PDCI-PPACI… : la démocratie interne embastillée

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 43 vues

Un débat étouffé au PPACI

Depuis le week-end écoulé, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire, est dans la tourmente. Le vice-président de cette formation politique, Ahoua Don Mello, fait l’objet d’un lynchage, après qu’il a proposé à Laurent Gbagbo, d’envisager un plan B, pour contourner le rejet inévitable de la candidature de l’ex-chef de l’État.

C’est dans une lettre confidentielle, au ton empreint de vérité, que l’ancien directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), a partagé avec son ‘’camarade’’ Laurent Gbagbo sa vision pour la prochaine élection présidentielle. Ahoua Don Mello y relève surtout la démarche contre-productive actuellement déployée par le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI), en vue du scrutin présidentiel du 25 octobre 2025.
Car, condamné à 20 ans de prison, pour la casse de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), lors de la crise post-électorale de 2010-2011, l’ex-chef de l’État est à l’évidence inéligible à la prochaine élection.

Une stratégie jugée approximative

Outre la jurisprudence de 2020 relative au rejet de candidature à l’élection de cette année par le Conseil constitutionnel, le président du PPACI a vu sa radiation de la liste électorale opérée en 2023, confirmée cette année par la Commission électorale indépendante (CEI). Face au très grand risque de voir à nouveau la candidature de son ‘’camarade’’ invalidée et pour offrir à son parti et plus globalement à l’opposition de tenir tête au candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), à un mois du dépôt des candidatures, Ahoua Don Mello, recommande le déploiement d’un plan B.

Autrement dit, celui qui est actuellement vice-président chargé des projets stratégiques des BRICS (organisation regroupant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, opposés aux pays du G7), propose d’éviter que le rejet de la candidature de Laurent Gbagbo, prive le PPACI d’un candidat à la présidentielle.

Une passe d’armes politique

« Etant donné que tu as engendré plusieurs Gbagbo capables de relever le défi, je propose que tu autorises, en plus de ta candidature, deux ou trois autres camarades à déposer leurs dossiers de candidature et qu’une convention extraordinaire puisse choisir le candidat du parti parmi ceux qui passeront au filtre du Conseil constitutionnel. Ces candidatures ne sont pas des candidatures de substitution à la tienne mais des candidatures de précaution. Elles deviennent caduques au cas où ta candidature est retenue par une solution politique », a argué le vice-président du PPACI, chargé de la région des Lacs et de la promotion du panafricanisme.

« Il faut éviter de répéter la politique de la chaise vide au risque de vider le parti de sa substance non idéologique et non résiliente après les élections de 2025 et de perdre toute influence sur la scène politique. Cette stratégie est l’unique condition pour éviter au PPACI une absence à ce grand rendez-vous de l’histoire », a insisté Ahoua Don Mello qui aurait rencontré le destinataire de son courrier la semaine dernière.

Démenti officiel et ligne dure

Seulement, voilà, cette ‘’lettre’’ dont la teneur s’est retrouvée dans les médias, n’est pas du goût du clan Gbagbo. Samedi, Sébastien Dano Djédjé est monté au créneau, pour démentir l’existence d’une correspondance destinée au président du PPACI qui reste, selon l’ancien ministre de la Réconciliation, la seule option de candidature de son parti.

« Aucun courrier adressé au président Gbagbo n’a jamais fuité dans les médias, en raison de la rigueur et de la discrétion qui entourent sa correspondance. Cette lettre n’a jamais été enregistrée ni portée à la connaissance des instances du parti », a d’abord précisé le président exécutif du PPACI, avant de mettre les points sur les i.

Ni plan B, ni plan C pour Gbagbo

« Il convient de rappeler que le Comité central du PPA-CI, réuni le 9 mars 2024, a désigné le président Laurent Gbagbo comme candidat officiel du parti à l’élection présidentielle de 2025. Cette décision a été entérinée publiquement lors de sa double cérémonie de convention et d’investiture, le 10 mai 2024. Le PPACI travaille, depuis lors, activement à la collecte des parrainages, et a déjà reçu à cet effet les kits de parrainage de son candidat. Il n’y a donc ni ‘’plan B’’, ni ‘’plan de précaution’’.»

