L’opposition ivoirienne et ses mirages électoraux

par nordsud.info
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À quelques semaines du scrutin présidentiel, une partie de l’opposition ivoirienne semble avoir choisi la voie des illusions plutôt que celle du réalisme politique. Radié de la liste électorale par la Commission électorale indépendante (CEI) puis écarté de la course à la magistrature suprême par le Conseil constitutionnel, Tidjane Thiam, président du PDCI, s’active depuis l’étranger comme si un hypothétique « repêchage » pouvait encore lui ouvrir les portes de la compétition. Pour appuyer sa croisade solitaire, il brandit le rapport d’une ONG américaine comme une victoire diplomatique, oubliant que la majorité des partenaires internationaux ont jusque-là salué la bonne préparation du processus électoral en Côte d’Ivoire.

Ce réflexe de chercher une bouée de sauvetage à l’international trahit une méprise fondamentale. Aucun pays souverain ne reporte ses élections parce que des candidats éliminés en appellent au monde entier. Imaginer que Paris, Washington ou Bruxelles pourraient suspendre le processus électoral en Côte d’Ivoire, c’est confondre la scène politique avec une salle de réunion de banque d’affaires. La comparaison avec la France, où Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen, candidate déclarée à la présidentielle de 2027 ont vu leur élan brisé par la justice sans que cela n’ébranle le calendrier républicain, suffit à montrer le décalage.

Pendant que Thiam est à la manœuvre à l’étranger, à Abidjan, Laurent Gbagbo entretient lui aussi le rêve d’une paralysie du pays qui contraindrait le pouvoir à rouvrir le processus électoral. Derrière les appels aux « actions démocratiques », chacun comprend que l’objectif est de forcer un report du scrutin pour permettre le retour dans la course de candidats recalés. Mais comment croire qu’une telle stratégie puisse prospérer alors même qu’aucun consensus n’existe dans l’opposition, et que les « grands partis » n’ont pas jugé utile d’investir les candidats validés par le Conseil constitutionnel ?

Dans ce théâtre d’ombres, Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo, Affi N’Guessan et consorts paraissent s’accrocher à la branche trop frêle de la pression extérieure ou de la paralysie intérieure. Le peuple ivoirien, lui, attend des projets et des programmes, non des incantations stériles. La vraie politique se fait sur le terrain national, avec les règles du jeu connues de tous, et non dans les couloirs des chancelleries étrangères.

Au fond, ces postures traduisent surtout l’impréparation des uns et l’obsession revancharde des autres. L’ancien banquier, présenté comme stratège hors pair, se découvre incapable de franchir les obstacles les plus élémentaires du droit électoral ivoirien. L’ancien président, lui, s’entête à voir dans chaque échéance l’occasion d’un bras de fer avec le régime en place, plutôt qu’une opportunité de renouvellement démocratique.

À force de rêver d’une élection reportée, réécrite ou « corrigée » par la communauté internationale, une partie de l’opposition prend le risque de s’exclure elle-même du jeu politique. L’histoire ivoirienne enseigne pourtant que les élections ne se gagnent ni dans les proclamations victimaires, ni dans les pressions extérieures, mais dans l’adhésion populaire bâtie par le travail, la proximité et la crédibilité. Tant que l’opposition refusera d’en prendre acte, elle restera prisonnière de ses mirages.

Marc Dossa

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