Demande d’amnistie pour Gbagbo: Katinan pris en flagrant délit de mensonge

par NORDSUD
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C’est un geste de libéralité du chef de l’Etat ivoirien. Alassane Ouattara a décidé derechef d’accorder la grâce présidentielle à son prédécesseur Laurent Gbagbo. Cela donne lieu à un remue-ménage dans le marigot politique ivoirien. Sacrifiant à la traditionnelle adresse à la nation, du 6 août 2022, à la veille de la célébration de l’indépendance, le numéro un ivoirien a accordé une grâce présidentielle à l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, condamné à 20 ans par coutumace en 2018 dans l’affaire du casse de la Bceao. Aux lendemains de l’annonce de cette mesure, Kouadio Konan Bertin, le ministre de la Réconciliation nationale, Koné Katinan, le porte-parole du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), la formation politique de Laurent Gbagbo et d’autres acteurs de la classe politique se livrent à un pugilat verbal par plateformes interposées.

Eternel insatisfait. En guise de réaction officielle du PPA-CI à la grâce présidentielle offerte à Laurent Gbagbo, Koné Katinan a arboré, ce 9 août, le manteau de l’éternel l’insatisfait. «C’est le lieu de rappeler que cette condamnation à 20 ans de prison pour un supposé braquage de la Bceao ne repose sur aucun fait réel. (…) L’annonce, le 6 août 2022, de la grâce présidentielle accordée au président Laurent Gbagbo ne répond pas aux attentes légitimes de nos compatriotes», a-t-il clamé en rééquerrant plutôt une amnistie. Pour apporter de l’eau à son moulin, Koné Katinan a expliqué que l’amnistie «a vocation à effacer les faits» alors «que la grâce qui laisse subsister ceux-ci». L’orateur a par ailleurs souligné que «la prise d’une loi d’amnistie en lieu et place de la grâce présidentielle» figurait au nombre des recommandations du dialogue politique.

L’Udcy vole dans les plumes de Katinan. Dans la foulée de son propos, le responsable du PPA-CI s’est fait remonter les bretelles. Le président de l’Union démocratique et citoyenne (Udcy), Anicet Guela Gnanzi a, en effet, remis en cause l’authenticité du discours du porte-parole du PPA-CI. Stricto sensu sur le point de la figuration de la mesure d’amnistie en faveur de Laurent Gbagbo sur la liste des recommandations du dialogue politique. «La phase 5 du dialogue politique n’a jamais recommandé la prise d’une loi d’amnistie. L’Udcy s’inscrit donc en faux et dénonce cette tentative de manipulation de l’opinion nationale et internationale. L’Udcy, cosignataire du rapport final, ne se reconnaît nullement dans cette fausse affirmation de Monsieur Katinan Koné, qu’il tente de faire endosser à tous les participants à la phase 5 du dialogue politique», tire à boulet rouge la circulaire, datée du 9 août.

KKB, tout feu, tout flamme. Bouclant la boucle des réactions, de ce mardi, subséquemment aux propos du porte-parole du PPA-CI, le ministre de la Réconciliation nationale a embouché la trompette sur le sujet au cours d’une interview qu’il a accordée à la RTI1. «L’amnistie relève de la loi, la loi se prend à l’Assemblée, au parlement. Si tant est que nos frères de PPA-CI veulent une amnistie, alors même qu’ils ont des députés et un groupe parlementaire, pourquoi n’ont-ils pas emprunté cette voie eux-mêmes ?», s’interroge Kouadio Konan Bertin (KKB). Sondé par la journaliste sur l’une des éventuelles implications de cette grâce, en l’occurrence l’impossibilité pour Laurent Gbagbo de faire acte de candidature lors de la présidentielle de 2025, KKB joue la carte de l’ordre de priorité. «Comment voulez-vous qu’en 2022, ce qui nous préoccupe, ce soit la candidature d’un individu ? Nous voulons bâtir la paix, créer les conditions d’élections apaisées en 2025. La priorité, ce n’est pas de dégager maintenant les candidatures». La demande étant d’ores et déjà clouée au pilori, le PPA-CI est face à un choix cornélien : s’arcbouter sur son désidérata d’une loi amnistie promulguée par le chef de l’Etat ou prendre le taureau par les cornes en introduisant par le biais de son groupe parlementaire une proposition de loi allant dans ce sens. L’enjeu demeure également double : blanchir définitivement l’ancien pensionnaire de la prison de Scheveningen et garder la voie ouverte à une possible candidature en 2025.

Charles Assagba  

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