de Guillaume Soro. Marc Kidou Ouattara, le président de l’UDS, par ailleurs porte-parole de la délégation, était allé lancer un ballon d’essai. Sans grande conviction, et sans être mandaté, il avait émis le vœu devant son interlocuteur, le ministre KKB, un homme de «courage et de vérité», de voir Guillaume Soro revenir au bercail. Avec l’arrivée des autres exilés, il a estimé qu’il faut que Guillaume Soro soit de retour en Côte d’Ivoire. Il fait partie de la famille ivoirienne. Une initiative isolée, qui ne repose sur rien de solide.

Nord Sud a plongé dans le fond de ce dossier pour en saisir les dessous.

En réalité, Guillaume Soro n’a jamais été dans une posture de conciliation avec le pouvoir d’Abidjan. Souffler le chaud et le froid. Car en réalité, Guillaume Soro ne veut pas de la détente.

Les observateurs l’ont vu quand l’ancien chef rebelle ivoirien a déclenché une crise factice en 2018. On pouvait considérer que les tensions qui l’opposent désormais au Président Alassane Ouattara et à son parti étaient manifestes sur la scène politique nationale.

Il venait compléter le tableau du trio Tout Sauf Ouattara (avec Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié). Depuis ce moment, il est clair qu’il n’a jamais été dans les dispositions de discuter avec Alassane Ouattara.

Guillaume Soro ne considère par Alassane Ouattara comme son «père», son «mentor». Pas plus qu’il ne le voyait pas comme son chef de parti, même quand il semblait encarté au Rhdp.

De la période de la rébellion de 2002, jusqu’à ce qu’il parte du perchoir du Parlement le vendredi 8 février 2019, il a toujours agi de façon opportuniste. Au gré de ses intérêts. Selon une source très proche de lui, il voit Alassane Ouattara comme son alter ego. Il ne s’en est jamais caché. Alassane Ouattara lui est redevable pour son élection historique à l’issue de l’élection du 31 octobre 2010 (Sic). Alors qu’il se croyait sur la top-list des candidats qui seraient adoubés par Alassane Ouattara pour la présidentielle de 31 octobre 2015, il a été réveillé de son somme. Il avait alors commencé à considérer Alassane Ouattara comme son ennemi politique.

Dans cette adversité à l’égard du pouvoir Ouattara qui était sortie du cadre politique, il va s’inscrire dans une logique de déstabilisation. Comme il l’avait fait de 2002 à 2010 avec le régime Gbagbo, il a voulu rééditer le schéma avec Alassane Ouattara. Accentuer les petits coups bas. Son objectif étant d’utiliser tous les schémas pour harceler le pouvoir : Recrutement d’hommes armés, achat d’armes, déploiement militaire, recherche effrénée d’une base arrière.

Il considère Alassane Ouattara comme un ennemi politique contre le régime duquel tous les coups sont permis, y compris la déstabilisation armée.

Cela, Alassane Ouattara l’a compris depuis les premières mutineries de l’armée en janvier 2017, des événements dans lesquels le Président pense que Soro a fait bien plus que les attiser de l’extérieur.

Les services de renseignements, qui sont au fait de tout ce qu’il trame, ont fini par arrêter leur religion sur son implication dans les attaques armées contre les forces de sécurité à Kafolo dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, ayant fait 14 morts côté militaires. Il en est de même des attaques de Tehini et de Tougbo, les 7 et 12 juin 2021. Et ce n’est pas tout.

Guillaume Soro ne veut toujours pas rester l’arme au pied.

Recherche de base arrière. L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne recherche un point d’appui pour bien mener ses actions de déstabilisation du pouvoir d’Abidjan. Et aucune option n’est écartée par le petit groupe de Guillaume Soro. C’est en cela que l’on a vu que dès les premières heures du putsch contre le président Ibrahim Boubacar Kéïta le 18 août 2020, il a envoyé un de ses conseillers, Francklin Niamsy, le 20 août, pour établir les ponts avec les patrons de la junte : Donner des garanties en vue de prendre le Mali comme base arrière dans son projet de déstabilisation de la Côte d’Ivoire. Ce pays devrait en conséquence lui servir à réimplanter toute son équipe en exil.

Ne pouvant compter sur le Burkina Faso ni la Guinée, il a jeté son dévolu sur le Mali.

Pour la seconde fois, il a dépêché son conseiller spécial au Mali. Ainsi le 8 février 2022, Franklin Nyamsi a été reçu au Palais de Koulouba à Bamako par le colonel Assimi Goïta. Et 4 mois après, un épisode de tension naissait entre Abidjan et Bamako. 49 soldats ivoiriens partis prêter main forte pour la sécurisation du Mali sont arrêtés le 10 juillet à l’aéroport de Bamako. Ils sont présentés comme des «mercenaires» venus pour renverser le pouvoir en place. Certains voient derrière cet acte monté de toutes pièces la main de Guillaume Soro.

Avec tout ce scénario, il est clair que l’éventualité d’une réconciliation entre le «fils » rebelle et le «père» en colère paraît impossible.

Et pour ne rien arranger, Guillaume Soro continue de narguer la justice ivoirienne. Dans la foulée du verdict de la cour d’assises d’Abidjan, le 23 juin 2021, le condamnant à la prison à vie, par contumace, son mouvement Générations et peuples solidaires (GPS) a été dissout. Adoptant la politique de l’autruche, l’ex-GPS a, soit disant, renouvelé ses instances le samedi 17 septembre 2022.

Et c’est également au nom de ce mouvement dissout que Guillaume Soro se présente déjà comme candidat à l’élection présidentielle de 2025.

La justice qu’il ne reconnaît pas aujourd’hui est la même qui statuera, en temps opportun, sur son dossier de candidature.

Le dossier de la conciliation et de la réconciliation éventuelle entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro est, comme on le voit, au point mort. Et ce, depuis bien longtemps.

Et il le sera encore indéfiniment tant que l’ancien chef rebelle ne quittera pas son maquis et n’abandonnera sa posture de défiance pour entrer dans la République. 

Bakayoko Youssouf

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