La troisième journée du procès des Pro-Soro au tribunal de première instance du Plateau s’est poursuivie ce jeudi avec les auditions de l’ex-commandant Jean-Baptiste Kassi Kouamé, chef de sécurité de l’ancien président de l’Assemblée nationale (PAN), Guillaume Soro ; du sergent-chef Lamine Traoré, militaire de formation, également affecté à la sécurité de l’ex-PAN et d’Emmanuel Silué, chauffeur dans l’équipe de sécurité de Guillaume Soro. Tous, accusés de complot et tentative d’atteinte à l’intégrité du territoire national.
Assinie-Mafia
Leurs auditions ont principalement porté sur les armes repêchées dans la lagune, près du domicile de Guillaume Soro à Assinie-Mafia. Qu’est-ce qu’elles faisaient là? Les trois accusés ont reconnu avoir jeté ces armes à l’eau à cette endroit. Pourquoi ? Dans le but de les «détruire», selon leurs explications. D’où provenaient ces armes? Jean-Baptiste Kassi Kouamé, chef de sécurité de l’ex-PAN répondra : du «bureau annexe» de Guillaume Soro, à la Riviera-Golf.
Plus précisément, dans le magasin du poste de garde, où ces armes étaient entreposées depuis plusieurs années. Et c’est lui, Jean-Baptiste Kassi Kouamé, qui a donné l’ordre le 23 décembre 2019, pour que ces armes soient jetées à l’eau. C’étaient des Kalachnikovs. Le sergent-chef Lamine Traoré et bien d’autres éléments sous ses ordres n’ont fait qu’obéir. Ce 23 décembre justement, le jour du retour de Guillaume Soro au pays a été, d’après ses explications, une journée pleine de troubles, car, il y a eu des arrestations au siège de Générations et peuples solidaires (GPS), contigü aux bureaux annexes de l’ex-PAN, à la Riviera-Golf, mitoyen de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique.
Garde de sécurité
Les armes appartenaient, dit-il, à des membres de la garde de sécurité qui était au départ, forte de 50 hommes. Mais, les éléments seront affectés à d’autres postes, de sorte que la garde chargée de la sécurité du PAN a été réduite à une vingtaine de personnes. Mais, d’après Jean-Baptiste Kassi Kouamé, chaque fois qu’un élément était affecté, son arme de service restait dans le magasin au poste de garde. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés avec une cinquantaine d’armes stockées là. Le président du tribunal, Charles Bini et le procureur de la République, Adou Richard, demandent alors la raison pour laquelle Jean-Baptiste Kassi Kouamé a donné l’ordre de prendre les kalachnikovs qui étaient dans le magasin pour les jeter à l’eau ce 23 décembre 2019? Le chef de la sécurité explique qu’il a simplement eu peur.
«J’étais terrifié, avec ce qui se passait», fait savoir l’ancien commandant. «Après, je me suis rendu compte que j’ai fait une erreur», précise l’accusé. Pourquoi, dans ce cas, aller jeter les armes à Assinie Mafia, près de la résidence de Guillaume Soro ? Jean-Baptiste Kassi Kouamé ne parviendra pas à donner de réponse précise. C’est la première destination qui lui est venue à l’esprit, répondra d’abord l’accusé. Il poursuit qu’il était sûr qu’une fois jetées à cet endroit, personne ne pourrait trouver les armes. Ensuite, il ajoute que c’est parce qu’il connaissait le lieu et que c’était risqué de jeter les armes ailleurs.
Domicile Guillaume Soro
Pourquoi précisément, à côté du domicile de Guillaume Soro ? A-t-il reçu des instructions de la part de ce dernier ou de l’un de ses proches pour se débarrasser des armes? Kassi Kouamé répond que Guillaume Soro n’était pas au courant de cette opération. C’est lui et lui seul qui a décidé de se débarrasser des armes, lorsqu’il a vu que des éléments de la gendarmerie avaient pris possession des lieux ce 23 décembre 2019 et procédaient à des arrestations. Dans la foulée, il a jugé bon de «détruire» les armes qui étaient stockées dans le poste de garde. Pourquoi ? Afin que personne ne puisse s’en servir, se justifiera-t-il.
Le procureur de la République lui demande alors s’il avait peur des éléments de la gendarmerie qui avaient investi les lieux ? Non, répond Kassi Kouamé. Alors, avait-il le droit de prendre une telle décision, puisque c’étaient des armes de l’Etat ? Ce à quoi l’accusé répondra qu’il n’en était pas sûr, car, les éléments affectés à la sécurité de l’ex-PAN avaient ces armes depuis l’hôtel du Golf, à la Riviera. Des armes privées alors ? Les armes, expliquera-t-il, leur ont été remises dans le temps par le général Vagondo Diomandé à l’hôtel du Golf et depuis, ils les ont eues en leur possession. Pourquoi les stocker à l’annexe du bureau du PAN ? L’accusé répondra qu’il attendait l’ordre de ses supérieurs pour venir les chercher un jour, mais cet ordre n’est jamais venu. Le 23 décembre 2019, lorsqu’il y a eu la descente de la gendarmerie, à l’entendre, il a encore essayé de les appeler pour leur demander quoi faire des armes, afin d’éviter que dans cette mêlée elles ne se volatilisent, mais n’aurait pas réussi à les contacter.
8 kalachnikovs
Le sergent-chef Lamine Traoré fait partie des éléments qui a ont reçu l’ordre de prendre les armes pour aller les jeter à la lagune à Assinie-Mafia. Interrogé à son tour, le sergent-chef répondra qu’il avait reçu l’ordre de son supérieur, alors, il n’a fait que s’exécuter. Il a donc pris 8 kalachnikovs dans le stock qu’il est allé jeter à l’eau près du domicile de Guillaume Soro. Il était conduit ce jour-là par Emmanuel Silué. Ce dernier affirme également avoir obéi à l’ordre de Kassi Kouamé. Les armes ont été transportées, selon eux, autour de 17h pour être jetées à l’eau.
Le conseil des avocats de la défense qui a fait son retour ce jeudi au procès, après avoir quitté la salle hier, est revenu sur les pièces d’accusations. Ils ne les ont toujours pas reçues. Ils ont également demandé au juge d’accorder la liberté provisoire à leurs clients. Le juge Charles Bini a promis qu’il se penchera sur ces points le 2 juin prochain, date de la reprise des auditions.
Raphaël Tanoh
