Le film qui se joue sous nos yeux depuis quelques jours ne vise pas en réalité à empêcher Alassane Ouattara de se porter candidat à un nouveau mandat. Les opposants ivoiriens ne veulent pas simplement que la présidentielle d’octobre se tienne à bonne date. Ils courent depuis des mois après une transition, de toute évidence de peur d’affronter dans les urnes le successeur de Laurent Gbagbo.
Le changement de régime opéré mardi 18 août 2020 par les militaires maliens consécutivement à la pression d’une partie de l’opposition et de la société civile malienne laisse rêveurs les opposants ivoiriens : créer le maximum de troubles à travers les manifestations de rues et donner un argument à quelques soldats de s’emparer du pouvoir et mettre en place une transition.
Voilà ce qui explique que l’opposition ivoirienne soit braquée sur la question de la candidature d’Alassane Ouattara. On veille à éviter de lire la Constitution avec un œil objectif pour y déceler la subtilité du passage de la deuxième à la troisième République qui s’est opéré depuis le 8 novembre 2016. Le vrai problème n’est pas tant la candidature du président sortant. La vérité est que depuis 2018, l’élection présidentielle à venir n’est pas une priorité pour une bonne partie de l’opposition ivoirienne. C’est ce qui explique que la coalition, Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) ait appelé “les Ivoiriens” à ne pas se faire “enrôler” sur la liste électorale.
“Nous appelons tous les Ivoiriens (…) à s’abstenir de prendre part, de quelque manière que ce soit, à cette opération d’enrôlement à laquelle une institution illégale et illégitime les appelle”, avait déclaré le président de cette coalition, Georges-Armand Ouégnin, lors d’un point de presse à Abidjan.
Cela s’est traduit quelque temps après par la destruction du matériel d’enrôlement par-ci par-là sur le territoire national. Malgré tout, la Commission électorale indépendante (CEI) a achevé l’enrôlement et le listing est mis à la disposition de tous les acteurs politiques pour y contester, au besoin, ceux qui ne doivent pas y figurer. Une fois de plus l’opposition va botter en touche. Elle préféra jouer le blocage en réclamant un audit international de la liste électorale 2020. Là où les différents spécialistes des questions d’identification des partis auraient pu passer au crible cette liste. Que non. Pour bien habiller la mascarade, ils remettent sur leur liste revendicative des sujets comme le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, la démission du président de la CEI et la mise en place d’un nouveau bureau dit consensuel… Un fourre-tout. Certains de ces sujets auraient pu être discutés au sein du Cadre permanent de dialogue (CPD) mis en place depuis 2011, si la bonne foi les animait. Parce que pour discuter, il faut être deux. Et l’opposition a pris son option : boycotter la prochaine présidentielle en intensifiant les manifestions de rues pour réunir les ingrédients d’une transition.
Mais, il y a de longs mois, Alassane Ouattara avertissait que la transition réclamée par l’opposition peut être assimilée à une atteinte à la sûreté de l’Etat. « Je veux mettre en garde les uns et les autres. Il n’y aura pas de transition en Côte d’Ivoire. C’est terminé. Ceux qui espèrent des transitions pour se donner un poste ministériel. C’est terminé », avait-il insisté lors du meeting à Séguéla le 26 juillet 2015 déjà marquant la fin de sa visite d’Etat dans les régions du Bafing (Touba), du Béré (Mankono) et du Worodougou (Séguéla).
Bakayoko Youssouf
