Francis Tagro Gnoléba, Directeur: «On va donner un nouveau visage au Musée»

par NORDSUD
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C’est un sparadrap du capitaine haddock qui colle à la peau des différents directeurs qui se succèdent au Musée des Civilisations de la Côte d’Ivoire. Impulser une nouvelle dynamique autour de l’institution muséale afin de drainer beaucoup plus de visiteurs. Nommé Directeur du Musée des civilisations de la Côte d’Ivoire, depuis février 2022, Francis Tagro Gnoléba ne déroge pas à la règle. Dans les tiroirs, ce dossier brûlant ainsi que celui du retour de l’objet ivoirien conservé en France, le Djidji Ayokwé, sont érigés au rang de ses priorités.

Quelles sont les pièces phares actuellement en vitrine au Musée des civilisations avec l’exposition : Fiertés, symboles et éditions qui bat son plein ?

Il y a actuellement les statues pilons Débélés. Ce sont des pièces spécifiques de la culture Sénoufo qui sont exceptionnelles et qui suscitent la convoitise et la curiosité des grands collecteurs en Amérique et en Europe. Nous avons également les statues Bagnon bété. Le tabouret Akan, la statuette de la Reine Abla Pokou baoulé, la statuette de la Reine Côcô des Agnis. Le singe Baoulé Botoumbo qui a donné naissance à la danse Zouglou. Il y a même le Wao qui est à l’Université. C’est un masque de la connaissance que le président Félix Houphouët-Boigny a choisi pour être à l’entrée de l’Université.

Qu’en est-il de la fréquentation du Musée des Civilisations ?

Notre musée est sous-fréquenté. Il faut le dire. Sur les 5 dernières années (2017, 2018, 2019, 2020, 2021) nous avons enregistré 50.742 visiteurs dont 40 131 Ivoiriens, 2.679 Africains et 7.662 non-Africains. Ce n’est pas la faute à la population. Pour inverser la tendance à long terme, nous avons le devoir d’initier nos enfants depuis leur plus jeune âge à la fréquentation des musées. Aujourd’hui, quand bien même ils font le déplacement, nous sommes obligés d’imposer des tickets. 500 francs pour les adultes ivoiriens, 300 francs pour les étudiants et 100 francs pour les élèves.

Lire également: Musée des civilisations au Plateau: La boîte aux trésors de la Côte d’Ivoire

Ne faudrait-il pas également jeter la pierre à l’administration du Musée ?

Nous péchons sur le volet communication et marketing. Nous ne sommes pas assez agressifs dans notre communication. Avec la nouvelle ministre, nous comptons rectifier le tir. Vous savez, les jeunes ivoiriens sont formidables. Ils ont remarqué ce déficit et nous collaborerons sous peu avec certains d’entre eux qui nous font des propositions en vue d’impulser une nouvelle dynamique à notre communication sur les réseaux sociaux et notre présence sur les canaux digitaux. Avec Orange Côte d’Ivoire, nous présenterons également sous peu la version virtuelle du Musée des civilisations pour que les muséophiles puissent visiter le musée à n’importe quel moment et peu importe le lieu où ils se trouvent. Avec le dynamisme de la nouvelle ministre, on va y arriver. On va donner un nouveau visage au Musée.

A quelle étape sommes-nous pour le retour de l’objet culturel ivoirien, le Djidji Ayokwé ?

Aujourd’hui, cet objet fait partie du patrimoine culturel français, à l’instar des milliers d’autres collections africaines. Pour qu’il puisse revenir, il faut qu’une loi-cadre soit prise à l’Assemblée nationale pour autoriser ce retour. Malheureusement en France, avec la nouvelle coloration de l’Assemblée nationale qui n’est pas totalement acquise à la cause du président Emmanuel Macron, les débats pourraient être houleux contrairement au premier mandat lors duquel le président français avait les mains libres. Ce caractère mosaïque de l’Assemblée nationale va peut-être plus ou moins ralentir les choses. Il y a tout un processus pour formaliser juridiquement et promulguer cette loi. C’est pour cela qu’on ne peut pas donner de date exacte pour ce retour.

Excepté cet aspect juridique, le come-back du Djidji Ayokwé est également lié à une logistique spéciale et des ressources humaines qualifiées pour sa conservation dans de bonnes conditions. A quel niveau se situe la Côte d’Ivoire sur cet autre point clé ?

Personnellement, j’ai entamé la première partie de la formation. J’ai fait une formation au Maroc sur la conservation préventive. Parce que lorsque l’objet reviendra en Côte d’Ivoire, c’est ce type de conservation qu’il faudra lui appliquer. En vue de le placer dans les conditions idoines pour augmenter sa durée de vie. Au-delà de cela, il y a eu un accord entre l’Agence française de développement et la Côte d’Ivoire. Dans ce cadre, une formation sera également organisée à l’attention de 4 conservateurs ivoiriens dans le domaine de la conservation préventive et de la restauration. Il faut dire aussi que le président de la République a pris à bras-le-corps cette affaire. L’Etat est prêt à investir énormément dans le retour des biens en créant des structures adéquates d’accueil et de conservation de ses biens. C’est un processus qui va prendre forme au fil de l’arrivée de la centaine d’œuvres que nous avons demandées. Pour ce seul bien, le Djidji Ayokwé, la formation que recevront les conservateurs ivoiriens permettra d’en assurer la gestion et la conservation au Musée des civilisations. Par la suite avec le retour des autres objets, les conditions seront adaptées.

Réalisée par Charles Assagba

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