Dialogue politique: Le rapport des atrocités d’octobre 2020 au menu ?

par NORDSUD
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Le 27 décembre 2021, le procureur de la République, Adou Richard, a présenté à Abidjan le rapport produit par l’Unité spéciale d’enquête sur les violences liées à la présidentielle de 2020. Six mois d’enquête et des conclusions qui montrent bien la stratégie d’une opposition qui a quitté les sentiers de la République.

Tuer les élections, la cause des violences. Les enquêteurs sont unanimes que les violences sont parties du refus de l’opposition de prendre part à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Ils pointent principalement le rôle joué par le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié. La coalition de partis de l’opposition, dont il était manifestement le leader, a ardemment appelé la population ivoirienne «à se mobiliser pour des manifestations sur l’ensemble du territoire» ainsi qu’à la désobéissance civile et au boycott actif de la présidentielle.

Après ces différents mots d’ordre à l’endroit, l’opposition a  tenté de mettre en place un organe séditieux dénommé Conseil National de Transition (CNT). Qui devait se substituer aux institutions républicaines légalement établies. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un coup d’Etat.  

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Consécutivement à ces différents appels, des actes portant atteinte aux personnes et aux biens tant publics que privés, constitutifs d’infractions graves à la loi pénale, ont été commis dans plusieurs localités du pays. Ainsi, des individus se sont rendus coupables de faits graves dans une dizaine de villes notamment Daoukro, Divo, Bonoua, Abidjan, Yamoussoukro…

Le mode opératoire. Les investigations de l’Unité Spéciale d’Enquête ont montré que des leaders politiques ont commandité, incité et même financé cette désobéissance civile qui a entraîné des drames. Le constat des enquêteurs est sans appel : «La jeunesse pendant la période électorale a été instrumentalisée comme bras exécuteur de la violence politique par les leaders politiques. Cette jeunesse, galvanisée par des discours d’appel à la haine, a été armée et financée pour faire échec à la tenue de l’élection présidentielle et surtout accentuer le climat de terreur. Cela s’est traduit par l’érection de barrages, la destruction du matériel électoral, l’attaque des véhicules (de transport public des personnes, administratifs, de particuliers), et la commission parfois de meurtres d’une extrême violence comme à Daoukro, à Dabou et à Abli».

Le principal objectif est de créer un conflit intercommunautaire. Ils ont armé des miliciens, des jeunes, pour à chaque fois attaquer une communauté donnée. Et faire croire que telle communauté ethnique est à la base de la violence qui vise telle autre communauté. Une vraie communication macabre.

Ces violences ont fait officiellement 85 morts, près de 500 blessés, de nombreux dégâts matériels et autant de vies brisées entre août et novembre 2020.

Aucun tir des forces de sécurité. Le rapport est formel. Et l’opposition ne dément pas : Aucun des individus tués ne l’a été par une balle d’un élément des forces de défense et de sécurité, armée, gendarmerie ou police.

Le constat, c’est que les forces de sécurité de l’Etat ont strictement respecté la consigne : Garder l’arme aux pieds. Les actes de violence commis particulièrement dans le District autonome d’Abidjan et notamment à Bonoua, Dabou, Divo, Daoukro, Bongouanou, M’Batto n’ont pas impliqué d’agents de forces de l’ordre. Même quand le 9 novembre 2020 à Daoukro, chez Henri Konan Bédié, une marche des jeunes a dégénéré en conflit intercommunautaire (malinkés contre baoulés), les affrontements mortels ont été perpétrés à l’arme de type calibre 12 et à la machette au quartier Sossoribougou.

Le dialogue politique face au rapport des atrocités. Le rapport du Procureur Adou Richard a suscité une tempête au sein de la classe politique. Le Pdci (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) d’Henri Konan Bédié et le PPA-CI (Parti des Peuples Africains) de Laurent Gbagbo se sont additionnés pour pondre une déclaration de protestation le 5 janvier dernier. Pour ces deux partis de l’opposition radicale, le Président Ouattara, avec ce rapport, «manœuvre pour torpiller le dialogue politique qu’il a pourtant initié pour consolider la paix».

Réponse du berger à la bergère dès le 6 janvier. Le Rhdp (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix) riposte. Les accusations du bloc de l’opposition «sont d’une légèreté déconcertante» et ses analyses «erronées». Il pointe bien que les auteurs d’actes délictueux, quelle que soit leur qualité, ne seront pas couverts par l’impunité. Et le Rhdp met un dernier clou en réclamant «des poursuites judiciaires contre les auteurs des violences perpétrées lors de la désobéissance civile».

L’ordre du jour du 20 janvier. Le dialogue politique va reprendre ce jeudi 20 janvier pour plancher sur des revendications portées surtout par l’opposition. Il s’agit notamment du financement des partis politiques, de la préparation des élections municipales de 2023, de la participation de l’opposition à la Commission électorale indépendante (CEI), du retour des exilés, de la libération des détenus.

En face, que fera le Rhdp ? Inscrira-t-il au débat la gravité des faits de la crise électorale de 2020 ?

En boycottant l’élection et en créant le CNT, l’opposition s’est mise hors du cadre institutionnel.

Aujourd’hui, il est clair pour les Ivoiriens que le fait d’être un acteur politique ne devrait mettre personne à l’abri de poursuites en cas de commission d’actes graves.

Le cinquième cycle du dialogue politique permettra t-il de refermer le tourbillon des violences à l’occasion des processus électoraux dans notre pays ?

Il faut attendre pour voir.

Bakayoko Youssouf

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