Gbagbo: Pyromane à plein temps

par NORDSUD
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Il faut bien le reconnaître : la scène politique ivoirienne connaît une animation particulière depuis le retour de Laurent Gbagbo parmi nous.

Le fait marquant de la semaine écoulée, c’est la passe d’armes entre le porte-parole du gouvernement, le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly et le président du Parti des Peuples Africains, Laurent Gbagbo, au sujet du sort des prisonniers militaires de la crise postélectorale de 2010.

Des échanges musclés qui nous ramènent à la réalité de la crise que nous avons traversée. Mais aussi à la violence du champ politique et de certains de ses acteurs.

De Laurent Gbagbo, il me revient souvent l’image du pyromane qui ère, une tige incandescente à la main, à la recherche d’un baril de poudre.

Dans une Côte d’Ivoire apaisée, qui se cherche un équilibre depuis 2011, le président du nouveau parti panafricain veut manifestement une nouvelle crise.  Par tous les moyens. Et il travaille méthodiquement à identifier des sources de conflits et à les amplifier.

D’abord l’Armée. Il ne faut pas se tromper : Gbagbo se fiche comme de sa première chemise des militaires emprisonnés après la crise postélectorale de 2010. Ce n’est pas pour eux qu’il a eu ses premiers mots lorsqu’il a repris la parole en octobre 2020, sur la chaîne francophone TV5, après sept années de silence. Pas plus les premiers jours de son retour en terre ivoirienne.

Le dossier de la «libération des militaires» est un «bon filon» pour aggraver les divisions qu’il a lui-même laissées au sein de l’institution militaire. Entre 2000 et 2010, de l’armée, il a fait un conglomérat de milices, dont certaines, dirigées notamment par les militaires dont il réclame la libération aujourd’hui. Ceux-là étaient à sa solde.  Pleinement et entièrement. C’est à ceux-là qu’il croit parler.  En oubliant qu’une armée républicaine est en pleine reconstruction depuis 2012.

Ensuite la guerre ethnique. Le 2 décembre dernier, recevant des populations de la Mé (sud), il dit ceci à propos des Wè, une peuplade de l’ouest de la Côte d’Ivoire à qui il a promis une visite : « Ils ont été malmenés…Je ne sais pas pourquoi, on s’est mis à les tuer…Ça confine au génocide. Je le dis… ».

Édifiant ! C’est le régime frontiste lui-même qui, entre 2002 et 2010, a préparé les régions ouest à la confrontation. En agitant des conflits fonciers. Gbagbo y a encouragé une prolifération de milices pour, croyait-il, faire contrepoids à la rébellion venue du nord.

On veut manifestement réveiller de vieux démons.

Enfin, la confrontation politique violente. L’ex-chef de l’Etat en fait le lit. Tenez, lisons ces propos toujours le jeudi dernier :« Le serpent n’est pas encore mort. Il ne faut pas laisser tomber le bâton. Les gens qui ont envie de la dictature, qui veulent nous étouffer, ne sont pas encore morts. Il faut garder le gourdin. Quand tu rencontres le serpent, tu le tapes et tu continues… »

Peut-on considérer ce discours comme républicain ? Assurément non !  On cible un bouc-émissaire, en l’occurrence le régime Ouattara. On le diabolise. Puis, on chauffe ses partisans à blanc. Pour une nouvelle confrontation.  Les mêmes mots et la même démarche depuis vingt ans. Qui ont produit leur lot de crises. En 2000, en 2002, en 2010 et en 2020.

Anarchie. La confrontation entre Laurent Gbagbo et le gouvernement ivoirien au sujet des prisonniers militaires recèle quelques enseignements. Il y a une confrontation permanente entre le droit et l’anarchie, entre la justice et l’impunité.

Les militaires qui sont en prison ont été reconnus coupables des pires tragédies que nous avons connues pendant cette crise. Et Gbagbo demande leur absolution.  Au nom de la politique. Pour lui, la justice, les institutions judiciaires, la loi, le droit n’existent pas.

Cette façon de voir les choses est symptomatique, au fond, de ce qu’est Laurent Gbagbo et de ce qui a caractérisé sa gouvernance : Le désordre et la violence.

En dix ans de règne, il a brisé la colonne vertébrale de la République. Et installé un Etat d’anarchie.

Son acquittement par la Cour Pénale Internationale a renforcé chez Laurent Gbagbo et ses partisans la conviction d’une impunité. Ils ont la conviction de n’avoir rien fait de mal. Ou plutôt d’avoir fait le mal …en toute légalité et même en toute légitimité.

Laurent Gbagbo ne fait pas acte de contrition sur la crise que le pays a traversée. Bien pire ! Il semble s’être investi de la mission de rétablir l’ordre ancien.

A partir de là, le président du PPA-CI annonce les couleurs : Il se fera entendre. Il va s’engager dans un travail méthodique de déconstruction en enflammant le champ politique. C’est le début d’une nouvelle guerre d’usure contre le régime Ouattara. Avec à la bouche, la haine ciblée contre des groupes identifiés. Méthodiquement, il prépare, de nouveau, la mise à feu du pays.

Alassane Ouattara, quant à lui, travaille pour faire tenir en équilibre un pays qui danse encore au-dessus d’un volcan.

Pendant combien de temps cet équilibre tiendra-t-il ?

En tout état de cause, il nous apparaît nécessaire de prendre Laurent Gbagbo au sérieux. De le prendre au mot. Et d’anticiper les conséquences négatives de son discours.

MÉITÉ SINDOU

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