Musée des costumes de Bassam: Témoin du style vestimentaire des Ivoiriens

par NORDSUD
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Si «le style est une manière de dire qui vous êtes sans parler» (ndlr, citation de la styliste américaine, Rachel Zoe), le Musée national du costume de Grand-Bassam est le porte-parole de la Côte d’Ivoire. Étendue sur une superficie de 4 000 km2, le deuxième musée de l’histoire de la Côte d’Ivoire remet au goût du jour les identités vestimentaires des 4 grands groupes ethniques ivoiriens.

La wolosso.

Visiter le Musée national des costumes de Grand-Bassam, c’est monter à bord d’une machine à remonter le temps. 130 années en arrière, l’édifice de type R+1 qui accueille aujourd’hui l’institution muséale faisait office de résidence des gouverneurs de la Côte d’Ivoire, au sein de la première capitale de l’histoire ivoirienne : Grand-Bassam. Muée en musée en 1981, la bâtisse a néanmoins conservé sa structure d’antan.

Certaines pièces emblématiques de l’ancienne demeure des colons en chef sont restées en l’état, à l’étage. Notamment la cachette dont ils se servaient pour faire croire mensongèrement au peuple colonisé qu’ils détenaient des pouvoirs mystiques pour disparaître. Historique par son architecture et sa localisation géographique, le Musée national des costumes de Grand-Bassam n’en est pas moins un livre d’histoire dont les pages se lisent au fil de sa visite.

Le costume nous parle. Lisible, ce 18 août, sur l’affiche vieux jeu placardée à l’entrée du musée, tel est l’intitulé de l’exposition permanente au rythme duquel le musée vibre.

En arpentant les sentiers de la salle d’exposition dont la majeure partie des pièces est exposée au rez-de-chaussée, une tenue faite en fil de sac plastique avec des déchirures par endroits sur la chemise et le pantalon rappelle la mode actuelle des vêtements destroys (communément appelés pétés-pétés, généralement des jeans déchirés).

Arboré par un mannequin féminin, avec une sculpture de pénis en bois accroché au fil autour de sa taille, ce costume suscite bien des regards depuis son box d’exposition.

«Ce costume appartient à la femme Wolosso. Issues d’une caste qui était au bas de l’échelle, ces femmes qui travaillaient dans les champs du roi étaient utilisées sexuellement. Les déchirures sur sa tenue sont le symbole des multiples viols dont elle a été l’objet de la part des rois. Lors de la danse Kouroubi, elles miment l’acte sexuel et s’érigent en éducatrices sexuelles pour les filles vierges qui doivent se marier. Elles sont sans tabou, c’est ce qui avait été chanté par les Dj en termes de prostituées, femmes légères : Wolosso», explique Fofana Jean Pierre, un agent du Musée, qui précise par ailleurs que ce style vestimentaire subsiste chez les femmes qui font office d’éducatrices sexuelles à Bondoukou, au nord et au nord-est, chez les ethnies : Koulango, Brons et une minorité Malinké.

Comparativement à la quasi-totalité des autres tenues que nous visitons au musée, ce jeudi, le style vestimentaire de la Wolosso fait tache dans le décor.

En effet, à mille lieues de son vêtement conçu en plastique, les dizaines de costumes exposés sont majoritairement confectionnés en pagnes tissés. Chargés de symboles, certains pagnes caractérisent l’élite sociale dans les différentes aires culturelles.

À personnalité spéciale, pagne spécial

Réalisé en forme de cercueil pour rappeler au roi qu’il est appelé à mourir et qu’il ne devrait jamais faire preuve d’injustice dans l’exercice de ses fonctions, le Hamac du Roi en pays Akan ne fait pas entorse à la mode traditionnelle ivoirienne marquée par l’utilisation du pagne. Ce canal de déplacement du monarque porté par 4 esclaves est enrobé dans un pagne spécial, royal, aux rayures colorées dans différentes teintes marrons, blancs et noirs. Un signe distinctif qui caractérise le roi.

Hamac du roi et tenue de la reine-mère

Dans le voisinage du hamac, au sein du box d’exposition, nous apercevons un mannequin habillé d’un autre pagne de couleur jaune avec des cases bleues disséminées en forme de damier. Le modèle de son costume est simple.