Dérives internes et démocratie verrouillée

« Cette diversion, orchestrée de manière grossière, vise uniquement à masquer le fait que le RHDP, lui, n’a toujours pas de candidat officiellement déclaré, à trois mois du scrutin », a rembarré Sébastien Dano Djédjé. Une passe d’armes qui ne dit pas son nom et qui démontre surtout, combien la démocratie à l’intérieur de cette formation politique, est en souffrance. Cet embastillement est d’autant plus retentissant que l’opposition et plus singulièrement le PPACI reproche au pouvoir d’Alassane Ouattara une dérive dictatoriale.

Malaise et pensée unique

C’est pourtant dans le parti de Laurent Gbagbo, supposément chantre de la démocratie, qu’un haut cadre, qui aurait dû figurer dans le gouvernement de l’ex-chef de l’État, si le coup de force qu’il a enclenché après sa défaite à la présidentielle de novembre 2010, avait prospéré, est ainsi vilipendé, pour avoir émis des réserves sur la politique de la chaise vide que veut encore expérimenter le PPACI.
« Don Mello parle de candidats de précaution au cas où. Je ne vois pas le crime mais un jeu de probabilité », a commenté un intellectuel ivoirien, anciennement très proche de la galaxie Gbagbo, où l’on dénonce à demi-mot une monarchisation du leadership de l’ancien président. Une situation qui n’est pas sans rappeler la dictature du clan Thiam au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Le PDCI aussi dans la tourmente démocratique

Après son accession dans des conditions obscures à la présidence de l’ex-parti unique en décembre 2023, l’ancien ministre Tidjane Thiam, a opéré un passage en force, pour s’imposer comme candidat à la présidentielle du 25 octobre. Une démarche cavalière dénoncée par plusieurs cadres, qui ont alors saisi la justice.
Si lui, n’est pas allé jusque-là, l’ancien ministre, Jean-Louis Billon, qui s’est déclaré candidat à la prochaine présidentielle et ceux qui ont osé recourir à la justice, ont été exclus des instances du PDCI, avant de voir leurs sanctions levées.

Le RHDP et la tolérance des ambitions internes

Toutefois, cette intimidation, est loin de décourager M. Billon, qui avait aussi invité son parti, à éviter la politique de la chaise vide, au regard de l’invalidation de la candidature du président du PDCI au prochain scrutin présidentiel.

Dans cette perspective qui priverait le parti fondé par Félix Houphouët-Boigny de candidat à l’élection prévue le 25 octobre, Darius Ahi Zallo qui avait, le 27 avril 2025, préconisé le réalisme politique des dirigeants du PDCI, à travers la préparation d’un ‘’plan B’’, en avait eu pour son compte.
Pendant ce temps, au RHDP dont le leader est accusé de pratiquer la dictature, deux cadres, Yaya Fofana et Evariste Méambly, se sont portés candidat à la succession d’Alassane Ouattara à la tête du parti présidentiel, sans que la moindre fatwa ait été prononcée à leur encontre.

Déni de démocratie ou pluralisme en façade ?

Mieux, contre la ‘’discipline du parti’’, Adama Bictogo, le président de l’Assemblée nationale, dans l’attente de la précision Alassane Ouattara, sur son intention de candidater à la prochaine présidentielle, s’est posé comme un potentiel plan… B pour le RHDP, au cas où le chef de l’État, venait à se désister finalement de la course.

« La vie politique est restée généralement figée dans l’aveuglement, le culte de la personnalité et le jusqu’au-boutisme, aux dépens de débats démocratiques positifs en faveur de solutions constructives », constate un éditorialiste ivoirien sur sa page Facebook. Vous avez dit respect de la démocratie ?

Marc Dossa

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?
error:

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite

-
00:00
00:00
Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00