Dossier/ VTC :  la lutte pour récupérer les milliards continue  

par NORDSUD
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Depuis 2022, des milliers d’ivoiriens ont cassé leurs tirelires ou contracté des prêts pour investir des millions dans des business promus par diverses entreprises du secteur des VTC. Requérant un apport initial entre 2 et 4 millions FCFA par véhicule, ces structures promettaient aux souscripteurs une dividende de 10 à 15% de leur investissement par mois. Soit entre 200 et 300.000f par véhicule pendant 2 à 3 ans et à l’échéance du contrat, la remise du véhicule qui aura généré ce profit. Séduits par ce business model et confortés par le fait que ces entreprises opèrent à ciel ouvert, communiquent en grandes pompes et que leurs images soient associées à des personnalités phares du gouvernement, les rangs des investisseurs ont grossi. C’est du moins le tableau dressé par la quasi-totalité des souscripteurs avec lesquels nous avons échangés.

Si les paiements mensuels promis suivaient normalement leurs cours, le bon deal des souscripteurs a été stoppé net par un communiqué du Trésor Public Ivoirien ordonnant la cessation de l’activité au vu du risque de blanchiment d’argent et de l’éventualité que l’activité repose sur un système de pyramide de Ponzi. Dans la foulée, ces entreprises sommées de ne plus engager de nouveaux souscripteurs ne sont plus parvenues à s’acquitter de leurs dus mensuels, ni à rembourser le capital initial des souscripteurs en dépit des injonctions intimées par le gouvernement. Un calvaire pour des milliers d’investisseurs qui voient leurs épargnes ou leurs prêts partir en fumée. Une situation qui rappelle le scandale des placements d’argent dans les années 2006, de l’agrobusiness qui a atteint sa vitesse de croisière en 2013 et le marketing de réseaux de type QNET développé en 2010 qui se sont écroulés comme des châteaux de cartes. 

Des milliards dans le billard 

Aux nombres des multiples associations de victimes constituées en collectif pour exiger le remboursement de leurs capitaux, figure le collectif des victimes de KDS Transport (CDV-KDS). Composé de plus de 375 souscripteurs dont les montants investis oscillent entre 2 et 60 millions, la somme totale investie par l’ensemble des membres dépasse la bagatelle de 2 milliards de FCFA. « Nous constatons que depuis l’annonce de la décision prise par l’Etat de Côte d’Ivoire, KDS Transport n’a jamais fait de paiement, ni procédé à un remboursement aux partenaires que nous sommes », explique l’un des membres. En guise d’alternative, la société aurait selon le collectif demandé aux souscripteurs de résilier leur contrat moyennant la remise intégrale du montant qui leur est dû et une soustraction de 10%.

Une option rejetée du revers de la main par la majeure partie des souscripteurs qui n’ont de cesse de requérir une intervention de l’État en vue ‘’d’exiger de KDS Transport le remboursement intégral des sommes dues à ses clients et de définir un calendrier clair de remboursement et l’exécuter en bonne et due forme avec preuve à l’appui”. L’ultime point du cahier de revendication du CDV-KDS est la mise en place d’un mécanisme de protection des consommateurs contre ce type d’abus. Une dernière requête qui met en évidence les manquements de l’administration publique ivoirienne et qui questionne sur le modus operandi usité par ces entreprises pour passer entre les mailles du filet institué par l’Etat en vue de s’assurer de la légalité des activités menées par les entreprises qui envisagent de s’installer en Côte d’Ivoire. De fait, le business-modèle présenté aux autorités ne démontrait-il pas que l’activité pourrait présenter des risques de blanchiment d’argent, d’un système de pyramide de Ponzi ou d’appel à l’épargne public ? Le Centre de promotion des Investissements en Côte d’Ivoire. (Cepici) a-t-il travaillé de façon coordonnée avec le trésor public ou la police économique en vue d’anticiper sur les risques d’une telle activité ?  Il y aurait-il une négligence dans l’analyse des dossiers due à l’accélération du mode opératoire de création des entreprises ?  Joint à maintes reprises par la rédaction de Nordsud.info, le Cepici n’a pas daigné répondre à nos interrogations. 

L’Etat, médecin après la mort 

Marius Comoé, président du Conseil des organisations de consommateurs de Côte d’Ivoire voit le verre à moitié vide. « Il ne peut pas être possible pour l’Etat encore moins pour toute autre institution d’une république de pouvoir deviner ce qu’une entreprise pourrait faire demain au détriment de ces premiers engagements. Il faut quand même que l’État soit regardant sur les initiatives tendant au placement d’argent. L’Etat a la capacité, les moyens et le devoir avec ses démembrements, de mettre en place des systèmes d’évaluations, de contrôle et de suivi surtout pour les structures dites de placement d’argent. La Côte d’Ivoire est dotée de très bons textes mais il n’arrive pas à les faire appliquer, sinon les activités qui nécessitent un appel à l’épargne public sont interdites. De ce fait, ces entreprises ne devraient pas exister ou elles auraient dû être interpellées par la police économique, le trésor public, la direction générale des finances, ou plusieurs autres institutions qui sont compétentes en la matière avant ou une courte période après le début de leurs activités. Ces institutions doivent prendre le relai et collaborer avec le Cepici eu égard à ce qui s’est déjà passé avec les placements d’argents, l’agrobusiness etc… », note-t-il. Médecin après la mort sur le dossier des placements d’argents, de l’agrobusiness et des VTC, l’Etat a dans toutes ces situations découvert le pot aux roses dans le mauvais timing, après que les entreprises ont d’ores et déjà engrangé des souscripteurs.

 Dans le box des accusés du collectif, le Cepici et toutes les parties prenantes impliquées dans le processus de création des entreprises, les entités de la police économique et du trésor ivoirien, les organisations de la société civile. Un banc des accusés sur lequel, Marius Comoé convoque également des mains noires qui tirent les ficelles dans l’ombre et qui offrent un bras protecteur aux instigateurs de ces escroqueries à grandes échelles. « Ces structures de placements viennent voler les Ivoiriens au vu et au su de tous. Tous les responsables de l’agrobusiness par exemple se sont évaporés dans la nature sans que l’Etat ne puisse mettre la main sur eux. C’est la même chose avec les VTC dont certains ont disparu et d’autres sont présents sur le territoire sans être inquiétés. Il y a des complicités internes qui protègent ces personnes au sommet de l’État pour leur installation, leur communication et même après leurs méfaits. Nous en appelons également au sens de la responsabilité des Ivoiriens », précise-t-il. 

Charles Assagba 

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