Retrait du Mali, du Niger et du Burkina de la CEDEAO : Quel impact ?

par NORDSUD
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La CEDEAO célébrera-t-elle son jubilé le 28 mai 2025 avec 15 Etats membres, comme le 28 mai 1975 à sa création ? Bien malin qui pourra répondre à cette question d’autant que depuis l’annonce de la volonté du Mali, du Niger et du Burkina de quitter l’organisation, le spectre d’une réduction des 15 pays membres de l’organisation à 12 plane comme une épée de Damoclès. Bien plus que l’effroi d’une célébration du cinquantenaire de l’organisation sous-régionale à 12, la farouche opposition de la CEDEAO au retrait des pays de l’AES est d’ordre stratégique. Réunis ce samedi, lors de la conférence des chefs d’état et de gouvernement, la CEDEAO a égrené le chapelet de conséquences négatives de cette décision tant pour l’organisation elle-même que pour l’AES.  « La Conférence note que ce retrait aura des implications sur les plans politique, socioéconomique, financier et institutionnel pour les trois pays concernés et pour la CEDEAO en tant que groupe. Le retrait aura des incidences sur la coopération en matière de sécurité, d’échange de renseignements et de participation aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme. Le retrait pourrait également conduire à un isolement diplomatique et politique sur la scène internationale », liste le communiqué final de l’organisation. Il sonne donc comme une évidence qu’à en croire la CEDEAO, ce retrait ferait 0 gagnant et 15 grands perdants : tous les pays de l’Afrique de l’Ouest.

AESXIT, une pilule difficile à avaler

La population de la diaspora issue du Burkina, du Mali et du Niger dans la sous-région ouest-africaine et le flux financier de leur rapatriement de capitaux vers leurs pays d’origine étant importants, le retrait de ces pays aura des effets aura des corollaires sur leurs ressortissants. « Les citoyens pourraient ne plus bénéficier du droit de résidence ou de création d’entreprises prévus par les accords de la CEDEAO, et pourraient être soumis à diverses lois nationales. Le retrait des trois États membres affectera automatiquement le statut de leurs citoyens en matière d’immigration, puisqu’ils devront peut-être obtenir un visa pour voyager dans la région. Les citoyens pourraient ne plus bénéficier du droit de résidence ou de création d’entreprises prévus par les accords de la CEDEAO, et pourraient être soumis à diverses lois nationales », précise le communiqué de l’organisation sous-régionale. Avec 17,4 % des 425 millions d’habitants de la CEDEAO et 10 % du PIB de la région, il y aura assurément un marché de la CEDEAO avec le Burkina, le Mali, le Niger et un tout autre marchéde la CEDEAO sans ces 3 pays de l’AES. « Le retrait pourrait également perturber le commerce intracommunautaire, en particulier le commerce de produits non transformés tels que le bétail, le poisson, les plantes, les produits agricoles, les produits minéraux et les produits artisanaux traditionnels, ainsi que les produits industriels d’origine communautaire », précise la note.

15 – 3, l’épouvantail de l’AES

Tout en « prenant note » des notifications de retrait de la CEDEAO, la conférence a enjoint les trois États « à reconsidérer leur décision, au regard des avantages que l’appartenance à la Communauté procure à tous les États membres de la CEDEAO et à leurs citoyens ». Faisant feux de tout bois à ce sujet, l’organisation sous-régionale a chargé « la Commission de la CEDEAO d’échanger avec l’Union africaine, l’UEMOA, l’ONU et d’autres organisations internationales ainsi qu’avec les partenaires bilatéraux sur la question » ainsi que « les chefs traditionnels et religieux, les éminentes personnalités, la société civile et les femmes leaders sans omettre l’élaboration d’une stratégie de communication «compte tenu de la désinformation actuelle visant à porter atteinte à l’image de la CEDEAO ». Différents leviers actionnés pour un objectif : « convaincre les trois États membres de rester dans la Communauté ». Dans le sens de cette opération séduction, la CEDEAO a d’ores et déjà retiré son paquet de sanctions contre le Niger, un premier signe de la pleine disposition de l’organisme sous régional à faire des compromissions de taille sur des sujets jusque-là tabou comme le retrait de sanctions aux pays dirigés par des juntes militaires, en vue de maintenir les 3 pays au sein de l’organisation. Une ligne directrice qui continuera de guider les prochaines actions de la CEDEAO qui marche sur œufs pour « poursuivre le rapprochement et les propositions à l’égard des trois États membres » avec en ligne de mire une CEDEAO touchée mais pas coulée.

Charles Assagba

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