C’est un morceau de pagne noué qui recouvre tout le buste jusqu’à la mi-cuisse tout en laissant apparaître ses épaules et un second morceau qui recouvre tous ses membres inférieurs. Cette tenue représente la mode vestimentaire officielle de la Reine-mère en pays Akan.

Si le modèle et ses couleurs du pagne sont différents de celui du roi, il n’en demeure pas moins que ce vêtement ne déroge pas à la règle du pagne atypique pour les membres du pedigree royal. Historiquement, la seule personne habilitée à revêtir ce pagne est la Reine-mère, une femme au sang-bleu qui n’est autre que la conseillère du Roi, l’une des membres de sa famille en vertu du système matriarcal. «Ce n’est jamais sa femme», nous précise le guide.

Des pagnes à arborer circonstanciellement

Outre les pagnes dont l’utilisation est réservée à des classes précises de la société, certains costumes peuvent être arborés ponctuellement au gré de la situation dans laquelle se retrouve le sujet.

Les 3 pagnes à arborer selon des circonstances.

L’un des box d’exposition met en vitrine trois costumes dédiés à ce type d’usage dans différentes aires culturelles ivoiriennes.

De la gauche vers la droite au sein de la cabine d’exposition, nous apercevons premièrement une pièce immanquable de la garde-robe de la femme Akan qui a connu la maternité. De fait, 3 mois après la naissance de son bébé, la mère sort officiellement vêtue du pagne kita en vue de présenter son bébé lors d’une cérémonie.

À la différence du style vestimentaire de la Reine-mère, la tenue va de pair avec un collier et le bustier de ce costume laisse entrevoir une fine partie du ventre et le nombril de la mère. Au côté de ce costume, un pagne blanc aux motifs noirs qui coûte les yeux de la tête.

Chez les Gouro, nous explique le guide, « un homme qui veut marier une femme de cette ethnie doit payer ce pagne. C’est le pagne Kamadjê. C’est un pagne extrêmement cher. Il équivaut à 10 bœufs ». L’ultime tenue exposée dans le box est conçue avec le pagne Flayé, chez les Yacouba. La nouvelle épouse arbore cette tenue avec une cuillère en main qui lui aura été offerte au préalable par sa mère pour l’accompagner dans son foyer.

Des costumes qui entrent dans les habitudes vestimentaires

En fin fond de la salle d’exposition, le mésophile nous présente une tenue dont l’usage s’est démocratisé. De fait, en vue de marquer leur intérêt pour la chose culturelle, les ivoirophiles arborent généralement cette tenue en amont de laquelle se dissimule toute une histoire. « C’est chez les sénoufos. Vous voyez le monsieur a un chapeau à 3 pics. En fait, à 7 ans, le jeune garçon rentre dans le bois sacré pour l’initiation au poro. Il en ressort avec un chapeau avec un seul pic. À 14 ans, à l’issue de la 2è phase, il a deux pics et pour finir à 21 ans, il a le chapeau tel que présenté ici avec 3 épiques avec la tenue qui va avec », relate-t-on.

Le costume Senoufo avec le chapeau à 3 pics.

Parler du style vestimentaire des Ivoiriens d’hier, c’est donc parler du Musée des costumes. Un musée riche d’une collection de 1.137 objets et qui s’érige en porte-voix muet de l’identité culturelle ivoirienne.

Rachelle Elie, la vacancière italienne qui visite le musée.

C’est du moins l’impression post-visite de Rachelle Elie, une vacancière italienne qui a décidé de poser ses valises sur les bords de la lagune Ebrié, pour son baptême du feu en Afrique occidentale. Pour ses premiers pas à Grand-Bassam, elle fait un tour d’horizon du Musée des costumes. « Je pense que ce musée est très important pour connaître votre culture. C’était impressionnant de découvrir les différents types de tenues et leurs significations. Donc, en apercevant quelqu’un, on peut savoir de quelle région il vient à partir de sa tenue. C’est intéressant ! », s’exclame-t-elle.

Charles Assagba

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