Les «coups d’Etat civils» de Gbagbo

par NORDSUD
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Laurent Gbagbo. Pour évoquer les institutions issues de la présidentielle de 2020 et la nouvelle mandature d’Alassane Ouattara, le 5 février dernier à Mama, Gbagbo opte pour une formule: «le coup d’Etat civil».

La thèse de Gbagbo est celle-ci : Ouattara est «un dictateur». Qui «fabrique» des Constitutions. Et qui en change au gré de ses «petits déjeuners». Et il sanctifie : «Quand dans un pays, on fait des coups d’Etat civils et que ces coups d’Etat ne sont pas condamnés, il ne faut pas s’étonner que des militaires fassent des coups d’Etat militaires…».

Voici pour le décor.

Laurent Gbagbo écrit une histoire, son histoire, finalement une tout autre histoire; celle qu’il voudrait voir la conscience collective retenir : Il serait lui «légaliste» et «promoteur des libertés». Et tous ses adversaires seraient donc, de facto, des «ennemis du droit».

Une caricature, malheureusement très proche de ce que dit Laurent Gbagbo.

C’est bien cela le problème de notre pays : Le révisionnisme des hommes politiques. Et principalement celui des frontistes. Notre histoire est contemporaine parce que nous l’avons tous vécue, tous subie. Cette histoire, les frontistes nous la racontent en empruntant des chausse-trappes. Ils nous donnent leur version, une version arrangée qu’ils embellissent pour y tenir le rôle des vertueux.

Une loi fondamentale qui ne doit pas changer ? Laurent Gbagbo s’étonne, depuis son retour, que notre pays soit passé de la première à la troisième République.

La Constitution du 3 novembre 1960, celle par laquelle Houphouët a inscrit la Côte d’Ivoire dans le concert des nations indépendantes, a tenu 40 ans. 40 ans de stabilité institutionnelle.

Qui donc a rompu cet équilibre, ce long cycle qui a maintenu le pays en paix ?  Ce sont les frontistes, Laurent Gbagbo en tête. Avec l’élaboration d’une nouvelle Constitution le 1er août 2000. C’est la Constitution de la deuxième République.

Pour y parvenir, Laurent Gbagbo a pris le contrôle de la junte militaire issue du coup d’Etat de 1999.  Il a noyauté la Commission Constitutionnelle Consultative et Électorale. Et avec ses juristes, ils ont ripoliné chaque virgule du nouveau texte. Pour régler deux problèmes: Casser la succession monarchique qui a installé Bédié au pouvoir après Houphouët.

Et exclure totalement Alassane Ouattara de la candidature à la présidentielle et même du jeu politique ivoirien. Ils y sont parvenus.  

Une loi fondamentale tripatouillée au gré des intérêts ?  La Constitution que l’on accommode avec son «petit déjeuner» est un concept, une création de Laurent Gbagbo. On se souvient de tous ces débats autour de la Constitution d’août 2000. Un texte dont il a fallu attendre la mouture définitive à quelques jours du lancement du référendum. Et un débat dramatiquement confligène sur le «et» et le «ou» à inscrire dans les dispositions concernant la filiation du candidat à l’élection présidentielle.

Laurent Gbagbo finira par avouer le forfait en concédant devant les assises du forum pour la réconciliation nationale en 2001, que les dispositions de la Constitution d’août 2000 avaient été écrites pour bannir Alassane Ouattara du paysage politique.

Cette constitution de 2000, il l’a portée et défendue. Elle devait régler des problèmes politiques et juridiques précis pour «sécuriser» la voie du FPI vers le pouvoir.

C’est ce qui fut fait.

Gbagbo a donc accommodé la Constitution d’août 2000 à ses «petits déjeuners» de la période.  

En tous les cas, cette Constitution n’a engendré que des crises : Gbagbo a enjambé des cadavres d’Ivoiriens pour entrer au palais en 2000.  Une rébellion a éclaté en 2002 en réaction aux exclusions. Et il a fallu une guerre pour faire sortir le président frontiste du palais présidentiel après sa débâcle électorale.

Une troisième République pour corriger la deuxième. Fort justement, si Alassane Ouattara a proposé au pays une Constitution de la troisième République, c’est bien parce que la Constitution de la deuxième République, celle portée par Laurent Gbagbo, a fait déboucher le pays sur une guerre.  

Le nouveau chef du PPA-CI dit qu’«il faut respecter les Constitutions que nous nous donnons».

Fort juste ! Sauf que quand des politiques ont un respect sacro-saint de la République, ils la dotent d’une loi fondamentale qui a une portée générale.

Chaque étape de la vie institutionnelle de Laurent Gbagbo est pavée d’autant de coups d’Etat civils contre les institutions et les libertés.

Entre 2000 et 2010, Laurent Gbagbo a quand même réussi à passer 10 ans au pouvoir sans élections.

Une certaine pudeur républicaine aurait recommandé qu’il soit économe en leçons et qu’il s’abstienne de roder autour du palais présidentiel.

Méité Sindou

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