Niché en plein cœur d’Abobo, à un jet de pierre du rond-point de la gare jouxtant la mairie de la commune, le Musée des cultures contemporaines Adama Toungara (Mucat) est l’un des monuments de ce quartier populaire d’Abidjan. Inauguré en grande pompe en mars 2020, le Mucat, à un mois de son deuxième anniversaire, prend de plus en plus de place dans le cœur des Abobolais. Reportage.

Klaxons des gbakas (véhicules de transport en commun), égosillement des apprentis à la recherche de clients, vrombissements des bulldozers au four et au moulin pour les travaux d’embellissement du rond-point d’Abobo, etc. Le vacarme est intégral, comme à l’accoutumée, ce mercredi 2 février 2022, dans l’après-midi au niveau de la mairie d’Abobo. Après le rond-point où les déviations liées aux travaux obligent automobilistes et passants à faire de détours, s’illustre une imposante bâtisse noire sécurisée.
À l’entrée, un parking fourmillant de voitures et trois agents montant la garde. Nous sommes au Musée des cultures contemporaines Adama Toungara (Mucat). Étendue sur une superficie de 3500 m2, ce cadre aux allures «d’une petite oasis», tient la dragée haute aux musées répondant aux standards internationaux. Gazouillis d’oiseaux, air frais, calme ultra-apaisant, le cadre tranche avec le désordre urbain qui prévaut dehors. En compagnie de Jean Claude Kouamé, l’un des guides préposés, nous réalisons d’emblée un tour d’horizon de l’exposition ’’Fragile’’ conçue par l’artiste allemand Wolfgang Tillmans, qui a cours au musée depuis le 21 janvier jusqu’au 13 mars 2022.
Salles d’expositions
Des deux salles d’expositions à la salle de projection, en passant par l’auditorium d’une soixantaine de places, le guide tente bien que mal d’expliquer la kyrielle d’œuvres photographiques et de vidéos qui figurent dans les rangs des vitrines du musée à l’occasion de ‘‘Fragile ’’ . Après Kinshasa, Nairobi, Johannesburg, etc., cette exposition itinérante a posé ses valises sur les bords de la lagune Ebrié.
La question que beaucoup d’Ivoiriens se posent, c’est la fréquentation du musée. Ce 2 février, ce n’est pas l’affluence.
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Une douzaine de visiteurs dont un couple, une jeune européenne en compagnie de son guide et une cohorte d’une dizaine de jeunes élèves en tenues scolaires, arpentent les salles et sentiers du musée. Macaron estampillé du sceau Collège privé Harmonie d’Abobo, ce groupuscule de collégiennes sillonne la grande salle occupée par une photographie qui présente un homme et une femme quasiment en tenue d’Adam, assis sur des branches d’un arbre. «Nous sommes venues visiter le musée. J’en ai entendu parler auprès de mes amis. Je trouve que c’est beau et c’est intéressant à voir. C’est la première fois que nous venons et nous allons revenir», nous souffle Diane Awa, en classe de 3ème.

Passionné
A la suite de nos échanges, nous apercevons en file indienne, à l’entrée de l’enceinte de la cafétéria du Mucat, des élèves du primaire, présents pour une représentation d’artistes, issus d’Abobo. Le temps de l’installation de leur auditoire, les icônes du jour s’offrent une escapade dans le musée sans omettre d’immortaliser le moment devant l’objectif de leurs téléphones. Après la visite guidée, nous prenons attache avec le numéro un du musée dans l’un des bureaux de l’administration. Il s’agit de Nathalie Varpley Meplon, directrice générale du musée. «Ce musée est la volonté du président Toungara, qui est aujourd’hui médiateur de la République. C’est un passionné d’art, un grand collectionneur. Il a voulu rendre à Abobo cette magnifique aventure qu’il a eue pendant 17 ans lorsqu’il était maire. Il s’est rendu compte que les gens n’avaient pas accès à la culture, il a alors initié ce projet. Il ne l’a pas fait pour présenter sa collection ou mettre ses œuvres d’arts. D’ailleurs, il n’y a aucune œuvre d’art permanente dans ce musée», explique Nathalie Varpley Meplon.

Un modèle économique axé sur la promotion de la culture
Questionnée sur le business-plan faisant vivre ce musée privé qui emploie 18 travailleurs permanents et des agents contractuels en guise de guide pour les expositions ponctuelles, la responsable est droite dans ses bottes. «Un musée n’a pas vocation à gagner de l’argent, sinon à essayer d’équilibrer ses comptes. Alors, ce qu’on cherche, ce sont des partenaires annuels, des banques, des assurances, des grands groupes avec lesquels faire une collaboration afin qu’ils supportent certaines de nos charges et que nous ayons un faire-valoir pour eux. On peut également gagner sur des produits dérivés et les droits d’auteurs. Pour l’instant, les visites sont gratuites mais les visites guidées pour les plus de 18 ans, c’est 500 FCfa. Pour l’instant, on est entièrement privé. Quand je n’ai pas d’exposition, je peux louer l’espace pour des évènements qui restent dans un environnement culturel. C’est un modèle économique et c’est sur les fonds de la Fondation Toungara que tout se supporte pour l’instant. Peut-être qu’il faudra trouver à terme un partenariat public-privé, une subvention du ministère de la Culture parce que cet espace participe au rayonnement de la Côte d’Ivoire et la mise en valeur des artistes locaux et contemporains», relativise-t-elle.

En prélude à la tenue de la prochaine exposition, ‘‘Mémoire’’ qui mettra en exergue le gratin de l’art conjugué au féminin en Côte d’Ivoire, le Mucat espère accroître son attractivité avec l’achèvement des travaux d’embellissement en cours dans la commune. Par ricochet, ce musée qui apporte sa pierre à l’édifice du nouvel Abobo, a en ligne de mire d’attirer des visiteurs issus des 4 coins du pays et du monde. Tout en contribuant à embellir l’image assez péjorative de la commune.
Charles Assagba
