Entre retrait de Barkhane et affaire Wagner: Bamako botte les élections en touche

par nordsud.info
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Les dirigeants de la transition au Mali ont-ils volontairement suscité une «affaire Wagner» dans l’affaire du départ partiel de la force Barhane ? Comme pour faire diversion.  Alors qu’il est clair que Bamako veut élargir ses horizons en ravivant de vieilles relations avec Moscou, le départ d’une partie des troupes françaises est pris comme un prétexte. Le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a accusé samedi 25 septembre à l’ONU la France d’un «abandon en plein vol» avec sa décision de retrait du Mali de la force Barkhane. Il déplore simplement un «manque de concertation» de Paris et une annonce «unilatérale» sans coordination tripartite avec l’ONU et le gouvernement malien. Ceci expliquant donc cela.

Fait accompli. «La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires», a expliqué Choguel Kokalla Maïga à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, sans citer l’entreprise russe Wagner. Selon les révélations faites par l’agence Reuters, les discussions entre les deux parties ont porté sur l’envoi d’un millier de paramilitaires. Mais, à en croire le chef du gouvernement de transition, aucun accord n’a été conclu – jusqu’ici. «Je ne connais pas de groupe Wagner. Le jour où le gouvernement malien va signer un accord (…), on le rendra public», a-t-il assuré dans un entretien accordé à Radio France internationale (RFI) et France 24.

Wagner. Présent, entre autres, en Libye et en Centrafrique, où il est accusé d’exactions, le groupe Wagner est soupçonné, notamment par Paris, d’agir pour le compte du Kremlin là où ce dernier ne veut pas apparaître officiellement. Tout en niant les premiers contacts avec les paramilitaires russes, le Premier ministre malien précise qu’il s’agit de «combler le vide que ne manquera pas de créer la fermeture de certaines emprises de Barkhane dans le nord du Mali».

Le 10 juin 2021, le président français Emmanuel Macron, annonçant la fin de l’opération Barkane avait expliqué que l’idée n’était pas de rapatrier les 5 100 militaires français au Sahel sur le front du terrorisme, mais de réduire leur nombre tout en mettant en place des collaborations avec les forces armées alliées.

Treize pays européens, impliqués pour certains dans la coalition de forces spéciales Takuba qui ont pris le relais de Barkhane au Mali, ont jugé inacceptable vendredi une éventuelle implication du groupe Wagner dans ce pays. La France, l’Allemagne ou l’Estonie sont allées plus loin en avertissant qu’elles réexamineraient leur présence militaire au Mali si un accord était conclu.

L’URSS, « un vieux rêve malien ». Des manifestants à Bamako brandissaient des drapeaux russe et malien lors d’une manifestation contre l’influence française dans le pays, le 27 mai 2021. Le fait est qu’après le renversement du président Ibrahim Boubacar Keita le 18 août 2020, la junte militaire avait promis d’organiser des élections générales sous 18 mois, c’est-à-dire à fin février 2022. Et cet important point de leur feuille de route a tendance à être noyé dans le faux débat sur le départ ou non de la France, la collaboration ou non avec la société de sécurité russe Wagner. Il s’agit simplement d’un écran de fumée. « Il existe un vieux rêve malien, actuellement brandi par les courants dits patriotes, de voir le pays rompre avec la France pour embrasser une coopération avec Moscou », confiait à France 24 Niagalé Bagayoko, spécialiste des questions de sécurité en Afrique francophone. A Bamako certains rêvent toujours au retour de la coopération nouée avec l’URSS et le bloc soviétique, notamment sur le plan militaire, par le président Modibo Keïta et poursuivie par son successeur Moussa Traoré.

Au-delà des possibles éléments de langage employés par les autorités de la transition, une question se pose cependant : le Mali est-il aujourd’hui sur le point de casser son alliance avec la France et de se jeter dans les bras de Moscou ? L’avenir nous le dira.

Bakayoko Youssouf

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