L’assassinat par la FESCI d’un des membres, le Général Sorcier. C’est le fait macabre qui remet la FESCI bien au-devant de l’actualité socio-politique. Née il y a plus de 30 ans, cet énième crime crapuleux dont elle est comptable, interroge la conscience collective : de quel côté de l’histoire se trouve cette organisation estudiantine ?
Ce crime odieux rappelle les sombres années que cette organisation syndicale a faites vivre, à la vie éducative ivoirienne. Une grosse tache qui salit la mémoire collective. La FESCI a dévoyé, a nié, a rejeté les valeurs traditionnelles, civiques et morales, de la société ivoirienne en faisant entrer depuis 1990, la violence et bien des crimes à l’école et à l’université…
Sur NCI 360 le rendez-vous du débat politique le dimanche soir, c’était le premier des trois sujets au programme. Il faut saluer, qu’on l’aime ou pas, le courage de Serge Koffi, dit « Sroukou Trinmin Trinmin ». Il accepté de se prendre part à un tel débat, à une heure de forte audience, alors que la nation est encore sous le choc d’un crime crapuleux commis par des membres de l’organisation qu’il a dirigée de 2005 à 2008. Cette présence à la seule, à son corps défendant, a donné encore plus de poids aux arguments de ses contradicteurs. Ils avaient en face, l’un des acteurs et non des moindres, de ces années ensorcelées de syndicalisme étudiant…
« La FESCI est un monstre »
Le philosophe Henri Bah a bien posé le cadre de ce débat après le rappel historique de Serge Koffi. « La FESCI est née dans un climat politique violent et nourri au lait de la politique ». Geoffroy-Julien KOUAO, rappellera alors comment les rivalités politiques se seraient dangereusement « transposées à l’école et l’Université » au cours de ces années « d’actions syndicales mal gérées ». Mais pour expliquer les causes de ces violences récurrentes, le politologue et essayiste recourt aux « conditions de vie matérielles des étudiants » avec un argument d’autorité de poids : « ce sont les conditions matérielles d’existence qui déterminent la conscience. » (Karl Marx). Puis il poursuit, « nous avons aujourd’hui dans le District d’Abidjan, 120.000 étudiants pour 6.000 lits. Soit un lit pour 26 étudiants. Nous avons donc une surpopulation estudiantine… » Pour Arsène OULA du PPA-CI, ce qu’il faut, « c’est la fin de l’impunité. Punir les auteurs et non « briser » toute une organisation ». Il soupçonne une interdiction prochaine par l’État. D’ailleurs selon lui, ce serait « anticonstitutionnel. Regardez plutôt du côté des gnambros… » Personne ne se laissera distraire de l’essentiel. Son argument est vite contredit. Le journaliste Yacouba Doumbia pour mieux démontrer à quel point, la FESCI est d’abord une organisation « mafieuse », lui rappelle studieusement, des cas précis de meurtres « documentés » mais « jamais judiciarisés », notamment sous le pouvoir Gbagbo… Alors tout coule de source et cette implacable argumentation amènera la sentence de Dr Kalilou Coulibaly : « la FESCI est un monstre ». Et le bien-surnommé par les internautes « Monsieur le Procureur » rappelle les conditions sordides du décès de la dernière victime, de cette « organisation mafieuse ». Pour mieux souligner sa dangerosité avant d’approuver la fermeté du pouvoir qui l’a « suspendue à titre conservatoire. » Et Yacouba DOUMBIA d’enfoncer le clou : « On ne domestique pas un monstre. Un monstre se n’apprivoise pas. »
Question existentielle : faut-il dissoudre la FESCI ?
Yacouba Doumbia n’est pas allé par quatre chemins. « En 2012, l’État qui aurait pu dissoudre cette organisation, lui a ainsi donné, une chance de se racheter une conscience »… « Dommage elle n’a pas changé » note Dr Coulibaly qui, pour une gestion efficace de cette crise, veut « de la fermeté » tout en implorant « de l’humanité ». Yacouba Doumbia est plus catégorique, « dissoudre » s’il faut, afin de « remettre l’excellence au cœur de la vie universitaire ». Pour Geoffroy-Julien KOUAO, dissoudre la FESCI, ne résoudra pas le problème de fond : offrir de meilleures conditions de vie et de travail pour les étudiants, construire assez d’infrastructures parce que la promiscuité crée et entretient, un climat de tensions et de conflits permanents. Henri Bah, prône le retour aux valeurs mais aussi, il faut soigner ces « jeunes névrosés » sur la base d’un contrat « hobbésien », avec l’engagement des politiques d’arrêter de les instrumentaliser. La solution n’est donc pas la dissolution la FESCI parce qu’elle peut bien renaître sous une autre forme souligne le philosophe. Dr Kalilou Coulibaly pense tout simplement, qu’il faut revenir aux fondamentaux de toute organisation universitaire sérieuse et responsable : « l’animation, la professionnalisation, l’aide sociale et la participation aux choix des politiques universitaire. »
Ange Hermann GNANIH
