Reportage/Oteyami, ou la réussite par le dessin

par NORDSUD
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Avant, il fallait se diriger vers les galeries, les salons d’exposition ou les villages artisanaux pour se procurer un portrait. Avec les réseaux sociaux, l’art adopte une autre approche pour attirer du monde et plaire à son public. C’est ce que démontre Jean-Charles Oteyami.

 « Après avoir regardé un dessin animé, j’ai commencé à dessiner sur un bout de papier et c’est là que mon entourage a remarqué que j’avais du talent ». Voilà comment se dessine la carrière de Jean-Charles Oteyami, un jeune portraitiste âgé de 24 ans, diplômé de l’art et communication à l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (Insaac), qui gagne bien sa vie grâce à la puissance des réseaux sociaux et particulièrement sur Tiktok où il génère plus de 300.000 abonnés.

Plusieurs jeunes artistes comme lui utilisent cette technique de communication pour faire la promotion de leur talent. En dessinant des personnages et des personnalités célèbres, ils réussissent à attirer du monde et à enregistrer des commandes de part et d’autre. Une stratégie commerciale qui marche bien pour Jean-Charles, qui est arrivé à asseoir sa notoriété en démontrant à travers des capsules vidéo, les étapes de son dessin, de la coquille jusqu’à la réalisation.

Un chiffre d’affaires de 600.000 FCFA

« J’ai compris, après plusieurs expériences que c’est en montrant mon travail dans les moindres détails, que les gens sont plus attirés et ils trouvent cela extraordinaires », nous confie-t-il ce jeudi 11 avril alors que nous le rencontrons à Yopougon Béago. A partir des montages vidéo qu’il publie sur son compte tiktok, et plusieurs mises en scène avec les personnes célèbres, Jean-Charles reçoit près de 300 messages en moyenne et se retrouve entre 3 et 10 commandes à réaliser. Ce qui lui permet de comptabiliser après 30 jours, un chiffre d’affaires de 600.000 FCFA.

Malgré le mécontentement de ses parents lorsqu’il émet l’idée de prendre son autonomie, Jean-Charles parvient à les convaincre et décide d’aménager à Yopougon Béago, où il nous reçoit ce jeudi. « Mes parents m’ont trouvé jeune quand je leur ai exprimé l’idée de prendre mon envol. Mais vu mes projets, j’avais besoin d’un espace pour être plus à l’aise dans mes mouvements», révèle-t-il.

Papier dessin

En dehors de sa passion pour le dessin, Jean-Charles s’engage dans d’autres activités, comme la photographie et le montage vidéo, et suit des formations pour se perfectionner davantage. Lorsque nous foulons l’entrée de sa pièce, au salon, un espace de 100m2 lui sert de studio photo. Il terminait une séance quand nous le rencontrons ce jour. L’atelier de Jean Charles se trouve dans le coin de sa chambre. Un espace qu’il a aménagé   avec des objets décoratifs à gauche, au mur. Sur le placard, il a rangé tout son matériel (papier dessin, des cartons découpés en plusieurs morceaux etc.) et sur une table posée au centre de la pièce, on aperçoit pêle-mêle, des crayons et du papier peint, un matériel essentiel dans la réalisation de ses œuvres.

Jean Charles définit son style de dessin, de réaliste, c’est-à-dire ce qui est conforme à l’image réelle ou la photo d’une personne. Il fixe ses prix, en fonction de la dimension de chaque dessin. Le portrait A2 qui est le plus moyen, coûte   70.000f, et le portrait qu’il a commercialisé au coût maximal était de 300.000f

Lorsque Jean Charles débutait sa carrière, ses parents et particulièrement sa mère, trouvait qu’il n’avait pas d’avenir dans le dessin. « C’est avec le soutien de mon tuteur, chez qui je restais pour passer le Bac, que ma mère a approuvé l’idée de me laisser poursuivre mon rêve. Mon tuteur est lui aussi dessinateur, c’est avec lui que j’ai beaucoup appris et aimé ce métier », nous révèle-t-il.

Auparavant dessinateur de personnages de dessin animé, Jean Charles est devenu, avec beaucoup de travail, un portraitiste connu des réseaux sociaux. Il dessine des stars et des célébrités telles qu’Olivia Yace, Dadju, Tayc, Khalil et Mariam, et Adama Bictogo, l’actuel président de l’assemblée nationale, et maire de la commune de Yopougon. Il cumule des millions de vues et plusieurs commentaires sous ses publications. 

Jean-Charles met un délai de sept jours maximums pour réaliser un portrait, à l’image du portrait d’Adama Bictogo qu’il s’apprêtait à achever et livrer à un client. « Tout dépend du temps que le client nous accorde pour terminer sa commande, sinon en 24 h, un portrait peut être fait.Mais, il va falloir assez de sacrifice », souligne Jean-Charles.

Au cœur de sa carrière se cache une lutte, celle de la valorisation de la femme noire. Il s’inspire des personnages publics, en l’occurrence Olivia Yace, pour défendre cette cause.

A cette lutte, se greffe celle de conduire l’art à son paroxysme. « Il y’a plusieurs cérémonies de récompenses, des artistes musiciens et autres, mais l’art n’a pas encore la place qu’il mérite. A l’exemple du Masa, on contacte des artistes musiciens, des danseurs et autres secteurs d’activités pour exprimer leur talent, mais c’est rare de voir une lucarne dédiée au dessinateur pour montrer au monde ce qu’on est capable de faire. J’espère qu’on sera encore plus reconnu au sommet de l’État », indique-t-il.

Solange Nebie

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