Dans cette nouvelle chronique, dès aujourd’hui, tous les lundis, je porterai un regard libre, parfois passionné sur la marche de notre société et des sujets d’intérêt commun.
Dans les colonnes du quotidien Le Monde en 2016, l’intellectuel français Marcel GAUCHET*, notait que « la démocratie ça consiste, – c’est toute sa difficulté -, à discuter avec des gens avec qui on est en radical désaccord, sachant qu’il s’agit de préserver les conditions d’une coexistence pacifique avec eux et de rendre la contradiction qui vous oppose à eux, productive. » Et NCI 360 permet cette expérience démocratique chaque dimanche en pulvérisant toutes les audiences cumulées de toutes les chaînes. Avec ce que cela comporte de débordements, de clashs, parfait reflet des tensions héritées de la douloureuse histoire récente, des antagonismes socio-politiques à l’œuvre dans ce pays… La télé est un média chaud, donc le théâtre par excellence de ce rituel médiatique.
Lieu de conflits des mémoires
C’est comme si sur ce média, les uns et les autres, de chaque camp, tous les dimanches nuits viennent solder de vieux comptes, faisant de cet espace, le lieu privilégié de l’expression du « conflit des mémoires » … « NCI 360 » est ainsi devenu l’incontournable émission du débat contradictoire dans le paysage audiovisuel ivoirien et dans une société, où « éviter de nommer les choses* » est une culture ; où contredire est souvent vécu comme une offense.
NCI 360 est une indéniable avancée, malgré ses limites : on ne perçoit réellement pas, son identité éditoriale. Est-ce un rendez-vous de décryptage de l’actualité ou un espace de libre expression d’opinions politiques ? Personne ne sait combien d’heures, NCI 360 dure : 1H 45, 2H, 2H30, 3H parfois ? La production elle-même ne le sait pas. Certainement. Et cela se comprend : cette émission est plutôt une sorte de panel télévisé où le journaliste n’est en fait qu’un relanceur, un modérateur. Conséquence, à l’instar de tout panel, on a plus droit à des questions ouvertes qu’à des questions fermées, histoire de permettre à chacun de prendre la parole, de s’autoriser à répondre au précédent intervenant, ou encore de rappeler qu’on avait oublié de compléter un point de vue lors d’une des précédentes prises de parole qui remontent à trois interventions… Du coup, l’inconvénient, c’est que le débat devient parfois redondant, parce qu’il s’éternise. Au point où parfois, les invités anticipent sur des sujets à venir alors que le bandeau du premier est encore fixé à l’écran. Si la riche spécificité des profils des invités en plateau était mise à profit, l’émission offrirait des échanges de meilleure qualité, plus nourris et plus profonds. C’est ce qui arrive souvent aux émissions, qui misent leur notoriété et leur force, sur les personnes ressources invitées. Ceci est probablement un choix éditorial de la chaîne…
Tous marqués…
Sur NCI 360, experts et journalistes sont aussi très marqués politiquement. Ils ont beau faire semblant, une réflexion sur le vif les trahit toujours. Et d’ailleurs, leur disposition en plateau en dit long sur les idées dont ils sont proches, où qu’ils défendent. Un peu à l’instar des journaux ivoiriens reconnus aux couleurs de leurs titres… On comprend pourquoi, sur ce programme parfois, certains échanges nous plongent dans le folklore du débat politique creux et ennuyeux à la télé. On navigue entre, invectives discourtoises, arrogances primaires et expositions d’arguments politiques sectaires, comme si un plateau de débat politique à la télé, devrait reproduire le spectacle d’un meeting politique, où les acteurs viennent vociférer plutôt que de parler au cœur et à la raison de ceux qui sont venus les écouter. Il est vrai qu’à la télé « les idées passent mal », comme le disait Anne Sinclair. Mais en politique aussi, surtout sous nos cieux, il faudrait qu’on apprenne à faire entendre « la musique des idées » et non « le sourd tintamarre de la politicaillerie ». C’est ce qui nous sauvera, de la récurrence de la violence meurtrière gratuite. Ce fardeau que nous portons, angoissés, chaque fois qu’approche une présidentielle…
Pour rendre service à la démocratie, il faut que tous apprennent la culture du débat contradictoire. Il faut multiplier les espaces de débats médiatiques, c’est un impératif démocratique. Mieux, que ceux qui portent la parole des partis politiques dans les médias, en apprennent les codes et la technique qui va avec. La prise de parole dans un média, n’est pas un acte banal ou fortuit. Je reste persuadé qu’il vaut mieux « débattre plutôt que de se battre. » A l’opposé de la culture de la pensée unique, le débat assainit l’intelligence humaine ; c’est « une politesse de l’esprit » qui construit. NCI 360 qui libère la parole et construit piano a piano, une vraie culture de débat. Cet espace de libre expression est à saluer. A lundi.
Ange Hermann GNANIH
*Débat entre Marcel Gauchet et Michelle Riot-Sarcet, Le Monde, « les rencontres de Pétrarque », 2016.
*Elle, parmi ses souvenirs, de Tanella BONI, aux Éditions La Case des Lucioles
